La loi Ripost prolonge jusqu’en 2030 la vidéosurveillance algorithmique en France. Les startups françaises de sécurité anticipent un marché prometteur, malgré des performances contrastées lors de l’expérimentation des JO 2024.
Vidéosurveillance algorithmique : périmètre élargi, expérimentation prolongée jusqu’en 2030

Vidéosurveillance algorithmique : un marché de 6 milliards d'euros enfin déverrouillé
La loi Ripost, adoptée le 21 juillet 2026 en commission mixte paritaire, prolonge jusqu'en 2030 l'expérimentation de vidéosurveillance algorithmique. Le secteur privé de la sécurité, bloqué jusqu'ici par un cadre légal restrictif, voit s'ouvrir un marché prometteur. Les startups françaises comme Orasio et Wintics anticipent déjà une accélération de leur développement commercial.
Les acteurs français de la sécurité algorithmique se positionnent pour capter ce nouveau marché. Wintics, qui a participé au dispositif lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, et Orasio, spécialiste de la détection d'anomalies, figurent parmi les entreprises les mieux placées. « L'essentiel du marché porte sur le privé », confirme aux Échos Quentin Barenne, cofondateur de Wintics. La prolongation jusqu'en 2030 leur offre une visibilité commerciale inédite. Avec environ 100.000 caméras déployées dans l'espace public français, le potentiel de développement s'annonce considérable. Les investisseurs suivent de près l'évolution du cadre réglementaire, conscients que la clarification juridique conditionne la rentabilité des solutions développées.
Exclusion de la reconnaissance faciale : une limite importante pour les acteurs
Le législateur maintient une ligne rouge. Tous les traitements algorithmiques excluent explicitement toute identification biométrique ou reconnaissance faciale. L'exploitation de photographies des occupants des véhicules reste également interdite. Pour les entreprises du secteur, la contrainte technique impose de développer des algorithmes capables de détecter des comportements suspects sans identifier les personnes. Les systèmes analysent les mouvements, les gestes anormaux ou les flux inhabituels, mais ne peuvent créer de base de données biométrique. Le contrôle humain demeure obligatoire : aucune décision automatisée ne peut être prise sans validation par un agent de sécurité. La vidéosurveillance par IA prolongée par le Sénat avait déjà posé ces garde-fous lors des débats parlementaires.
Les articles 15 et 15 bis élargissent significativement l'accès aux données des lecteurs automatisés de plaques d'immatriculation (LAPI). Onze catégories d'infractions sont désormais couvertes : terrorisme, criminalité organisée, vol et recel de véhicules, vol aggravé, évasion, escroquerie, soustraction de mineurs, contrebande de tabac, trafic de déchets, refus d'obtempérer et aide à l'entrée et au séjour irréguliers. Pour les commerçants victimes d'escroqueries organisées ou de vols en bande, l'extension facilite les enquêtes judiciaires. Les données de déplacement permettent d'établir des corrélations entre différents lieux de vols et d'identifier les circuits empruntés par les réseaux criminels spécialisés dans le vol en magasin.
La durée de conservation des données passe à un an
La durée de conservation des données LAPI passe de 15 jours actuellement à un an. Le changement implique des investissements importants en infrastructure de stockage et en sécurisation des données. L'accès immédiat reste limité aux données collectées depuis moins d'un mois. Au-delà, seules les enquêtes judiciaires peuvent consulter les informations historiques, sur autorisation d'un magistrat. Pour les services de sécurité privée, la prolongation offre une profondeur d'analyse inédite. Les schémas de criminalité peuvent être tracés sur plusieurs mois, permettant d'anticiper les zones à risque et d'optimiser le déploiement des moyens de prévention.
Vidéosurveillance algorithmique : quatre utilisateurs seulement pendant les JO 2024
Le rapport sénatorial produit à l'issue des Jeux Olympiques de Paris 2024 dresse un constat nuancé de l'expérimentation menée à cette occasion. Seulement quatre entités ont utilisé le dispositif de vidéosurveillance algorithmique, pour une trentaine de manifestations couvertes. Les performances se sont révélées très variables selon les cas d'usage. « L'un des grands enseignements des JO était qu'il y avait énormément de forces de police mobilisées ; de fait, on avait moins besoin de l'IA à ce moment-là. Ce sera finalement plus utile dans le quotidien », analyse Quentin Barenne. Le faible nombre d'utilisateurs s'explique par la complexité du cadre juridique et par la concentration exceptionnelle de moyens humains pendant l'événement. Le rapport souligne que l'expérimentation n'a pas permis d'évaluer pleinement la pertinence du dispositif en conditions normales d'exploitation.
Malgré les limites observées, les services utilisateurs plaident pour la pérennisation du système. L'intérêt opérationnel reste réel dans les situations où les effectifs humains manquent. La détection automatique d'anomalies (colis abandonnés, mouvements de foule inhabituels, intrusions) libère les agents pour des tâches d'intervention. Pour le secteur privé, la prolongation jusqu'en 2030 offre le temps nécessaire pour affiner les algorithmes et démontrer la rentabilité économique.
