La Poste : malgré les incendies en Gironde, pas de cadeaux pour les salariés

Depuis la fermeture du centre de tri de Cestas pendant sept jours, La Poste impose à 500 salariés de rattraper leurs heures perdues sans rémunération ou de poser des congés. Une décision qui génère un préavis de grève et pourrait coûter bien plus cher que les quelques milliers d’euros économisés sur les autorisations spéciales d’absence.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 6 août 2026 8h05
La Poste : en Gironde, les salariés sommés de rattraper les heures perdues
La Poste : malgré les incendies en Gironde, pas de cadeaux pour les salariés - © Economie Matin
500500 salariés du centre de tri de Cestas doivent rattraper leurs heures perdues.

Un calcul RH qui ne tient pas : le coût caché des heures non payées

Immobilisés par les incendies, 500 salariés du centre de tri de Cestas doivent rattraper leurs heures perdues sans rémunération supplémentaire ou sacrifier leurs congés. Une décision que La Poste présente comme nécessaire, mais qui pourrait coûter bien plus cher à l'entreprise qu'elle ne l'économise. Depuis la fermeture du centre de tri pendant sept jours, 700.000 plis restent bloqués, paralysant le courrier de dix départements du Sud-Ouest. Le calcul RH de La Poste soulève une question économique cruciale : l'entreprise publique a-t-elle vraiment évalué le coût réel de sa politique de gestion de crise ?

L'impact économique dépasse largement le simple calcul des heures non travaillées. Chaque jour de retard dans la distribution représente des réclamations clients, une dégradation de l'image de marque et des coûts opérationnels supplémentaires pour rattraper le retard accumulé. Certains usagers signalent déjà l'absence de courrier depuis plusieurs semaines, symptôme d'une chaîne logistique fragilisée bien au-delà de la zone sinistrée.

Rattraper 1h/jour sans rémunération : une fausse économie

La Poste exige de ses salariés qu'ils rattrapent les heures perdues à raison d'une heure maximum par jour, sans compensation financière. Johnny Perré, délégué syndical CGT-FATP du département, qualifie le dispositif sans ambiguïté : « Ce sont des heures supplémentaires non payées ». L'entreprise affirme maintenir la rémunération malgré la suspension temporaire d'activité, mais refuse d'accorder des autorisations spéciales d'absence (ASA) ou d'activer le protocole sinistre habituellement prévu pour ce type de catastrophe.

L'équation économique ne tient pas. En refusant les ASA, La Poste économise quelques jours de salaire par employé concerné. Mais elle génère simultanément une démobilisation massive, un risque de grève imminent et une détérioration du climat social qui pèsera durablement sur la productivité. Les salariés évacués de leur domicile, hébergés dans des gymnases ou chez des proches, doivent choisir entre poser des jours de congé ou s'endetter en heures à rattraper. Le coût psychologique et organisationnel de cette double contrainte reste invisible dans les tableurs de la direction, mais il impactera la performance opérationnelle pendant des mois.

CGT-FATP en préavis de grève : les syndicats dénoncent l'absence de compassion

Face à l'intransigeance de l'employeur, la CGT-FATP a déposé un préavis de grève. Le syndicat réclame l'abandon du système des heures perdues, l'activation du protocole sinistre et des ASA pour les personnes vulnérables. SUD PTT et FO Com rejoignent la mobilisation, dénonçant une gestion « inhumaine » d'une catastrophe climatique majeure. Le délégué syndical interpelle directement la direction : « On demande un peu de compassion pour nos collègues en difficulté qui dorment dans des gymnases, dans des salles des fêtes, dans leur famille ».

Une grève dans le contexte actuel aggraverait mécaniquement le retard déjà accumulé. Les 700.000 plis bloqués resteraient immobilisés plus longtemps, les délais de distribution exploseraient et les coûts opérationnels grimperaient. L'économie réalisée sur les ASA serait alors largement annulée par les pertes liées à l'arrêt de travail. La Poste se retrouve dans une impasse : son refus de flexibilité immédiate pourrait lui coûter bien plus cher qu'une mesure exceptionnelle accordée dès le départ.

Comparaison avec d'autres crises : pourquoi La Poste aurait pu faire autrement

Lors de la pandémie de COVID-19, La Poste avait activé des dispositifs d'urgence pour protéger ses salariés et maintenir la continuité du service. Des ASA avaient été accordées aux personnes vulnérables, des protocoles sanitaires renforcés et des aménagements d'horaires mis en place. Même logique lors des tempêtes et inondations précédentes : l'entreprise reconnaissait alors le caractère exceptionnel de la situation et adaptait sa politique RH en conséquence.

Pourquoi cette fois-ci La Poste adopte-t-elle une ligne aussi rigide ? Les syndicats pointent une contradiction flagrante : l'entreprise publique invoque sa mission de service public pour justifier ses obligations, mais refuse d'appliquer les mêmes principes de solidarité envers ses propres salariés. Le coût d'image est considérable, surtout dans un contexte où les catastrophes climatiques vont se multiplier. Un précédent est en train de se créer, et il n'est pas en faveur de La Poste.

Service public vs gestion des coûts : La Poste face à ses contradictions

La Poste se trouve prise entre deux logiques incompatibles. D'un côté, elle doit assurer la continuité du service public postal, garantir la distribution du courrier et maintenir le lien social dans les territoires. De l'autre, elle subit des contraintes budgétaires qui la poussent à optimiser chaque poste de dépense, y compris en période de crise. Le choix de refuser les ASA et d'imposer le rattrapage des heures perdues traduit une priorité donnée à la maîtrise des coûts à court terme.

Mais ce calcul ignore les coûts différés. Une grève prolongée, une dégradation durable du climat social, une démotivation des équipes et une multiplication des arrêts maladie génèrent des surcoûts bien supérieurs aux quelques milliers d'euros économisés sur les ASA. Sans compter l'impact réputationnel : la notion de « double peine » circule déjà dans les médias et les réseaux sociaux, alimentant une perception négative de l'entreprise.

Les catastrophes climatiques vont se multiplier. La Poste, comme toutes les entreprises, devra apprendre à gérer ces crises de manière plus souple et plus humaine. Le modèle actuel, basé sur la rigidité administrative et le contrôle des coûts immédiats, montre ses limites. L'enjeu n'est plus seulement économique : il devient stratégique. Une entreprise qui maltraite ses salariés en période de crise perd leur confiance pour longtemps. Et la confiance, contrairement aux heures perdues, ne se rattrape pas.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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