Mortalité infantile : la France recule depuis quinze ans, un rapport dévoile les causes

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales révèle que la mortalité infantile en France se dégrade depuis quinze ans, plaçant le pays au 23ᵉ rang européen. Les inégalités sociales et territoriales, l’âge tardif des grossesses et les lacunes du système de soins périnataux expliquent cette situation alarmante.

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By Rédaction Published on 6 août 2026 10h16
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Mortalité infantile : la France recule depuis quinze ans, un rapport dévoile les causes - © Economie Matin
529Nombre d'enfants qui auraient pu être sauvés avec la moyenne européenne en 2024

Mortalité infantile : la France recule depuis quinze ans, un rapport dévoile les causes

Publié discrètement début août 2026, après huit mois de retard, un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) révèle une réalité préoccupante. La mortalité infantile en France connaît une dégradation continue depuis quinze ans, plaçant l'Hexagone dans une position défavorable au sein de l'Union européenne. Le document, remontant à janvier mais révélé par Le Canard enchaîné, met en lumière une situation sanitaire alarmante : plus de quatre bébés sur 1 000 décèdent avant leur premier anniversaire. Un taux qui a conduit la France à rétrograder à la 23ᵉ place sur les 27 pays membres de l'UE.

En 2024, sur un total de 661 822 naissances, 2 709 enfants sont morts avant d'avoir soufflé leur première bougie. Un chiffre qui traduit une dégradation sanitaire préoccupante, principalement liée aux décès survenant au cours des 27 premiers jours de vie. Selon le rapport de l'Igas, « si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l'UE, soit 3,3 ‰, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées ». Avec les performances de l'Italie ou du Portugal, dont le taux atteint 2,5 ‰, ce sont 1 057 décès qui auraient pu être prévenus.

Quinze ans de dégradation aux causes multiples

La hausse de la mortalité infantile ne date pas d'hier. Depuis le début des années 2010, la France, autrefois bien classée parmi les pays développés, glisse progressivement vers le bas du tableau européen. Les trois auteurs du rapport, dont l'ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle, soulignent que « le poids des facteurs d'ordre populationnel paraît déterminant, sans que l'on puisse lui apporter une pondération précise ».

Plusieurs éléments démographiques jouent un rôle majeur dans cette évolution. L'âge de plus en plus tardif des grossesses augmente mécaniquement les risques de complications pour les parents et leurs nouveau-nés. La hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes à gérer médicalement, contribue également à la tendance. Toutefois, ces facteurs ne suffisent pas à expliquer l'ampleur du phénomène. Comme le rappelle le Dr Robert Cohen, pédiatre et président du Groupement français d'infectiologie pédiatrique, interrogé par Sud Radio : « Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles nous sommes si mauvais. De nombreux rapports, notamment internationaux, montraient ce phénomène. C'est tout sauf une surprise pour nous. »

Inégalités sociales et territoriales au cœur du problème

Au-delà des facteurs démographiques, le rapport de l'Igas met en évidence le rôle prépondérant des inégalités sociales et territoriales. Les régions d'outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants en matière de mortalité infantile. L'Île-de-France, malgré sa concentration de ressources médicales, a également vu sa situation se dégrader.

Les familles en difficulté économique et sociale sont particulièrement exposées. « Les études parlent d'une non prise en charge de la grossesse ou d'une prise en charge insuffisante dans les familles les plus défavorisées », précise le Dr Robert Cohen. « Ce type de phénomène ne touche pas les familles les plus favorisées. » La fracture sociale se traduit par un suivi médical inadéquat durant la grossesse, un accès limité aux soins périnataux de qualité et une moindre capacité à identifier les situations à risque. Un phénomène qui rappelle les enjeux mis en lumière dans notre analyse récente de la mortalité périnatale.

Selon Sud Ouest, le rapport insiste sur la nécessité de renforcer la prévention et la détection précoce des grossesses à risque, particulièrement dans les milieux défavorisés. Les auteurs estiment que « l'essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue » lors de la grossesse, « dans la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque », ainsi qu'après l'accouchement, dans celle « à prendre en charge les jeunes enfants dont l'état le requiert dans les services de néonatologie ».

La France décrochée au classement européen

Avec un taux de 4,1 ‰ en 2024, l'Hexagone se situe désormais bien en deçà de la moyenne de l'Union européenne (3,3 ‰) et très loin des performances des meilleurs élèves européens. L'Italie et le Portugal affichent un taux de 2,5 ‰, soit près de deux fois moins que la France.

