Apple devra indemniser certains propriétaires d’iPhone aux États-Unis après l’approbation préliminaire d’un recours collectif portant sur les fonctions Siri liées à Apple Intelligence. Les plaignants estiment que le groupe a commercialisé des appareils en mettant en avant des capacités d’intelligence artificielle qui n’étaient finalement pas disponibles au lancement.
Siri : la justice valide un recours collectif, Apple devra passer à la caisse

Apple : des fonctionnalités annoncées en juin 2024... mais toujours absentes en mars 2025
Aux États-Unis, des propriétaires d'iPhone ont encore remporté une manche face à Apple. L'origine du dossier remonte à la conférence WWDC organisée par Apple le 10 juin 2024. À cette occasion, l'entreprise avait présenté Apple Intelligence, sa plateforme d'intelligence artificielle générative, ainsi qu'une nouvelle génération de Siri capable de comprendre le contexte personnel de l'utilisateur, d'interagir entre plusieurs applications et d'exécuter des actions complexes à partir d'une simple requête vocale.
Ces démonstrations ont largement servi à promouvoir les nouveaux modèles compatibles avec Apple Intelligence, notamment les iPhone 15 Pro, iPhone 15 Pro Max puis l'ensemble de la gamme iPhone 16. Selon les plaignants, ces annonces ont joué un rôle déterminant dans leur décision d'achat. Pourtant, plusieurs mois après la commercialisation des appareils, les fonctionnalités les plus attendues de Siri restaient absentes.
En mars 2025, Apple avait officiellement annoncé le report de ces nouveautés, expliquant que leur développement nécessitait davantage de temps afin d'atteindre le niveau de qualité attendu. Ce changement de calendrier a alimenté la frustration de nombreux utilisateurs et ouvert la voie à une action collective devant la justice fédérale américaine.
Les demandeurs font valoir que la communication d'Apple a créé des attentes qui ne correspondaient pas à la réalité du produit vendu. Dans leur plainte devant le tribunal fédéral de Californie, ils estiment que les appareils proposaient une version d'Apple Intelligence « considérablement limitée, voire totalement absente » par rapport aux promesses formulées lors de leur présentation.
Ce qu'ont reproché les plaignants à Apple dans cette affaire
Le recours collectif ne porte pas sur un défaut matériel des iPhone ni sur un dysfonctionnement de Siri. Il vise essentiellement les pratiques commerciales d'Apple et la manière dont l'entreprise aurait présenté certaines fonctionnalités avant leur disponibilité effective. Les plaignants considèrent que les campagnes de communication, les démonstrations de la WWDC et les supports marketing donnaient à penser que la nouvelle expérience Siri ferait partie intégrante des appareils commercialisés. Selon eux, les consommateurs ont accepté de payer le prix fort pour bénéficier de capacités d'intelligence artificielle qui ont finalement été repoussées à une date indéterminée.
Apple rejette cette analyse. Dans le cadre du règlement amiable, l'entreprise précise qu'elle n'admet aucune faute ni aucune responsabilité juridique. Le groupe explique avoir choisi cette solution afin de rester concentré sur le développement de ses produits et services, plutôt que de poursuivre une procédure judiciaire susceptible de durer plusieurs années.
La juge fédérale Noël Wise, du tribunal du district nord de Californie, a toutefois estimé que l'accord présenté par les deux parties pouvait être considéré, à ce stade de la procédure, comme « équitable, adéquat et raisonnable ». Cette appréciation a permis l'approbation préliminaire du règlement, une étape indispensable avant son éventuelle validation définitive.
Quels propriétaires d'iPhone pourront être indemnisés ?
L'accord validé à titre préliminaire par le tribunal ne concerne pas l'ensemble des clients d'Apple. Seuls certains consommateurs américains sont susceptibles de bénéficier d'une indemnisation. Selon les documents judiciaires, sont concernés les résidents des États-Unis ayant acheté un iPhone 15 Pro, un iPhone 15 Pro Max ou un modèle de la gamme iPhone 16 entre le 10 juin 2024 et le 29 mars 2025, période durant laquelle Apple mettait en avant les nouvelles fonctions Siri reposant sur Apple Intelligence.
Le règlement prévoit un fonds global de 250 millions de dollars, soit environ 214 millions d'euros. Le montant effectivement perçu par chaque demandeur dépendra toutefois du nombre de réclamations déposées. Les documents du tribunal évoquent une indemnisation de référence de 25 dollars par appareil, soit environ 21 euros, mais celle-ci pourrait atteindre jusqu'à 95 dollars, environ 81 euros, si le nombre de demandes est inférieur aux estimations retenues par les parties.
À l'inverse, si les demandes sont très nombreuses, le montant individuel pourrait être réduit afin que l'ensemble des indemnisations reste compatible avec l'enveloppe prévue. Comme dans la plupart des recours collectifs américains, les honoraires des avocats, les frais de gestion du dossier et les coûts administratifs seront également prélevés sur le fonds de règlement avant le versement des indemnisations.
Les consommateurs n'ont cependant aucune démarche à effectuer dans l'immédiat. Les demandes d'indemnisation ne sont pas encore ouvertes. Le tribunal a confié l'administration du règlement à une société spécialisée, qui devra créer un site Internet officiel sur lequel les personnes éligibles pourront déposer leur dossier lorsque la procédure entrera dans sa phase opérationnelle.
Apple attend encore la validation définitive de la justice
L'approbation annoncée en juillet 2026 ne constitue pas la dernière étape de la procédure. En droit américain, un recours collectif doit encore faire l'objet d'une audience dite de « validation définitive », au cours de laquelle le juge vérifie notamment que le règlement demeure équitable pour l'ensemble des membres du groupe concerné. Cette audience est fixée au 29 septembre 2027. D'ici là, les personnes susceptibles d'être indemnisées devraient recevoir une notification individuelle ou être informées par l'intermédiaire du site officiel du règlement. Elles disposeront alors d'un délai pour présenter leur demande ou, si elles le souhaitent, s'opposer au règlement ou demander à être exclues de la procédure collective.
Pour Apple, cette affaire illustre les difficultés rencontrées lors du lancement d'Apple Intelligence. L'entreprise avait fait de l'intelligence artificielle un argument commercial majeur de sa stratégie, mais le développement de la nouvelle version de Siri s'est révélé plus complexe que prévu. Plusieurs fonctionnalités promises lors de la WWDC 2024 ont finalement été reportées, obligeant le constructeur à revoir son calendrier de déploiement.
Le recours collectif ne remet pas en cause l'avenir d'Apple Intelligence, dont les capacités continuent d'être progressivement intégrées aux systèmes d'exploitation de la marque. En revanche, il rappelle qu'aux États-Unis, les annonces commerciales faites autour de nouveaux produits technologiques peuvent donner lieu à des actions judiciaires lorsque les consommateurs estiment que les promesses initiales n'ont pas été tenues. Dans ce dossier, Apple a préféré mettre un terme au litige par un accord financier plutôt que de poursuivre une procédure dont l'issue demeurait incertaine.
