Un président fraîchement destitué risquant la peine de mort ; une tradition de présidents condamnés pour corruption, puis graciés par de nouveaux dirigeants eux-mêmes parfois condamnés à leur tour ; des mastodontes industriels réputés pour leur opacité financière ; une démographie en déclin accéléré ; des manifestations massives à répétition… et pourtant, un marché actions euphorique : + 91% en un an[1] !
La vague Kospi-pop ?

Quel autre pays que la Corée du Sud pourrait prospérer financièrement sur la base de conditions aussi adverses ? Comme avec la « K-pop » envahissant les ondes mondiales, la Corée réussit dans le domaine économique un miracle inspirant, malgré ses troubles politiques et sociaux. Comment y est-elle parvenue ?
Premier facteur clé : un Etat qui dirige certes l’économie en profondeur, à coup de plans quinquennaux comme en Chine (ou en France autrefois), mais qui impose également aux entreprises des règles strictes de bonne gouvernance. Ainsi laisse-t-il la justice jouer son rôle lorsqu’elle condamne à répétition des dirigeants corrompus, y compris ceux des plus grands conglomérats nationaux, les chaebols. Par le programme « Value up », amorcé en 2024, il impose même désormais à ces conglomérats des règles de transparence financière et de respect des actionnaires minoritaires allant contre l’intérêt des familles qui les contrôlaient de façon opaque. La modernisation industrielle de la Corée du Sud, menée à marche forcée partir des années 60, se mue en une modernisation réglementaire. Résultat : le cours de Bourse des entreprises de l’indice coréen rapporté à leur valeur comptable est passé d’un niveau très bas avant la réforme - 0,8 - à 1,5 actuellement, soit quasiment un doublement de la valeur des entreprises. Les investissements internationaux ont afflué, la détention d’actions coréennes par les étrangers retrouvant ses plus hauts depuis 5 ans. Le Kospi est à la mode autant que la K-pop !
Deuxième facteur clé : la concentration des investissements sur l’IA, dans des segments clés où l’industrie coréenne excelle. Le pays est non seulement devenu le fournisseur mondial indispensable de certains composants, en particulier des mémoires à haute bande passante (HBM) nécessaires aux puces de Nvidia, mais il a l’ambition de devenir un acteur pionnier de l’utilisation de l’IA au sens large. Au dernier salon d’électronique de Las Vegas, le Consumer Electronic Show, les entreprises coréennes se sont illustrées dans l’IA dite physique, intégrée dans des robots ou des objets. Hyundai a marqué les esprits avec son robot humanoïde Atlas destiné à l'industrie, doté d’une fluidité de mouvement remarquable, tandis que Samsung et LG ont fait des démonstrations d'IA embarquée (on-device) dans l'électroménager notamment. Une de leurs avancées consiste à doter les objets d’IA sans recourir à une connexion internet, ce qui permet de sécuriser les données privées.
Résultat de ces ambitions bien menées : sur un an, SK hynix, leader des mémoires HBM, progresse de plus de 260%, Samsung de 170%, alors que les Magnificent 7 américains se contentent de 23%. Pourtant, ces valeurs ne se payent que 7 à 12 fois les bénéfices de l’année à venir[2], alors que les Mag 7 s’élèvent à environ 30 fois. Certes, les leaders coréens ne sont pas près de rivaliser en taille ni en prestige avec leurs compétiteurs américains. Mais au regard de leur dynamique exceptionnelle et de leur valorisation somme toute modérée, il y a fort à parier que les stars coréennes continueront de briller longtemps. Autant que BTS et Blackpink ?
[1] Au 15 janvier 2026, en dollars
[2] Selon le consensus Bloomberg
