Mortalité périnatale : les chiffres qui inquiètent les autorités sanitaires

La mortalité périnatale poursuit sa hausse en France. Derrière ce signal sanitaire, les écarts sociaux, territoriaux et médicaux dessinent une alerte plus large sur le suivi des grossesses et des naissances.

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By Aurélie Giraud Published on 7 juillet 2026 9h19
taux de natalité, naissances, enfants, Français
La mortalité périnatale progresse en France. - © Economie Matin
11,2 pour 1.000Taux de mortalité périnatale enregistré en France en 2024.

La mortalité périnatale s’installe comme l’un des marqueurs les plus sensibles de l’état du système de santé maternelle et infantile. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 7.398 enfants sont nés sans vie ou sont décédés dans les sept premiers jours de vie en 2024, sur 661.822 naissances totales. Le taux atteint ainsi 11,2 pour 1.000 naissances, d’après les données hospitalières utilisées depuis 2014 pour suivre cet indicateur.

Mortalité périnatale : plus d’une naissance sur 100 concernée

« La mortalité périnatale concerne un peu plus d’une naissance sur 100 » annonce la Drees. L’indicateur agrège deux réalités : les enfants nés sans vie, d’une part, et les enfants nés vivants mais décédés au cours de leur première semaine de vie, d’autre part. Ce périmètre le distingue de la mortalité infantile, qui mesure les décès avant l’âge d’un an.

La hausse est récente, mais elle n’est plus anecdotique. Après avoir fluctué entre 2014 et 2021 autour de 10,5 pour 1.000, le taux de mortalité périnatale progresse depuis 2021 et se redresse plus nettement en 2024. La Drees note explicitement : « Il augmente depuis 2021, et plus particulièrement en 2024 ».

Le cœur de l’alerte vient de la mortinatalité. En 2024, 82% de la mortalité périnatale est due aux enfants nés sans vie, avec un taux de mortinatalité de 9,2 pour 1.000 naissances totales. La mortalité néonatale précoce, c’est-à-dire les décès d’enfants nés vivants au cours des sept premiers jours, atteint pour sa part 2,0 pour 1.000 naissances totales.

Prématurité, grossesses multiples et âge maternel : les risques se cumulent

Le premier facteur de risque reste la prématurité. D’après la Drees, 84% des morts périnatales concernent des accouchements prématurés, avant 37 semaines d’aménorrhée. L’écart est massif : le risque de mort périnatale atteint 125,7 pour 1.000 naissances prématurées, contre 2,0 pour 1.000 parmi les naissances à terme.

Les grossesses multiples constituent un autre facteur aggravant. Le taux de mortalité périnatale atteint 36,7 pour 1.000 naissances multiples, contre 9,7 pour 1.000 naissances uniques. Le risque est donc 3,8 fois plus élevé lorsqu’il s’agit de jumeaux, de triplés ou davantage.

L’âge de la mère pèse également dans l’équation. Le taux s’élève à 18,1 pour 1.000 lorsque la mère a moins de 20 ans, et à 17,6 pour 1.000 lorsqu’elle a 40 ans ou plus. À titre de comparaison, il est de 9,9 pour 1.000 pour les femmes âgées de 30 à 34 ans. Chez les mères les plus âgées, la Drees évoque davantage de complications, de pathologies préexistantes, d’anomalies fœtales et de grossesses multiples ; chez les plus jeunes, elle pointe des conditions socio-économiques plus précaires ou un moins bon suivi de grossesse.

Les inégalités sociales et territoriales pèsent sur les naissances

La dégradation n’est pas uniforme. La mortalité périnatale est plus élevée dans les communes les plus défavorisées : 12,0 pour 1.000 dans les communes regroupant le cinquième de la population la plus défavorisée, contre 9,5 pour 1.000 dans celles où vivent les populations les moins défavorisées.

Le territoire accentue encore les écarts. En 2024, le taux varie de 9,3 pour 1.000 en Auvergne-Rhône-Alpes à 21,0 pour 1.000 en Guadeloupe, soit un rapport de 1 à 2,3. Dans l’ensemble des départements et régions d’outre-mer, le taux moyen est supérieur de 60% à celui de la France métropolitaine.

Santé publique France avait déjà souligné, dans son rapport de surveillance de la santé périnatale 2010-2019 publié en 2024, une situation globalement préoccupante, avec des indicateurs plus défavorables dans les DROM, une hausse de certaines pathologies maternelles, une progression du surpoids et de l’obésité et une détérioration des conditions socio-économiques des mères.

Une hausse encore partiellement expliquée

L’étude de la Drees écarte l’idée d’une cause unique. « Ces facteurs de risque et leurs évolutions n’expliquent toutefois que partiellement l’augmentation de la mortalité périnatale depuis 2014 », précise l’organisme statistique. Autrement dit, l’âge maternel, les grossesses multiples, la prématurité ou les écarts sociaux décrivent une partie du problème, mais ne suffisent pas à clore le diagnostic.

Cette incertitude est d’autant plus sensible que les indicateurs voisins se dégradent eux aussi. Selon l’Insee, 2.700 enfants de moins d’un an sont décédés en France en 2024, soit 4,1 décès pour 1.000 enfants nés vivants. Depuis 2011, le taux de mortalité infantile est passé de 3,5 à 4,1 pour 1.000. Cette hausse vient uniquement de la mortalité entre 1 et 27 jours de vie, passée de 1,5 à 2,0 pour 1.000.

La France se distingue défavorablement en Europe sur ce terrain. D’après l’Insee, le taux de mortalité infantile français est supérieur à la moyenne de l’Union européenne depuis 2015 ; en 2023, il atteignait 4,0 pour 1.000 en France, contre 3,3 pour 1.000 en moyenne dans l’Union européenne. Les comparaisons internationales restent toutefois délicates, les pratiques de déclaration pouvant varier selon les pays.

Ce que révèle la mortalité périnatale

La mortalité périnatale ne mesure pas seulement la performance médicale au moment de l’accouchement. Elle reflète aussi le suivi de grossesse, l’accès aux soins, la prise en charge des pathologies maternelles, les inégalités de revenus, les conditions de vie et la capacité du système de santé à repérer les risques tôt.

L’enjeu se concentre désormais sur la qualité des données et sur leur usage. La Drees rappelle que les estimations reposent sur les données hospitalières depuis 2014, après les changements de règles d’enregistrement à l’état civil intervenus auparavant. Elle publie également des données régionales et départementales pour mieux suivre la mortinatalité et la mortalité néonatale précoce.

Naissances sous surveillance

  • 7.398 enfants sont nés sans vie ou décédés dans leur première semaine en 2024.
  • Le taux de mortalité périnatale atteint 11,2 pour 1.000 naissances totales.
  • 82% de cette mortalité est liée à la mortinatalité.
  • Le taux atteint 21,0 pour 1.000 en Guadeloupe, contre 9,3 en Auvergne-Rhône-Alpes.
  • La prématurité multiplie fortement le risque, avec 125,7 morts périnatales pour 1.000 naissances prématurées.
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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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