La retraite par répartition constitue l’un des piliers du modèle social français depuis près de quatre-vingts ans. Son principe est simple : les actifs financent les pensions des retraités en échange de la promesse que les générations suivantes financeront un jour les leurs.
Retraites : la France prépare-t-elle sans le dire la fin de la répartition ?

Ce mécanisme de solidarité intergénérationnelle a longtemps fonctionné grâce à une démographie favorable et à une forte croissance économique. Mais les équilibres se dégradent. Selon les dernières projections du Conseil d'orientation des retraites (COR), le système est redevenu déficitaire. Après un déficit de 1,7 milliard d'euros en 2024, celui-ci atteindrait environ 5 milliards d'euros en 2025. À plus long terme, les projections font apparaître un déficit compris entre 0,8 % et 2,4 % du PIB à l'horizon 2070 selon les scénarios retenus. Dans le même temps, la natalité française est tombée à 1,62 enfant par femme en 2024, son plus faible niveau depuis plus d'un siècle, tandis que l'espérance de vie continue de progresser. Le nombre de retraités augmente donc plus vite que celui des cotisants.
Face à cette réalité, la question n'est plus de savoir si le système devra évoluer, mais comment. Les réformes successives ont jusqu'ici consisté à augmenter la durée de cotisation, reculer l'âge légal de départ ou ralentir la progression des pensions. Pourtant, même un report progressif de l'âge de départ vers 65 ou 66 ans ne garantirait pas durablement l'équilibre financier du système. Plusieurs responsables politiques, organisations patronales et économistes défendent désormais l'idée d'un deuxième pilier obligatoire de retraite par capitalisation venant compléter la répartition. L'objectif serait de constituer progressivement, pour chaque salarié, une épargne retraite investie sur les marchés financiers et gérée par des organismes spécialisés, à l'image de ce qui existe déjà sous différentes formes en Allemagne, aux Pays-Bas ou dans les pays nordiques. Les défenseurs de cette approche mettent en avant des rendements historiquement supérieurs à la croissance des salaires et la nécessité de diversifier les sources de financement des retraites. Ses opposants rappellent toutefois que la capitalisation n'est pas sans risque : volatilité des marchés, inégalités accrues entre carrières et dépendance aux performances financières.
La véritable question est celle du calendrier. Économiquement, une bascule totale vers la capitalisation est pratiquement impossible. Elle obligerait une génération à financer simultanément les pensions actuelles et sa propre retraite future, ce qui représenterait un coût colossal. En revanche, la création progressive d'un pilier obligatoire de capitalisation apparaît de moins en moins comme une hypothèse théorique et de plus en plus comme une perspective crédible à l'horizon de la prochaine décennie. Si les déficits annoncés se confirment, si la démographie continue de se dégrader et si la croissance reste faible, le débat pourrait s'imposer dès la campagne présidentielle de 2027. Le véritable tournant ne serait alors pas la disparition de la répartition, qui demeurera probablement le socle du système français, mais l'émergence d'un modèle hybride où une partie croissante de la retraite serait financée par l'épargne accumulée tout au long de la vie professionnelle. La question n'est peut-être plus de savoir si la capitalisation arrivera en France, mais à quelle vitesse et sous quelle forme elle s'imposera dans le paysage social français.
