Banques israéliennes : la rupture bancaire qui menace l’économie palestinienne

Bank Hapoalim et Discount Bank menacent de couper les services de correspondance bancaire aux banques palestiniennes dès mi-août, mettant en péril le financement des importations vitales et la stabilité de l’Autorité palestinienne, déjà privée depuis plus d’un an de deux tiers de ses revenus fiscaux. Les banques israéliennes invoquent une exposition légale croissante aux poursuites civiles.

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By Jehanne Duplaa Published on 24 juillet 2026 14h15
Banques israéliennes : la rupture bancaire qui menace l'économie palestinienne
Banques israéliennes : la rupture bancaire qui menace l’économie palestinienne - © Economie Matin
90 %90 % du commerce palestinien transite par Israël

Quand deux banques israéliennes majeures menacent de couper les services de correspondance bancaire aux institutions palestiniennes, c'est tout un système économique fragile qui vacille : celui qui permet à la Cisjordanie de financer ses importations vitales et à l'Autorité palestinienne de fonctionner. Bank Hapoalim et Discount Bank ont annoncé leur intention de mettre fin à ces services dès mi-août pour certaines banques palestiniennes, le 1er septembre pour les autres. Le ministère israélien des Finances a confirmé la nouvelle le 22 juillet dernier, invoquant un niveau de risque devenu insoutenable.

Le mécanisme : comment fonctionnent les services de correspondance bancaire

Un rôle structurel devenu indispensable depuis les accords de paix

Les services de correspondance bancaire constituent l'ossature invisible des transactions économiques entre Israël et les territoires palestiniens. Mis en place lors des accords de paix comme solution temporaire, le dispositif s'est transformé en infrastructure permanente. Les banques israéliennes agissent comme intermédiaires obligés pour toutes les opérations en shekels des établissements palestiniens : virements, compensations, conversions de devises. Sans elles, aucune transaction en monnaie israélienne ne peut être exécutée depuis la Cisjordanie.

Les banques palestiniennes dépendantes des intermédiaires israéliens

Les institutions financières palestiniennes ne peuvent accéder directement au système de paiement israélien. Elles doivent obligatoirement passer par des banques correspondantes israéliennes pour effectuer leurs opérations en shekels. Bank Hapoalim et Discount Bank détiennent ainsi un monopole de fait sur ces flux financiers. Chaque paiement d'électricité, chaque importation alimentaire depuis Israël transite par leurs systèmes. La rupture annoncée équivaut à une coupure du cordon ombilical financier reliant les deux économies.

Les chiffres de la crise : deux tiers des revenus de l'Autorité palestinienne en jeu

Une suspension déjà en cours depuis plus d'un an

L'Autorité palestinienne traverse déjà une crise budgétaire sans précédent. Depuis plus d'un an, Israël a suspendu le transfert des recettes fiscales collectées pour son compte aux postes-frontières et sur les importations. Ces revenus représentent environ deux tiers du budget total de l'Autorité. Le blocage prive Ramallah de plusieurs centaines de millions de dollars annuels, paralysant le paiement des salaires des fonctionnaires et le financement des services publics. La menace bancaire ajoute une couche supplémentaire à un édifice financier déjà chancelant.

Calendrier de rupture : mi-août et 1er septembre comme points de basculement

Les responsables du secteur bancaire palestinien ont révélé un calendrier précis de la déconnexion. Certaines banques perdront leur accès dès mi-août 2026, tandis que les autres suivront le 1er septembre. Moins de six semaines séparent l'économie palestinienne d'une paralysie potentielle. Aucune solution alternative n'a été identifiée à ce jour. Les discussions entre le ministère israélien des Finances et les banques piétinent sur la question de la responsabilité juridique.

Effets de cascade : du système bancaire à l'économie réelle

Risque de crise bancaire et développement de l'économie informelle

La rupture des services de correspondance menace de provoquer un effondrement en chaîne du système bancaire palestinien. Sans accès aux canaux de paiement en shekels, les banques palestiniennes accumuleront des liquidités qu'elles ne pourront plus convertir ni utiliser pour les transactions courantes. Le recours massif aux espèces deviendra inévitable, avec son cortège de risques : blanchiment, financement occulte, impossibilité de tracer les flux. L'économie informelle pourrait exploser, échappant à tout contrôle réglementaire et fiscal.

Financement des importations vitales en danger

La Cisjordanie importe massivement depuis Israël : électricité, produits alimentaires de base, carburants, médicaments. Toutes ces transactions s'effectuent en shekels via les banques correspondantes. Leur interruption bloquerait physiquement l'approvisionnement du territoire. Les entreprises palestiniennes ne pourraient plus payer leurs fournisseurs israéliens. Les ménages verraient leurs factures d'électricité impayées s'accumuler. Les rayons des supermarchés se videraient progressivement. L'impact humanitaire d'une telle rupture dépasserait largement le cadre financier.

Contagion régionale : les banques jordaniennes également exposées

Adel al-Sharkas, gouverneur de la Banque centrale de Jordanie, a publiquement exprimé son inquiétude. Plusieurs banques jordaniennes exercent des activités dans les territoires palestiniens et dépendent elles aussi des services de correspondance israéliens pour leurs opérations en shekels. La tension géopolitique régionale, déjà exacerbée par la hausse des prix énergétiques, pourrait s'aggraver. Une crise bancaire palestinienne se propagerait mécaniquement aux établissements jordaniens exposés, fragilisant la stabilité financière d'Amman.

Justifications des banques : l'exposition légale croissante

Les poursuites civiles en vertu de l'Anti-Terrorism Act : le précédent Arab Bank

Le traumatisme de l'Arab Bank hante le secteur bancaire israélien. En 2014, un jury fédéral new-yorkais a condamné cet établissement jordanien en vertu de l'Anti-Terrorism Act américain pour avoir maintenu des liens financiers avec le Hamas. Les dommages et intérêts se sont chiffrés en centaines de millions de dollars. Bank Hapoalim et Discount Bank redoutent un sort similaire. Leurs opérations avec les banques palestiniennes les exposent potentiellement à des poursuites civiles aux États-Unis, où elles possèdent des filiales et des actifs saisissables.

Les lettres de confort gouvernementales : une protection insuffisante

Le gouvernement israélien renouvelle régulièrement des lettres de confort censées protéger les banques en cas de poursuites judiciaires. Le ministère des Finances s'engage à les défendre et à assumer les conséquences financières d'éventuelles condamnations. Mais selon un responsable du secteur bancaire israélien interrogé par l'AFP, « les risques ont augmenté au fil des années et cette garantie ne suffit plus, les banques veulent désormais que l'État assume cette responsabilité ». Les établissements exigent une couverture juridique complète, équivalant à un transfert total de responsabilité vers l'État. Le ministère des Finances a déclaré dans son communiqué du 22 juillet : « Compte tenu du niveau global de risque et des inquiétudes croissantes concernant d'éventuelles poursuites civiles, les banques israéliennes ont récemment annoncé leur intention de cesser de fournir des services de correspondance bancaire ». Les négociations achoppent sur ce point depuis des mois. La dégradation du contexte économique global rend les banques d'autant plus frileuses face aux risques juridiques et réputationnels.

La fenêtre de négociation se referme rapidement. Sans accord d'ici mi-août, l'économie palestinienne basculera dans une zone d'incertitude totale. Les acteurs régionaux observent avec anxiété la capacité du gouvernement israélien à trouver une solution juridique acceptable pour ses banques, tout en préservant la viabilité économique des territoires palestiniens.

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