La destitution du procureur général de la CPI Karim Khan, votée le 24 juillet 2026 par 82 États membres, déclenche une crise financière majeure pour l’institution. Entre sanctions américaines et fragilisation budgétaire, cette affaire révèle comment la justice internationale devient un enjeu économique et commercial.
Le procureur de la CPI, Karim Khan, démis de ses fonctions pour des faits d’agression sexuelle

La destitution de Karim Khan, procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), votée le 24 juillet 2026 par 82 États membres sur 125, ouvre une crise financière et géopolitique sans précédent. Au-delà des accusations d'agression sexuelle qui ont justifié son renvoi, cette affaire révèle les fragilités budgétaires d'une institution prise entre pressions diplomatiques et sanctions économiques américaines. Les États-Unis, qui ont imposé des mesures punitives contre Khan et une douzaine de responsables de la CPI après les mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant en 2024, intensifient leur campagne pour affaiblir financièrement la Cour.
Un procureur destitué, des millions en jeu
Le vote de destitution a largement dépassé le seuil requis de 63 voix, avec 82 États favorables, 13 opposés et 15 abstentions. Cette première dans l'histoire de la CPI survient après une suspension en juin 2026 et un retrait temporaire de Khan en mai 2025. Selon Le Monde, l'accusatrice Sarah, avocate malaisienne, a déclaré sur CNN qu'« il est impossible qu'il y ait consentement quand il existe un tel déséquilibre de pouvoir ».
Les sanctions américaines contre la CPI
Washington a frappé fort. Les sanctions américaines visent non seulement Khan, mais également douze autres responsables de la CPI. Marco Rubio, secrétaire d'État, a annoncé une « campagne globale pour écraser » la menace que représenterait la Cour. Ces mesures bloquent les avoirs américains des personnes visées et interdisent toute transaction financière avec des entités américaines. Pour une institution dépendante de la coopération internationale, l'impact budgétaire se chiffre en millions d'euros. Les contributions volontaires américaines, bien que symboliques depuis le retrait des États-Unis du Statut de Rome, représentaient un levier diplomatique important pour mobiliser d'autres donateurs.
Budget institutionnel fragilisé : qui finance la Cour pénale ?
La CPI fonctionne avec un budget annuel d'environ 170 millions d'euros, financé par les 125 États membres selon une clé de répartition basée sur leur PIB. Les dix premiers contributeurs, dont la France, l'Allemagne et le Japon, assurent près de 70 % des ressources. Mais les sanctions américaines créent un effet domino : plusieurs États alliés de Washington hésitent désormais à maintenir leur soutien financier, craignant des répercussions économiques. Cette instabilité budgétaire menace directement les enquêtes en cours sur les crimes de guerre en Ukraine, au Soudan et en République démocratique du Congo. Comme l'indique Euronews, la fragilisation financière de la CPI intervient au pire moment, alors que les besoins opérationnels explosent.
Géopolitique économique : quand la justice devient une arme commerciale
La destitution de Khan ne relève pas seulement de la gouvernance interne. Elle s'inscrit dans une bataille géopolitique où les instruments judiciaires servent de leviers économiques. Les mandats d'arrêt contre Netanyahu et Gallant, obtenus en 2024 dans le cadre de la guerre à Gaza, ont déclenché une riposte coordonnée entre Washington et Tel-Aviv. Cette affaire rappelle étrangement les scandales de fraudes institutionnelles où les enjeux financiers masquent des stratégies politiques plus larges.
Netanyahu salue la destitution : implications pour les échanges commerciaux Israël-Occident
Le Premier ministre israélien a qualifié la destitution d'« évolution très positive », selon i24NEWS. Au-delà du symbole, cette victoire diplomatique renforce la position d'Israël dans ses négociations commerciales avec l'Union européenne et les États-Unis. Les accords d'association économique entre Tel-Aviv et Bruxelles, suspendus par certains États membres après les mandats d'arrêt, pourraient être réactivés. Les exportations israéliennes de technologies de défense et de cybersécurité, évaluées à 12 milliards de dollars annuels, retrouvent ainsi un terrain favorable. Les investisseurs internationaux, qui avaient gelé plusieurs projets par crainte de poursuites judiciaires, reprennent leurs positions sur le marché israélien.
L'indépendance judiciaire en question : risque systémique pour les institutions multilatérales
Tayab Ali, avocat de Khan, a annoncé que son client « va contester la légalité et l'équité de la décision par tous les mécanismes juridiques disponibles ». Cette bataille juridique pourrait coûter des millions à la CPI en frais de procédure. Plus grave, elle expose la vulnérabilité des institutions multilatérales face aux pressions économiques. Liz Evenson, de Human Rights Watch, a déclaré que « les gouvernements doivent protéger son indépendance et veiller à ce que son travail se poursuive », tout en réclamant des mécanismes crédibles contre le harcèlement. Ce paradoxe illustre la difficulté à concilier intégrité institutionnelle et protection des employés, un enjeu également visible dans les scandales économiques du luxe.
Quelles conséquences pour les investisseurs et les marchés ?
Les marchés financiers réagissent avec prudence. Les obligations d'État des pays contributeurs à la CPI n'ont pas connu de variations significatives, mais les analystes surveillent les flux d'investissement vers les zones de conflit. La fragilisation de la justice pénale internationale crée une incertitude juridique pour les entreprises opérant dans des régions instables. Les compagnies d'assurance augmentent leurs primes pour les contrats couvrant les risques politiques, anticipant une recrudescence de l'impunité. Les fonds d'investissement éthiques, qui intègrent des critères de respect du droit international, revoient leurs stratégies d'allocation. Selon RTS, la crise de la CPI pourrait redéfinir les standards de gouvernance pour l'ensemble des institutions onusiennes.
La destitution de Khan pose une question centrale : peut-on encore dissocier justice internationale et intérêts économiques ? Les 56 ans du procureur britannique marquent peut-être la fin d'une époque où les institutions multilatérales prétendaient à l'indépendance. Les prochains mois diront si la CPI survivra à cette double crise, budgétaire et morale, ou si elle deviendra un instrument parmi d'autres dans l'arsenal de la géopolitique économique.