Dans cette interview, Jean-François Deldon, CEO de Yakadata, analyse les défis de la régulation mondiale de l’IA proposée par Anthropic. L’expert alerte sur les difficultés techniques inédites et le retard européen face aux géants américains.
IA : « Il faut un consensus mondial mais la France est mal armée », alerte un expert

Alors qu'Anthropic appelle à ralentir le développement de l'intelligence artificielle, la question de la régulation mondiale de cette technologie divise. Pour Jean-François Deldon, CEO de Yakadata, cabinet de conseil en stratégie Data et IA, la mise en place d'un contrôle effectif représente un défi inédit par rapport aux régulations précédentes.
Un défi technique sans précédent
Contrairement au nucléaire ou au clonage, l'IA ne nécessite pas d'infrastructures physiques facilement identifiables. "Il n'y a pas besoin d'uranium ou de laboratoire de pointe. Donc il est difficile d'identifier les zones à risque", explique l'expert. La solution pourrait résider dans le suivi de l'utilisation des serveurs pour la création des modèles, même si "des personnes pourraient toujours arriver à diffuser leur entraînement sur des serveurs répartis un peu partout".
Pour Jean-François Deldon, il faudra "dans un premier temps imposer un consensus au sein des entreprises leaders au niveau mondial" puis "mettre en place des instances capables d'auditer, tester et réguler les nouveaux modèles". Un travail de collaboration avec les datacenters s'avère également nécessaire pour "suivre et vérifier les utilisations des serveurs".
Des secteurs critiques à surveiller
L'expert identifie plusieurs domaines où des limites absolues s'imposent : "le militaire (choix de la cible à éliminer), le médical (validation du diagnostic par une IA), la surveillance de masse". Pour lui, "il faut de l'innovation dans ces domaines mais il y a des secteurs où a minima le pouvoir de décision des IA doit faire l'objet d'un choix politique et de société".
L'Europe en retard
Concernant les capacités européennes et françaises, le constat est sévère. "Je pense que cette capacité est faible. Les gros acteurs sont américains. Nous avons des serveurs en France et en Europe qui appartiennent souvent à des entreprises étrangères", analyse Jean-François Deldon. Il pointe également "la connaissance de l'IA faible chez nos gouvernants".
Pour rattraper ce retard, il préconise de "changer de paradigme et réarmer la France et l'Europe sur ces sujets" en "commençant à avoir une politique de regard sur les data centers, favoriser les infrastructures globales et investir dans la recherche d'État sur l'IA".
Les signaux d'alarme déjà présents
Plusieurs indicateurs inquiètent déjà l'expert : "Le premier est la capacité de l'IA à coder et détecter les failles de code. C'est un premier signal très fort. Additionné à des puissances de calcul qui augmentent c'est un vrai risque de piratage de masse." Il cite également "les deepfakes rendus accessibles à tous, l'utilisation de l'IA par l'armée américaine".
Face aux géants technologiques qui investissent des dizaines de milliards, Jean-François Deldon reste réaliste : "Ils ne peuvent pas accepter seuls" de ralentir. "Un consensus temporaire est envisageable mais cela ne fonctionnera pas sans une régulation/législation", conclut-il, soulignant l'urgence d'une action coordonnée à l'échelle internationale.
