Le marché du pétrole pourrait connaître en 2026 un tournant inédit depuis la crise sanitaire mondiale. Dans son rapport mensuel publié le 10 juillet 2026, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une baisse de la demande en année complète, tout en estimant qu’un redressement progressif est déjà engagé.
Pétrole : la demande chutera en 2026, du jamais vu depuis la pandémie

La demande de pétrole devrait baisser globalement en 2026... mais des signes de reprise apparaissent déjà
Le marché mondial du pétrole évolue dans un contexte rarement observé ces dernières années. Dans son dernier rapport mensuel, publié le 10 juillet 2026, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) revoit en profondeur les perspectives de la demande mondiale, tout en soulignant que les risques géopolitiques demeurent le principal facteur d'incertitude. Si l'agence anticipe la première baisse annuelle de consommation depuis la pandémie de Covid-19, elle estime également que les fondamentaux du marché commencent progressivement à se redresser.
L'Agence internationale de l'énergie anticipe donc désormais une diminution de 1 million de barils par jour sur l'ensemble de l'année 2026. Une telle contraction constituerait un événement exceptionnel puisqu'aucune baisse annuelle n'avait été enregistrée depuis la crise provoquée par la pandémie de Covid-19.
Une contraction de la demande temporelle, qui ne traduit pas une tendance durable pour autant
Cette prévision ne traduit toutefois pas un effondrement durable de la consommation mondiale. L'agence insiste au contraire sur le fait que le ralentissement observé depuis plusieurs mois commence à perdre de son intensité. Les données compilées montrent que la demande s'est fortement contractée au deuxième trimestre, avec une baisse de 4,8 millions de barils par jour, avant de ralentir à une diminution estimée de 1,7 million de barils quotidiens au troisième trimestre. Selon les projections de l'AIE, les trois derniers mois de l'année devraient même renouer avec une croissance de la consommation, qui atteindrait environ 1,2 million de barils par jour.
Cette évolution conduit l'organisation internationale à considérer que le marché entre progressivement dans une nouvelle phase. Dans son rapport, l'Agence internationale de l'énergie estime qu'une reprise de la demande mondiale est déjà en cours, même si celle-ci reste inégale selon les régions et dépend largement de l'évolution du contexte géopolitique. Cette appréciation repose notamment sur le retour progressif des échanges commerciaux ainsi que sur la normalisation des livraisons de produits raffinés.
Les perspectives à plus long terme apparaissent également plus favorables. Pour 2027, l'AIE prévoit une progression de la demande mondiale proche de 2 millions de barils par jour, signe que le recul attendu cette année ne serait pas le début d'une tendance structurelle de long terme mais plutôt la conséquence d'un choc exceptionnel provoqué par les conflits récents.
Pétrole : le conflit au Moyen-Orient continue de peser sur les prévisions de demande
Si les perspectives économiques s'améliorent progressivement, l'Agence internationale de l'énergie rappelle que le principal facteur de risque demeure la situation au Moyen-Orient. Les affrontements entre les États-Unis et l'Iran continuent d'alimenter une forte volatilité sur les marchés de l'énergie, alors même qu'une accalmie semblait se dessiner quelques semaines auparavant.
Les analystes de l'AIE rappellent que les prévisions actuelles reposent sur une hypothèse essentielle : la reprise graduelle du trafic pétrolier dans le détroit d'Ormuz. Cette voie maritime concentre traditionnellement près d'un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Son fonctionnement conditionne directement la capacité des producteurs du Golfe à remettre en exploitation leurs installations et à approvisionner les marchés internationaux.
Or, cette hypothèse reste aujourd'hui loin d'être acquise. Après une amélioration sensible observée fin juin 2026, le trafic maritime a de nouveau été fortement perturbé par la reprise des hostilités. Le cessez-le-feu intervenu à la mi-juin a rapidement perdu de sa substance après une nouvelle série d'échanges militaires entre Washington et Téhéran. Dans le même temps, les opérateurs maritimes continuent de faire face à des coûts d'assurance élevés, à des risques sécuritaires persistants ainsi qu'à la présence de mines dans certaines zones de navigation.
L'Agence internationale de l'énergie estime également que le rétablissement complet des exportations dépendra d'autres facteurs, notamment du redémarrage des raffineries régionales, des garanties de sécurité accordées aux compagnies de transport maritime et du retour éventuel de certains acheteurs asiatiques, en particulier pour le pétrole iranien.
Demande, stocks et prix du pétrole : quelles tendances pour les prochains mois ?
Les mouvements observés sur les stocks mondiaux illustrent eux aussi la transition engagée par le marché. En juin 2026, les réserves mondiales de pétrole ont progressé pour la première fois depuis quatre mois. Cette hausse provient principalement du retour des cargaisons transportées par voie maritime. Les volumes stockés en mer ont augmenté de 117 millions de barils, tandis que les stocks terrestres diminuaient simultanément de 96 millions de barils. Parmi ces derniers figure notamment un prélèvement de 44 millions de barils dans les réserves publiques des pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
Ces chiffres traduisent un marché qui cherche encore son nouvel équilibre. Les producteurs remettent progressivement leurs volumes sur le marché, mais les circuits logistiques demeurent perturbés et les raffineries fonctionnent encore en deçà de leurs capacités habituelles. Dans le même temps, les marges de raffinage ont atteint leur niveau le plus élevé depuis quatre ans, signe que la demande en carburants raffinés reste soutenue malgré le recul global de la consommation de pétrole brut.
Les cours du pétrole reflètent cette incertitude permanente. Après avoir fortement progressé au plus fort des tensions militaires, les prix se sont partiellement repliés lorsque les investisseurs ont anticipé une reprise des exportations. Cette détente n'a cependant été que temporaire. Les nouvelles frappes intervenues début juillet ont ravivé les inquiétudes, poussant les opérateurs à réévaluer le risque géopolitique.
Au-delà des fluctuations immédiates, le rapport de l'Agence internationale de l'énergie esquisse surtout une évolution plus profonde du marché mondial du pétrole. La baisse de la demande prévue pour 2026 apparaît avant tout comme la conséquence directe d'un choc géopolitique majeur plutôt que comme un effondrement durable de la consommation mondiale. Les prévisions pour 2027 témoignent d'ailleurs d'un retour attendu de la croissance, même si celle-ci resterait plus modérée que lors des précédents cycles d'expansion.
