Mégabassines : 10 millions d’euros pour détruire quatre réserves illégales

Le tribunal administratif de Poitiers ordonne la destruction de quatre mégabassines illégales en Charente-Maritime. Construites pour 5,6 millions d’euros en 2010, elles devront être démantelées pour 10 millions. Un contentieux de 15 ans qui révèle le coût économique de l’illégalité administrative.

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By Cédric Bonnefoy Published on 24 juillet 2026 15h47
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Mégabassines : 10 millions d’euros pour détruire quatre réserves illégales - © Economie Matin
10 millions d'eurosLe coût du démantèlement des 4 mégabassines va coûter 10 millions d'euros.

Le tribunal administratif de Poitiers vient de rendre un jugement lourd de conséquences financières. Hier, 23 juillet 2026, la justice a ordonné la destruction de quatre mégabassines en Charente-Maritime, construites pour 5,6 millions d'euros et désormais condamnées à disparaître au prix de 10 millions d'euros. Un paradoxe économique qui soulève la question du coût réel de l'illégalité administrative.

L'Association syndicale autorisée d'irrigation (ASAI) des Roches, qui regroupe neuf agriculteurs, se retrouve dans une impasse budgétaire. Ces réserves de substitution, destinées à irriguer 850 hectares de cultures, avaient été financées à hauteur de 63% par des fonds publics. Leur démantèlement, imposé dans un délai de trois ans, pèsera également sur les finances publiques.

La décision du tribunal et ses implications budgétaires

Quatre réserves construites pour 5,6 millions d'euros, à détruire pour 10 millions

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Achevées en 2010 à La Laigne, Cram-Chaban et La Grève-sur-le-Mignon, ces quatre réserves ont coûté 5,6 millions d'euros à la construction. Leur destruction nécessitera presque le double : 10 millions d'euros selon les estimations de l'État. Cette facture comprend le démantèlement des ouvrages, la remise en état des terrains et la dépollution de la nappe phréatique. Selon Le Figaro, le tribunal a justifié cette exigence par le risque de pollution : « La seule fermeture des réserves et le démantèlement des installations permettant d'assurer leur exploitation ne sauraient en raison du risque de pollution de la nappe phréatique suffire à préserver les intérêts protégés par le code de l'environnement. »

Cette équation économique révèle un gaspillage considérable de ressources publiques. Entre investissement initial et coût de destruction, la facture totale atteint 15,6 millions d'euros pour des infrastructures qui n'auront jamais fonctionné légalement. Un exemple édifiant des conséquences financières d'un projet mal encadré dès l'origine.

La part des fonds publics : 63% du financement initial en question

Les 3,5 millions d'euros de subventions publiques injectés dans le projet posent une question de responsabilité budgétaire. Comment des fonds publics ont-ils pu financer des ouvrages dont l'autorisation administrative était contestée dès 2009 ? Le préfet de Charente-Maritime avait pourtant mis en demeure l'ASAI des Roches en 2018 et 2023 pour régulariser la situation. Charente Libre rapporte que Nature Environnement 17, l'association plaignante, a dénoncé « une étude d'impact lacunaire, un surdimensionnement des réserves, une construction pendant les recours, un non-respect des arrêtés de mise en demeure et des remplissages illégaux ».

La contribution publique représente aujourd'hui une perte sèche pour les finances de l'État et des collectivités. Aucun mécanisme de récupération n'est prévu dans le jugement. Les agriculteurs devront assumer seuls les 10 millions d'euros de démantèlement, sauf à solliciter de nouvelles aides publiques, ce qui alourdirait encore la facture pour le contribuable.

Impact économique pour les agriculteurs et l'ASAI des Roches

Neuf agriculteurs face au coût du démantèlement et à la perte de 850 hectares irrigués

Pour les neuf membres actuels de l'ASAI des Roches, le jugement représente un double coup dur. D'abord, la perte d'un outil de production censé sécuriser l'irrigation de 850 hectares de cultures. Ensuite, la perspective de supporter financièrement le démantèlement. Si le coût de 10 millions d'euros devait être réparti entre eux, chaque exploitant devrait débourser plus d'un million d'euros, une somme qui dépasserait largement la capacité financière de la plupart des exploitations agricoles.

L'ASAI a annoncé son intention de faire appel, invoquant un décalage avec les priorités nationales de sécurité hydrique et de souveraineté alimentaire. Cette stratégie de recours pourrait prolonger le contentieux de plusieurs années, retardant les dépenses mais augmentant les frais juridiques. La gestion des pénuries devient un enjeu économique central dans un contexte de tensions climatiques.

Condamnations pénales : plus de 1 million d'euros d'amendes en 2025

Le contentieux administratif n'est pas le seul front financier. En juillet 2025, le tribunal correctionnel de La Rochelle avait déjà condamné les neuf irrigants de l'ASAI à plus d'un million d'euros d'amende pour utilisation sans autorisation des réserves d'eau. Cette sanction pénale s'ajoute aux coûts du démantèlement à venir, plaçant les agriculteurs dans une situation économique critique.

La multiplication des condamnations révèle une stratégie risquée de la part des exploitants, qui ont continué à utiliser les ouvrages malgré les annulations successives des autorisations administratives. Ce pari s'avère aujourd'hui désastreux sur le plan financier, avec une addition totale qui pourrait dépasser 11 millions d'euros entre amendes et démantèlement.

Un contentieux de 15 ans : le coût caché du litige administratif

Dépenses judiciaires et frais de gestion depuis 2009

Au-delà des chiffres visibles, le contentieux engendre des coûts indirects considérables. Depuis 2009, Nature Environnement 17 et l'ASAI des Roches se sont affrontés devant plusieurs juridictions, jusqu'au Conseil d'État qui a entériné l'illégalité des ouvrages en 2023. Le Monde précise que ce parcours judiciaire de 15 ans a mobilisé des ressources importantes de part et d'autre.

Les honoraires d'avocats, les expertises techniques, les frais de procédure s'accumulent pour les deux parties. Pour l'ASAI, ces dépenses viennent s'ajouter à la facture globale. Pour l'État, le coût de gestion administrative du dossier (mises en demeure, contrôles, instruction judiciaire) représente également un poste budgétaire non négligeable. Une situation qui rappelle d'autres contentieux liés à la gestion de l'eau et leurs implications économiques.

Délai de trois ans : planification budgétaire et calendrier de destruction

Le tribunal a accordé un délai de trois ans pour procéder au démantèlement et à la remise en état des lieux. Cette période laisse théoriquement le temps à l'ASAI de planifier le financement de l'opération, mais elle représente aussi trois années d'incertitude économique pour les exploitants. L'appel annoncé pourrait suspendre l'exécution du jugement, prolongeant encore l'attente et les coûts associés.

Marie Bomare, juriste à Nature Environnement 17, souligne par ailleurs qu'une cinquième réserve reste en suspens : « Il y a un manque de base légale pour la cinquième [réserve], le jugement sera reporté. » Cette situation laisse planer une incertitude supplémentaire sur le coût final de l'opération.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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