La comparaison révèle que des pays aux systèmes de santé différents parviennent à obtenir de meilleurs résultats. Certains pays scandinaves ont concentré les naissances dans de grandes maternités, tandis que l'Italie a conservé de petits établissements tout en maintenant d'excellentes performances. Le rapport écarte ainsi l'hypothèse, souvent débattue en France, selon laquelle les fermetures des petites maternités expliqueraient à elles seules la hausse de la mortalité infantile.

Les auteurs jugent qu'il serait réducteur de « proposer comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d'activité des maternités », actuellement fixé à 300 accouchements par an. Une telle approche constituerait « une réponse mécanique, datée », inadaptée à la complexité du phénomène.

Prématurité, malformations et infections en tête des causes

La mortalité infantile frappe principalement les tout premiers jours de vie. Il s'agit avant tout d'une mortalité néonatale, survenant durant les 27 premiers jours. Les complications liées à la prématurité et au faible poids de naissance figurent parmi les premières causes, aux côtés des malformations congénitales non détectées ou mal prises en charge. Les infections néonatales, notamment respiratoires, l'asphyxie périnatale et les complications lors de l'accouchement, ainsi que les syndromes de mort subite du nourrisson complètent le tableau.

Le Dr Robert Cohen souligne que « notre système de surveillance ne permet pas de dire de quoi sont morts précisément ces enfants ». La lacune dans la traçabilité des causes de décès complique l'élaboration de réponses ciblées. Le rapport pointe également une prise en charge « disparate et de qualité très variable au sein de la France des grossesses et des tout petits enfants ».

Les défis sanitaires pour inverser la tendance

Face à cette situation alarmante, la France doit relever plusieurs défis majeurs pour inverser la courbe de la mortalité infantile. Le premier concerne le renforcement du suivi des grossesses, particulièrement dans les milieux défavorisés. Il s'agit d'améliorer la détection précoce des situations à risque et d'assurer un accompagnement médical adapté tout au long de la gestation.

Le deuxième défi porte sur la modernisation des décrets encadrant les soins périnataux, qui datent des années 1990 et sont largement jugés obsolètes. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé début juillet 2026 plusieurs mesures allant dans ce sens, correspondant largement aux préconisations de l'Igas. Les mesures incluent la mise en place d'actions de prévention renforcées et la révision des cadres réglementaires.

Le troisième défi concerne l'amélioration de la qualité des services de néonatologie sur l'ensemble du territoire. Il ne s'agit pas seulement de concentrer les moyens, mais d'assurer une prise en charge de haut niveau partout où naissent des bébés, y compris dans les territoires ultramarins et les zones rurales.

Enfin, la France doit combler ses lacunes en matière de surveillance épidémiologique. Mieux comprendre les causes précises de chaque mort néonatale permettrait d'affiner les politiques de prévention et d'orienter les ressources vers les interventions les plus efficaces. Un enjeu qui s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'allocation des ressources publiques en matière de santé.

Une publication discrète qui interroge

La publication tardive et discrète de ce rapport, en plein mois d'août, a suscité l'agacement des professionnels de santé. Isabelle Derrendinger, présidente du conseil national de l'Ordre des Sages-Femmes, regrette auprès de l'AFP que « le mois d'août ne soit pas propice aux lectures approfondies et exigeantes », y voyant un choix « significatif de la façon dont on traite la périnatalité et la santé des femmes en France ». Le HuffPost souligne également le caractère tardif de la publication, huit mois après la remise du document.

Olivier Morel, secrétaire du Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF), va plus loin : « C'est incompréhensible qu'il ait fallu des mois pour obtenir un rapport qui ne reprend même pas la question centrale du déficit des ressources humaines. » Une critique qui pointe les manques du document, malgré sa richesse analytique.

Le ministère de la Santé a salué « un travail de fond, très riche » destiné à « alimenter le débat public ». Toutefois, la question des maternités, sujet politiquement sensible opposant élus locaux et sociétés savantes de médecins, a été reportée à octobre 2026. Un report qui témoigne de la difficulté à trancher sur ce dossier explosif, où s'affrontent des logiques de proximité et d'efficacité médicale.

Avec un taux de mortalité infantile qui place la France au 23ᵉ rang européen, l'urgence sanitaire est pourtant réelle. Chaque année, ce sont des centaines de décès évitables qui endeuillent autant de familles. Au-delà des débats sur l'organisation hospitalière, c'est toute la chaîne de la périnatalité qui doit être repensée pour offrir aux parents et à leurs enfants les meilleures chances de traverser sereinement cette période critique.

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