0,7 % de croissance : la France décroche, et ça n’étonne personne

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
0,7 % de croissance : la France décroche, et ça n'étonne personne
0,7 % de croissance : la France décroche, et ça n'étonne personne - © Economie Matin

Le gouvernement vient d'abaisser sa prévision de croissance à 0,7 % pour 2026. Une révision à la baisse prévisible, presque rituelle, qui masque un problème de fond bien plus grave : la France est en train de décrocher structurellement de ses voisins européens. Et personne, au sommet de l'État, ne semble vraiment s'en alarmer.

25 %

La part des dépenses publiques françaises consacrée aux retraites, soit bien au-delà de la moyenne européenne et de l'Allemagne.

0,7 %, c'est une capitulation, pas une prévision

Soyons directs : quand Roland Lescure annonce 0,7 % de croissance pour 2026, ce n'est pas une prévision économique, c'est un aveu d'échec. L'Allemagne, pourtant en pleine restructuration industrielle douloureuse, commence à remonter la pente. Les Pays-Bas affichent une dynamique autrement plus solide. L'Espagne, longtemps montrée du doigt, nous dépasse désormais allègrement. Et la France, elle, se félicite de ne pas tomber en récession.

Le ministre annonce dans la foulée 3 milliards d'économies supplémentaires pour tenter de tenir l'objectif de déficit. Trois milliards. Pour un budget de l'État qui dépasse les 600 milliards d'euros de dépenses. C'est, pardonnez-moi l'expression, une goutte d'eau dans un océan de gabegie. À ce rythme, nous n'équilibrerons pas les comptes publics avant... 2035 ? 2040 ? Jamais ?

Le problème n'est pas conjoncturel. Il est structurel. La France produit trop peu, emprunte trop, redistribue mal, et décourage méthodiquement ceux qui entreprennent et qui créent de la richesse. Le déficit commercial de mai, à près de 7 milliards d'euros, en est une autre illustration criante : nous achetons au monde bien plus que nous ne lui vendons. C'est la signature d'une économie qui a perdu en compétitivité ce qu'elle a gagné en complexité administrative.

Le piège des retraites : personne n'ose regarder les chiffres en face

Force est de constater que l'éléphant dans la pièce s'appelle toujours retraites. La France y consacre 25 % de ses dépenses publiques totales. Vingt-cinq pour cent. L'Allemagne est très loin de ce niveau. La moyenne européenne aussi. Ce n'est pas un jugement moral sur nos retraités — qui ont cotisé toute leur vie et ont parfaitement le droit à leur pension — c'est un constat arithmétique implacable : une économie qui consacre un quart de ses dépenses à payer le passé ne peut pas investir suffisamment dans son avenir.

Et pourtant, la réforme des retraites de 2023 — courageuse mais insuffisante — a été combattue comme si l'on voulait supprimer le droit de vivre. Résultat : on a grappillé quelques milliards, sans s'attaquer à la vraie question de soutenabilité du système. Pendant ce temps, nos entreprises croulent sous les charges sociales parmi les plus élevées du monde développé, ce qui plombe mécaniquement leur compétitivité et leur capacité à embaucher.

Le réveil sera brutal si on n'agit pas maintenant

Je veux bien que la politique soit l'art du possible. Mais il y a un moment où le possible doit inclure le nécessaire. La boule de neige de la dette continue de grossir. Les taux d'intérêt restent élevés. Et chaque point de croissance perdu, c'est des recettes fiscales en moins, des entreprises qui délocalisent, des jeunes talents qui s'expatrient — vers l'Irlande, le Canada, les Émirats — avec leurs diplômes payés par le contribuable français.

La vraie question n'est pas de savoir si l'on peut gratter 3 milliards par-ci par-là. Elle est de savoir si la France a encore la volonté politique de se réformer en profondeur : baisser les charges, simplifier le droit du travail, tailler dans les doublons administratifs, et faire confiance aux entrepreneurs plutôt qu'aux technocrates.

À 0,7 % de croissance, la réponse, hélas, semble toujours être non.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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