3,3 millions de chômeurs : la France décroche encore

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By Jean-Baptiste Giraud
3,3 millions de chômeurs : la France décroche encore
3,3 millions de chômeurs : la France décroche encore - © Economie Matin

Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité repart à la hausse au deuxième trimestre 2026, avec 3,323 millions d'inscrits à France Travail. Les jeunes et les seniors paient le prix fort. Pendant ce temps, aux États-Unis, le plein-emploi tient bon. La comparaison est cruelle — et instructive.

1,5 million

C'est le nombre de demandeurs d'emploi de plus de 50 ans inscrits à France Travail au second trimestre 2026, un chiffre que le gouvernement est incapable de faire reculer.

Le retour du chômage : une mauvaise nouvelle qu'on essaie de noyer

Force est de constater que quand les chiffres sont mauvais, la communication officielle travaille d'arrache-pied pour les rendre présentables. Hier, Le Monde titrait sur une hausse du chômage "en trompe-l'œil". Traduction : 3,323 millions de Français sans aucune activité inscrits à France Travail, en hausse de 0,8 % au deuxième trimestre 2026, mais ne vous inquiétez pas, les experts appellent à "la prudence dans l'interprétation".

Je veux bien de la prudence. Mais je voudrais surtout un peu de lucidité.

La réalité, c'est qu'après une légère accalmie au premier trimestre — une baisse de 1,2 % qui avait fait l'objet de communiqués triomphants — le chômage repart à la hausse. Et pas seulement chez les actifs en pleine force de l'âge. Les jeunes sont touchés de manière "plus marquée", selon les termes pudiques de France Travail. Les seniors, eux, se retrouvent à 1,5 million à chercher un emploi sans en trouver. Ce n'est pas un trompe-l'œil. C'est un échec structurel.

Seniors et jeunes : les deux victimes d'un marché du travail sclérosé

Pourquoi la France est-elle incapable de faire reculer durablement le chômage des seniors et des jeunes ? La réponse est simple, même si elle est politiquement inconfortable : notre marché du travail est l'un des plus rigides d'Europe occidentale.

Embaucher en France, c'est prendre un risque juridique et financier considérable. Les entreprises le savent. Alors elles temporisent, elles recourent à l'intérim, aux CDD, aux stages. Les seniors, jugés "trop chers" au regard des grilles de salaires et des cotisations qui s'accumulent avec l'ancienneté, se retrouvent écartés dès 52 ou 55 ans, parfois sans jamais retrouver un emploi stable avant la retraite. Les jeunes, eux, patientent à la porte d'entreprises qui n'osent pas franchir le pas d'un CDI.

Comparez avec l'Allemagne, où le taux d'emploi des 55-64 ans dépasse 73 %, contre à peine 56 % en France. Ou avec les Pays-Bas, où la flexibilité du marché du travail combinée à une vraie protection sociale a permis de maintenir un chômage structurellement bas. Le modèle existe. La volonté politique, elle, est toujours aux abonnés absents.

Pendant ce temps, outre-Atlantique...

Pendant que la France se débat avec ses 3,3 millions de chômeurs, les États-Unis affichent un taux de chômage stabilisé autour de 4,2 %, avec des créations de postes qui restent dynamiques malgré un contexte mondial incertain. Ce n'est pas un miracle. C'est le résultat d'un marché du travail plus souple, d'une fiscalité moins confiscatoire sur les entreprises, et d'une culture de l'embauche qui ne transforme pas chaque recrutement en parcours du combattant administratif.

Je ne dis pas que le modèle américain est parfait — loin de là. Mais la comparaison interroge. Quand baissera-t-on enfin les charges sur les bas et moyens salaires pour rendre l'embauche attractive ? Quand simplifiera-t-on le droit du licenciement pour que les entreprises osent recruter sans craindre de ne plus pouvoir s'adapter ?

Tant que ces questions resteront sans réponse courageuse, les chiffres du chômage continueront de progresser — avec ou sans note de bas de page pour les rendre "moins pires".

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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