Face à la canicule exceptionnelle qui frappe la France avec 58 départements en vigilance rouge, les hôpitaux parviennent à maintenir leur activité sans saturation majeure. La ministre de la Santé assure que le système hospitalier n’est pas saturé, même si les autorités anticipent une montée en charge progressive dans les jours à venir en raison de l’effet retard caractéristique des épisodes de grande chaleur.
Canicule : malgré la situation, les hôpitaux tiennent le coup

Une chaleur record, mais des services hospitaliers qui résistent
La France subit un épisode caniculaire d'une rare intensité. 58 départements sont placés en vigilance rouge, les températures dépassent localement 43 °C. Pourtant, les hôpitaux ne flanchent pas. Interrogée mercredi 24 juin, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, l'affirme : « L'hôpital aujourd'hui n'est pas saturé. » Les services d'urgence enregistrent certes une hausse d'activité, mais aucune saturation majeure n'est observée à l'échelle nationale.
Selon le cabinet de la ministre, quelques déprogrammations ciblées ont eu lieu, mais rien de massif ni de généralisé. Les passages aux urgences augmentent légèrement au niveau national, avec des hausses comprises entre 15 % et 20 % dans certaines régions. Le système de santé tient, même si les autorités anticipent une montée en charge progressive dans les jours à venir. À l'image d'autres secteurs soumis à tension, la résilience repose sur une organisation anticipée et une mobilisation des équipes.
Le plan Orsan activé pour anticiper la montée en charge
Face à l'ampleur de la canicule, le Premier ministre Sébastien Lecornu a activé mardi le plan Orsan (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) au niveau 2 sur 4. L'objectif : renforcer les capacités de régulation médicale, mobiliser les personnels nécessaires, garantir la coordination entre médecine de ville, hôpitaux, cliniques et Ehpad, et adapter les activités si besoin.
Selon le ministère de la Santé, le plan Orsan permet d'« organiser la montée en charge du système de santé face à une canicule majeure » et « d'activer progressivement des leviers sur l'hôpital, le Samu, la médecine de ville et le médico-social en fonction du niveau de tension ». À ce stade, aucune réquisition de personnels n'a été décidée. Le cabinet de Stéphanie Rist précise : « Nous sommes dans une phase d'anticipation pour éviter l'engorgement des hôpitaux. On mobilise la médecine de ville avec un appel à la solidarité entre cabinets. À l'hôpital, on procède à un monitoring quotidien des capacités, à une surveillance des plannings de garde. »
L'effet retard redouté par les urgentistes
Les services d'urgence ne sont pas encore submergés, mais les professionnels de santé redoutent l'arrivée d'un « effet retard » caractéristique des épisodes de grande chaleur prolongés. François Braun, ancien ministre de la Santé, l'a rappelé mardi sur LCI : « Depuis la canicule de 2003, on sait que les difficultés dans le système de santé arrivent dans les jours qui suivent. Jamais pendant les premiers jours, où l'organisme a une certaine résilience, mais au bout de cinq, six jours, une semaine. »
En Bourgogne-Franche-Comté, la directrice de l'Agence régionale de santé (ARS), Mathilde Marmier, confirme : « L'effet des températures élevées sur la santé se déclare généralement trois à quatre jours en décalé. Pour l'instant, nous n'avons pas constaté de tension sur la gestion des établissements de santé. » Tous les personnels ont été mobilisés, les effectifs renforcés dans certains endroits, notamment pendant la Fête de la musique. L'ARS maintient « un suivi très rapproché de la situation » en lien avec les préfectures et la cellule interministérielle activée.
Les centres 15 et Samu en surchauffe
Partout en France, les centres 15 et les services du Samu enregistrent une progression notable de leur activité. Au CHU de Bordeaux, le docteur Thomas Mesnier, patron du pôle urgences, rapporte une augmentation de 20 % des appels en régulation pendant le week-end de la Fête de la musique, puis de 25 % lundi avec la poussée du thermomètre. « Le Smur est intervenu pour secourir des gens qui font leur footing par 40 °C ! Un non-sens. Beaucoup de trentenaires a priori en bonne santé », déplore-t-il.
