Le gouvernement vient d'abaisser sa prévision de croissance à 0,7 % pour 2026. Pendant ce temps, il annonce fièrement 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires, comme si trois milliards suffisaient à colmater un navire qui prend l'eau depuis vingt ans. Il est temps de dire les choses clairement : la France ne souffre pas d'un manque de recettes, elle souffre d'un excès de dépenses structurelles que personne n'ose vraiment toucher.
25 %
La part des dépenses publiques françaises consacrée aux retraites, soit bien davantage que l'Allemagne ou la moyenne européenne.
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0,7 %, et tout le monde fait semblant de trouver ça normal
Soyons directs : 0,7 % de croissance, c'est une économie qui végète. Ce n'est pas une performance, c'est un électrocardiogramme inquiétant. L'Allemagne, pourtant elle-même en difficulté, se bat pour retrouver le chemin de la compétitivité. Les Pays-Bas affichent une résilience structurelle que nous leur envions sans jamais chercher à comprendre pourquoi. Et la France, elle, révise ses ambitions à la baisse avec la tranquillité d'un pays qui aurait accepté son propre déclin.
Ce qui m'agace profondément dans cette annonce gouvernementale, ce n'est pas tant le chiffre lui-même — les aléas conjoncturels existent, j'en conviens — c'est la réponse apportée. Trois milliards d'économies supplémentaires. Sur un budget de dépenses publiques qui dépasse les 1 500 milliards d'euros annuels, cela représente 0,2 %. À peine un ajustement cosmétique. Une goutte d'eau dans un océan de dépenses contraintes que personne, à gauche comme dans les partis de gouvernement, ne veut sérieusement réformer.
Force est de constater que l'on continue de gérer la France comme on gère une voiture en panne : on pousse, mais on ne regarde pas sous le capot.
Le tabou des retraites, ou comment éviter le vrai sujet
Les chiffres parlent d'eux-mêmes, et ils sont accablants. La France consacre 25 % de ses dépenses publiques au financement des pensions de retraite. L'Allemagne ? Moins. La moyenne européenne ? Moins. Nous avons construit, au fil des décennies, un système généreux, politiquement intouchable, et financièrement insoutenable.
Je ne dis pas qu'il faut appauvrir les retraités. Je dis qu'une nation qui consacre un quart de ses dépenses à payer les pensions — et qui ne parvient qu'à 0,7 % de croissance — est une nation qui ne reinvestit pas suffisamment dans son avenir productif. Dans sa formation, dans ses infrastructures, dans le soutien à ses entreprises. L'argent public est une ressource rare. Quand on en consacre autant à une seule ligne budgétaire, tout le reste est rationné.
La vraie réforme des retraites, celle qui aurait structurellement redressé les comptes, n'a pas abouti sous la forme nécessaire. Elle a été taillée à minima, contestée, partiellement défaite. Et nous en payons aujourd'hui la facture, avec un déficit public qui tangue autour de 5 % du PIB et des agences de notation qui surveillent Paris comme le lait sur le feu.
La croissance ne se décrète pas, elle se mérite
Ce que j'attends du gouvernement, ce ne sont pas des économies de bouts de chandelles annoncées en conférence de presse. J'attends une vision. Une stratégie pour libérer l'énergie des entrepreneurs, alléger le coût du travail, simplifier le maquis réglementaire qui étouffe nos PME.
La croissance ne se décrète pas par circulaire ministérielle. Elle se construit dans les ateliers, les bureaux, les start-ups, les artisans. Elle naît quand l'État fait confiance aux acteurs économiques plutôt que de les corseter.
À 0,7 % de croissance, la France n'a plus le luxe de l'immobilisme. Le vrai plan d'économies, ce n'est pas 3 milliards ponctués ici et là. C'est une réforme structurelle de ce que l'État fait, et de ce qu'il devrait cesser de faire. La question n'est plus de savoir si nous en avons les moyens. C'est de savoir si nous en avons le courage.

