Créer son entreprise en septembre : et si on disait enfin la vérité aux 100 000 candidats à la liberté ?

Chaque septembre, 100 000 personnes créent une entreprise en France, souvent sous l’illusion des réseaux sociaux. Cette tribune dénonce les réalités cachées de l’indépendance : nuits blanches, clients qui paient tard, TJM effondrés, et un patron toxique qui s’avère être soi-même.

Justine Abecassis
By Justine Abécassis Published on 11 août 2026 5h30
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Créer son entreprise en septembre : et si on disait enfin la vérité aux 100 000 candidats à la liberté ? - © Economie Matin

Chaque mois de septembre, près de 100 000 personnes déposent une demande d'immatriculation en France. Une large majorité d'entre elles ignore ce qui les attend vraiment. Il est temps de leur parler franchement.

L'été, saison des grandes décisions

Les vacances font remonter les questions que l'on repousse le reste de l'année. Entre deux siestes et lectures estivales, on se prend à rêver d'un autre quotidien. Plus de manager toxique, plus d'horaires imposés, plus de collègues. À la place, une quête de sens et la liberté de travailler quand on veut, d'où on veut (si possible depuis une plage à Bali).

Le décor est planté par les réseaux sociaux. Des programmes « 10 000 € de chiffre d'affaires en trois mois ». D'anciens collègues qui font miroiter un TJM à 1 000 €. Des captures d'écran de virements Stripe entre deux photos de coucher de soleil. Ça fait rêver.

Ni une ni deux, on remplit le formulaire d'immatriculation à l'URSSAF. En septembre 2025, ils étaient 99 854 à franchir ce pas, dont plus de deux sur trois sous le régime de la micro-entreprise. Ils seront sans doute aussi nombreux en septembre 2026.

Et pour beaucoup, la désillusion arrivera vite. Elle fera mal.

Personne ne parle de ce qui se passe après l'immatriculation

Personne ne parle des nuits blanches à répétition en voyant ses économies fondre. À tourner dans son lit en fixant le plafond et en se demandant comment on va s'en sortir.

Personne ne parle des 150 prospects démarchés pour aucun contrat décroché ; du 3e no show en call découverte de la semaine ; du client qui paye 3 mois plus tard - voire pas du tout ; du client régulier qui se transforme petit à petit en un 40h par semaine, la mutuelle et le pass navigo pris en charge en moins, et qui peut légalement couper la mission du jour au lendemain au moindre changement stratégique de la boîte.

Personne ne parle des indépendant(e)s expérimenté(e)s qui facturent habituellement 800 € par journée travaillée et se mettent à accepter des TJM à 250 €, ou bien tout simplement qui se remettent à chercher un CDI.

Le pire manager toxique se trouve parfois dans le miroir

On quitte le salariat pour reprendre la main sur son temps. On découvre les semaines à 70 heures travaillées pour 2 facturées. L'impossibilité de couper pendant les vacances sans voir son chiffre d'affaires s'effondrer, faute d'un système capable de tourner sans soi. Les week-ends qui passent à la trappe, saison après saison.

Surprise : le boss le plus toxique que nous ayons jamais eu, c'est nous-mêmes.

Les chiffres que les carrousels LinkedIn ne montrent jamais

En 2025, un micro-entrepreneur perçoit en moyenne entre 590 et 670 € par mois. Un sur deux gagne moins de 340 € par mois.

En 2026, le Baromètre Ifop/MMA indique que 51% des dirigeants sont ou ont été confrontés à des difficultés psychologiques. Parmi les difficultés les plus citées, on retrouve la charge réglementaire et administrative (64%), la surcharge de travail (55%) et l'incertitude économique (54%).

Ces données existent, elles sont publiques, elles ne circulent pas. Elles ne génèrent ni vues ni ventes de formation.

Les réussites existent, elles ne font pas une méthode

Bien sûr, il existe des indépendants qui s'en sortent très bien. Qui vivent les 20 heures travaillées pour 10k facturés, et tant mieux pour eux évidemment.

Mais ce n'est pas la norme. Et cela ne s'est certainement pas produit en 3 mois ni sans effort. Ce sont des exceptions statistiques.

Cessons de prétendre que ces chiffres sont atteignables par tout le monde de manière immédiate.

Arrêtons de vendre l'indépendance comme la solution magique à une génération de jeunes cadres dynamiques essorés par le monde du travail classique et qui en est au troisième burn-out. Arrêtons de vendre le TJM à 1000 € comme étant atteignable en 3 posts LinkedIn.

Il est temps que quelqu'un leur dise la vérité.

Justine Abecassis

entrepreneure indépendante, autrice de J'ai testé pour vous : l'échec entrepreneurial (Éditions Prochain Chapitre, 2026).

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