L’euro fort reste un caillou dans la chaussure des entreprises du CAC 40

La vigueur de l’euro pénalise mécaniquement les revenus des entreprises du CAC 40 réalisés à l’étranger. LVMH et Airbus illustrent particulièrement cet effet de conversion défavorable. La stabilisation de l’EUR/USD au second semestre pourrait toutefois atténuer progressivement ce handicap.

Afrayssesoulier
By Antoine Fraysse-Soulier Published on 5 août 2026 5h30
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34%Les bénéfices du CAC 40 ont grimpé de 34% au premier semestre

Les entreprises du CAC 40 ont globalement bien résisté au premier semestre, mais leurs publications ont remis en lumière un obstacle largement indépendant de leurs performances commerciales, à savoir la vigueur de l'euro. Or lorsque la monnaie unique s'apprécie face au dollar et aux principales devises asiatiques, les revenus réalisés à l'étranger perdent mécaniquement de leur valeur une fois convertis dans les comptes en euros. La croissance organique peut ainsi rester positive, alors que le chiffre d'affaires publié lui apparaît négatif.

LVMH constitue un bon exemple de cette pénalisation. Le plus grand groupe français réalise l'essentiel de ses ventes en dehors de la zone euro, notamment aux États-Unis et en Asie. Les sacs Louis Vuitton ou les bijoux Tiffany vendus en dollars ou en yens ou en yuans rapportent donc moins d'euros lorsque la monnaie unique se renforce. Au premier semestre 2026, LVMH a publié une croissance organique de 2 %, mais son chiffre d'affaires a reculé de -3% en données publiées. Cet effet de conversion ne traduit pas nécessairement une baisse des volumes ou de la demande, il réduit surtout la valeur comptable des ventes étrangères.

Le cas d'Airbus présente une exposition différente, mais tout aussi significative. L'avionneur vend l'essentiel de ses appareils en dollars, alors qu'une partie importante de ses coûts, notamment salariaux et industriels, est libellée en euros. Une hausse de l'euro réduit donc la valeur en euros des avions facturés en dollars et peut comprimer la marge. Airbus atténue ce risque grâce à des achats également réalisés en dollars et à un vaste portefeuille de couvertures de change. Environ 60 % de ses revenus en dollars sont ainsi naturellement compensés par des dépenses dans la même devise. Le groupe restait néanmoins confronté au premier semestre à un impact défavorable de ses couvertures sur son résultat opérationnel.

Le second semestre pourrait toutefois devenir moins pénalisant. La stabilisation de l'EUR/USD ne suppose pas nécessairement une forte baisse de l'euro. Elle pourrait simplement résulter d'un rapprochement des anticipations concernant la BCE et la Réserve fédérale. Si les deux banques centrales conservent une politique prudente face à l'inflation, le différentiel de taux entre les États-Unis et la zone euro devrait moins varier, réduisant l'un des principaux moteurs des mouvements de change.

Par ailleurs, une grande partie des attentes favorables à l'euro pourrait déjà être intégrée dans les cours. Le ralentissement économique européen limite également le potentiel d'appréciation supplémentaire de la monnaie unique, tandis que le dollar conserve son statut de valeur refuge dans un contexte géopolitique incertain. Une évolution plus latérale de l'EUR/USD réduirait progressivement les effets de comparaison défavorables.

Pour les groupes du CAC 40, le vent contraire ne disparaîtrait pas immédiatement, mais il pourrait cesser de se renforcer et permettre aux performances opérationnelles de redevenir plus visibles.

Afrayssesoulier

responsable de l'analyse des marchés pour etoro

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