La France abandonne officiellement la projection Mercator, utilisée depuis le XVIᵉ siècle, au profit de la carte Eckert IV. Cette décision, annoncée le 4 septembre 2026, intervient alors que l’ONU adopte une résolution encourageant l’usage de la projection dite « Equal Earth ». Derrière ce changement technique se cache un enjeu politique : corriger la représentation visuelle de l’Afrique.
Mercator abandonnée : la France bascule vers une nouvelle carte du monde

Quand la cartographie devient un enjeu politique
Le vendredi 4 septembre 2026, la France a officiellement abandonné la projection Mercator au profit d'une nouvelle représentation cartographique. Adoptée depuis le XVIᵉ siècle, la carte de Gerardus Mercator a longtemps été utilisée partout. Cependant, ce changement, bien que technique, révèle une complexité sous-jacente : il est impossible de représenter fidèlement la Terre sphérique sur une surface plane. Chaque projection implique des compromis géométriques. Mercator en faisait un, la nouvelle carte française en fait un autre.
Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a expliqué cette décision lors de l'événement « La Fabrique de la diplomatie » à la Sorbonne. Selon lui, « changer de carte ne change évidemment pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c'est déjà faire œuvre de vérité ». Cependant, une question fondamentale se pose : peut-on vraiment parler de « vérité » en comparant deux projections privilégiant des critères géométriques différents ?
Pourquoi Mercator étire les pôles et rapetisse l'équateur
Conçue au XVIᵉ siècle pour faciliter la navigation, la projection Mercator repose sur la conservation des angles, une propriété mathématique appelée « conformité ». Une ligne droite sur une carte Mercator correspond à un cap constant, simplifiant le travail des navigateurs. Pour cela, Mercator a dû étirer les surfaces en s'éloignant de l'équateur vers les pôles.
Le Groenland, par exemple, qui couvre environ 2,16 millions de kilomètres carrés, semble presque aussi grand que l'Afrique, qui est quatorze fois plus vaste. Tandis que l'Antarctique devient une immense bande au bas de la carte, la Russie paraît immense et les États-Unis surdimensionnés, alors que les pays équatoriaux semblent rétrécis.
La distorsion n'est pas un défaut intrinsèque mais un choix de privilégier les angles aux surfaces. La carte Mercator montre des carrés et rectangles égaux si l'on sait lire correctement la projection. Les marins, eux, n'avaient pas besoin de voir l'Afrique à sa taille réelle, mais de tracer des routes maritimes fiables.
Equal Earth, Eckert IV : des projections alternatives mais imparfaites
La France a adopté la projection d'Eckert IV, créée par Max Eckert en 1906. Elle préserve les proportions réelles des surfaces, permettant à l'Afrique de retrouver sa taille réelle par rapport aux autres continents. Cependant, Eckert IV déforme les formes des territoires, surtout aux hautes latitudes, et ne conserve pas les angles.
Parallèlement, l'Assemblée générale des Nations unies a encouragé l'utilisation de la projection Equal Earth, conçue en 2018. La résolution a été adoptée avec 164 voix pour, une opposition (les États-Unis) et six abstentions. Portée par le Togo et coparrainée par Paris, elle incite à utiliser Equal Earth ou d'autres cartes équivalentes.
Le nom « Equal Earth » suggère que d'autres cartes ne seraient pas « égales », potentiellement injustes. Cependant, Equal Earth, comme Eckert IV, fait aussi des compromis en aplatissant certaines régions et déformant les contours, ce qui la rend inadaptée à la navigation. Aucune projection n'est neutre ; toutes sacrifient certaines propriétés géométriques pour en préserver d'autres.
Pressions politiques et rhétorique de la « vérité »
Le changement cartographique s'accompagne de pressions politiques. La campagne « Correct the Map », initiée en 2025 par la militante sénégalaise Fara Ndiaye, a recueilli plus de 11 000 signatures avant le vote onusien. L'Union africaine avait déjà adopté Equal Earth en mars 2026. Le message est clair : il faut corriger les représentations héritées de l'Occident et des Grandes découvertes.
Jean-Noël Barrot a affirmé que « corriger une représentation qui déforme, c'est déjà faire œuvre de vérité », mais cette notion de « vérité » est contestable. Il ne s'agit pas de vérité géométrique, mais de choix entre surfaces et angles, davantage une communication politique qu'une rigueur scientifique.
La résolution onusienne parle de « justice cognitive et de réparation mémorielle », ce qui a suscité l'opposition des États-Unis. Ceux-ci dénoncent un « projet idéologique radical », refusant de voir une projection cartographique comme un outil de « réparation » ou de « justice ».
Les États-Unis et les abstentions : des résistances géopolitiques
Les États-Unis, seuls à voter contre la résolution, contestent la dimension idéologique du texte. Ils s'inquiètent aussi de leur perte d'importance visuelle sur les nouvelles cartes, où leur superficie semble réduite par rapport aux zones équatoriales.
Six pays se sont abstenus : l'Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l'Ukraine. Kyiv a relevé que, sur la carte Equal Earth, la Crimée annexée était représentée différemment, soulevant des questions de reconnaissance territoriale. Ces abstentions montrent que la cartographie reste un terrain miné, où chaque choix graphique peut être interprété politiquement.
Un changement symbolique plus que pratique
Concrètement, que change cette transition pour la France ? Dans l'immédiat, peu de choses. Le ministère des Affaires étrangères a progressivement retiré les cartes Mercator de ses sites depuis 2021. Les cartes Eckert IV prendront leur place dans les ambassades et documents officiels.
Dans les écoles françaises, la plupart des planisphères restent en Mercator. Grégory, professeur d'histoire-géographie, note que les cartes Eckert ou Peters sont rares dans les manuels. Il reste à voir si l'Éducation nationale suivra cette tendance. Aucune directive ministérielle n'a encore été annoncée.