Dans les Landes, où le mercure a franchi la barre des 43 °C, la préfecture fait état de 529 appels pour surchauffe recensés à 15 heures lundi, sur le seul département. Pourtant, les urgences hospitalières de Dax et de Mont-de-Marsan ont chacune enregistré 122 passages dans la journée de lundi, un niveau qui reste gérable. « Si aucune suractivité n'est observée, les appels au Samu ont grimpé en même temps que le thermomètre », confirme la préfecture, qui tient un point quotidien avec les urgences hospitalières de tout son territoire.
Des cellules de crise pour piloter au jour le jour
Pour faire face à la situation, plusieurs grands hôpitaux ont déclenché des cellules de crise. À Bordeaux, le directeur général Vincent-Nicolas Delpech a activé le dispositif dès lundi matin. Les cellules se réunissent chaque jour pendant la période de grande chaleur afin de prévenir et signaler toutes les défaillances : lits d'aval, personnel, matériel.
Au CHU de Bordeaux, les passages aux urgences n'ont pas progressé depuis quelques jours. « On reçoit davantage de personnes âgées souffrant de déshydratation, note le docteur Mesnier. La plupart du temps, il s'agit de personnes vivant seules à leur domicile, d'où l'intérêt de réitérer des conseils : il faut que la famille les appelle pour les inciter à boire au moins un litre et demi d'eau par jour, même s'ils n'ont pas soif. Les Ehpad et globalement les institutions savent désormais parfaitement gérer les épisodes de grandes chaleurs. »
Le docteur Mesnier insiste sur la nécessité d'anticiper : « Lorsque la canicule dure, les organismes se fatiguent et notre activité progresse quelques jours après. Donc pour être prêts, il faut anticiper. » Le CHU travaille en coordination étroite avec les services municipaux, la directrice adjointe à la santé appelant chaque jour pour adapter l'aide aux plus fragiles en fonction de l'état des lieux. D'autres secteurs, comme la distribution de carburant, ajustent aussi leurs dispositifs face aux tensions.
Les équipements médicaux aussi victimes de la chaleur
Au-delà des êtres humains, les équipements médicaux subissent également les conséquences de la canicule. Le docteur Thomas Mesnier atteste de difficultés matérielles liées aux températures extrêmes : « Il n'y a pas que les humains qui souffrent du chaud, le matériel aussi. Nous devons régulièrement changer les ventilos, contrôler les climatisations, éviter que les équipements ne flanchent. On est vigilants, y compris au sujet des véhicules du Samu et de tout le matériel médical qu'ils contiennent. »
Le 17 juin, le syndicat SUD-Santé du CHU de Bordeaux avait dénoncé une température de 36 degrés dans l'unité de réanimation médicale, avec comme solution provisoire la pose de couvertures de survie devant les chambres afin de rafraîchir. La direction du CHU a expliqué qu'une panne de climatisation était en cause, et que la situation avait été réglée. Les incidents illustrent la vulnérabilité des infrastructures hospitalières face à des températures records.
Prévention renforcée et vigilance maintenue
Les autorités sanitaires martèlent les consignes de prévention : s'hydrater régulièrement sans attendre d'avoir soif, ne pas sortir aux heures les plus chaudes, fermer fenêtres et volets en journée, limiter l'activité physique, éviter l'alcool et privilégier les endroits frais. Un numéro d'appel a été ouvert pour les fortes chaleurs : 0 800 06 66 66. Toutes les recommandations nécessaires sont également publiées sur le site de l'Agence régionale de santé.
Les mairies et les préfectures multiplient les arrêtés pour organiser la vie collective : fermeture des écoles non climatisées, ouverture de salles fraîches aux citoyens, annulation de manifestations en extérieur. Les mesures visent à protéger les populations les plus vulnérables, notamment les enfants et les personnes âgées, premières victimes des coups de chaleur.
Malgré la gravité de la situation climatique, les hôpitaux français démontrent leur capacité à tenir le choc, du moins dans l'immédiat. La véritable épreuve se jouera dans les jours qui viennent, lorsque les organismes fatigués par plusieurs jours de chaleur extrême commenceront à décompenser. Les professionnels de santé restent mobilisés, conscients que « l'organisme va s'épuiser au bout de quelques jours, et surtout de quelques nuits où le thermomètre ne descendra pas en dessous de 25 degrés », comme le souligne le docteur Mesnier. La vigilance reste de mise, tant pour les citoyens que pour les équipes soignantes qui se préparent à affronter les conséquences différées de l'épisode caniculaire historique.