Une croissance pire que durant la Covid-19 en 2026 ?

La croissance mondiale devrait ralentir à 2,5% en 2026 selon la Banque Mondiale, son plus faible niveau depuis la Covid-19. Le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix énergétiques qui pèse sur l’économie planétaire.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 12 juin 2026 7h50
Banque Mondiale Prevision Croissance 2026
Une croissance pire que durant la Covid-19 en 2026 ? - © Economie Matin
4%La Banque mondiale table sur une accélération des prix à la consommation à 4% en 2026

La guerre au Moyen-Orient menace la croissance mondiale

L'économie mondiale s'enfonce dans une spirale inquiétante. La Banque mondiale vient de réviser brutalement ses prévisions de croissance, anticipant désormais une expansion de seulement 2,5% en 2026 contre 2,9% escomptés en janvier. Le ralentissement économique pourrait atteindre son niveau le plus bas depuis la pandémie de Covid-19, une perspective qui fait frémir les économistes du monde entier.

L'escalade du conflit iranien porte un coup fatal aux chaînes d'approvisionnement énergétiques. La fermeture du détroit d'Ormuz par Téhéran, riposte aux frappes américano-israéliennes du 28 février, a déclenché une explosion des prix pétroliers. Le Brent devrait flamber à 94 dollars le baril cette année, bondissant de 36% par rapport aux niveaux de 2025. Une envolée qui menace d'asphyxier les économies déjà fragilisées par les chocs successifs des dernières années.

Deux tiers des pays touchés par le ralentissement économique

L'onde de choc dépasse largement les frontières des producteurs d'hydrocarbures. Le rapport Global Economic Prospects publié jeudi révèle une dégradation généralisée : l'institution de Washington a révisé à la baisse ses prévisions pour les deux tiers des économies mondiales. Les pays en développement subissent le choc le plus brutal avec une croissance ramenée à 3,6% en 2026, contre 4,4% l'année précédente.

L'Europe vacille sous les coups de boutoir de la crise énergétique. Le FMI prévoit désormais une progression dérisoire de 0,9% pour la zone euro, en recul par rapport aux 1,1% anticipés en avril. La dépendance énergétique européenne se transforme en talon d'Achille face aux turbulences géopolitiques. Les banques centrales se retrouvent prises en étau entre ralentissement économique et poussée inflationniste.

Le spectre de l'inflation ressurgit dans un climat d'incertitude

L'inflation reprend sa marche inquiétante. La Banque mondiale table sur une accélération des prix à la consommation à 4% cette année, contre 3,3% en 2025. Un retour du démon inflationniste qui contraint déjà les autorités monétaires à serrer la vis. La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs jeudi, les hissant de 2% à 2,25%, malgré l'atonie économique ambiante.

"Le principal risque serait de ne pas prendre ce genre de décision", a justifié Christine Lagarde, présidente de la BCE, hantée par le traumatisme de l'inflation qui avait dépassé 10% en 2022. Les marchés agricoles tremblent également : les prix des engrais, majoritairement produits dans le Golfe Persique, devraient s'envoler de 38%, faisant craindre des tensions alimentaires mondiales.

Un scénario catastrophe à 1,3% de croissance

L'horizon pourrait s'assombrir davantage si les hostilités perdurent. La Banque mondiale évoque un scénario cauchemardesque où la croissance mondiale s'effondrerait à 1,3% en cas de "perturbations énergétiques plus graves que prévu accompagnées d'un stress financier important". L'inflation grimperait alors à 4,4%, étranglant les économies déjà exsangues.

"L'économie mondiale est bien moins résiliente aujourd'hui qu'elle ne l'était en 2008, et même par rapport à 2018", a alerté Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale, lors d'une conférence de presse. Une vulnérabilité exacerbée par l'accumulation toxique des chocs : pandémie, inflation, tensions géopolitiques et désormais guerre énergétique.

Les pays émergents face à une décennie de régression

Au-delà de la tourmente immédiate, l'institution tire la sonnette d'alarme sur la "décennie perdue" que traversent de nombreux pays émergents. Près de la moitié d'entre eux n'ont pas réussi, depuis 2019, à réduire l'écart de revenus avec les économies développées. Plus alarmant encore : un quart des économies en développement seront moins riches à la fin de 2026 qu'avant la pandémie.

L'endettement galopant aggrave dramatiquement la situation. Depuis 2010, la dette publique des pays en développement a explosé, passant de moins de 40% à plus de 70% du PIB. "Plus un pays est déjà endetté, plus les coûts d'emprunt de la dette supplémentaire bondissent", souligne Indermit Gill, décrivant un cercle vicieux particulièrement redoutable.

Les économies du Golfe incarnent parfaitement cette fragilité. Leur croissance devrait s'effondrer de 4,5% en 2025 à seulement 1,3% cette année, avant un hypothétique rebond à 5% en 2027 avec la reprise des exportations énergétiques et les efforts de reconstruction.

Des perspectives incertaines malgré quelques lueurs d'espoir

Dans ce paysage désolé, quelques éclairs d'optimisme percent néanmoins les nuages. L'intelligence artificielle pourrait "faire grimper les taux de productivité mondiaux au-delà de la maigre moyenne des années 2020", selon le rapport. Si elle est bien maîtrisée, elle pourrait inaugurer dans les années 2030 "la décennie la plus prospère au monde depuis les années 1970".

La transition énergétique représente également une bouée de sauvetage. L'énergie propre, désormais autant un impératif de sécurité nationale qu'une priorité climatique, pourrait accélérer la croissance dans les pays en développement. L'essor du commerce régional, avec la multiplication des accords commerciaux, offre aussi de nouvelles perspectives de développement.

Face à ces défis colossaux, la Banque mondiale déploie des moyens exceptionnels. L'institution a annoncé la mobilisation de 100 milliards de dollars sur les 15 prochains mois pour soutenir les pays les plus meurtris par les répercussions du conflit moyen-oriental.

Les prévisions actuelles misent sur une normalisation progressive à partir de juillet, avec un retour de la croissance mondiale à 2,8% en 2027. Reste à déterminer si les tensions géopolitiques permettront effectivement un apaisement des marchés énergétiques dans les mois à venir. L'incertitude plane désormais sur l'ensemble de l'économie planétaire.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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