Face à la perte de 15% de la production industrielle allemande en huit ans, le patron de Stihl propose d’augmenter le temps de travail à 40 heures sans compensation salariale. Une mesure controversée qui vise à restaurer la compétitivité du pays avant les négociations collectives cruciales d’octobre 2026.
Le patron de STIHL appelle à une semaine de 40 heures sans augmentation des salaires

Face à une perte de 15% de sa production industrielle en huit ans et à l'élimination de 15 000 emplois chaque mois, l'Allemagne est en proie à une crise économique structurelle sans précédent depuis la réunification. Dr Nikolas Stihl, directeur du géant des tronçonneuses, a avancé une solution controversée : étendre la durée du travail à 40 heures sans ajustement de salaire. Cette proposition, bien que provocante, reflète les enjeux de compétitivité du pays.
Une proposition en réponse à une crise industrielle sévère
La crise de l'industrie allemande se matérialise par des chiffres préoccupants. D'après IndexBox, l'investissement net privé est presque nul, les entreprises se contentant de remplacer ce qui s'use sans investir dans le développement. Dr Stihl, à la tête du Conseil consultatif de STIHL, décrit une situation critique : « L'économie allemande est en grave difficulté. En huit ans, environ 15% de notre production industrielle a disparu, et nous perdons environ 15 000 emplois industriels chaque mois. » L'entreprise de Stihl, avec un chiffre d'affaires de 5,48 milliards d'euros en 2025 et 20 246 employés dans le monde, ressent également la pression de cette économie en perte de vitesse.
Les enjeux des horaires de travail en Allemagne
Les contrats de travail allemands varient entre 35 et 40 heures par semaine, avec une moyenne nationale proche de 40 heures. La proposition de Stihl ne révolutionne pas fondamentalement le temps de travail pour une majorité d'employés, mais vise plutôt à une harmonisation vers le haut sans compensation salariale. Comme l'indique l'article d'Euronews, l'objectif est d'augmenter les heures travaillées sans accroître les coûts salariaux, dans un contexte où les charges sociales pèsent sur la compétitivité.
Les mécanismes de la proposition Stihl
La suggestion de Stihl dépasse la simple question des heures de travail, s'inscrivant dans une stratégie plus large visant à réduire les coûts du travail. Il propose de limiter les cotisations sociales à 40% du salaire brut maximum, alors que l'Allemagne affiche parmi les charges sociales les plus élevées d'Europe, soutenant un système social coûteux. Stihl estime que « l'économie allemande est en crise depuis des années », et que des conditions-cadres améliorées sont nécessaires pour sortir de cette faiblesse persistante. Le gouvernement a introduit en 2025 un dispositif d'amortissement, l'Investitionsbooster, sans impact notable sur l'investissement.
Défis économiques pour l'Allemagne et l'Europe
Le modèle social allemand repose sur des cotisations sociales élevées finançant des systèmes de retraite, santé et chômage parmi les plus protecteurs d'Europe. Cependant, avec la disparition de 15 000 emplois industriels chaque mois, la viabilité de cet État-providence est menacée. Le gouvernement a annoncé en juillet 2026 des réformes de l'assurance maladie, des retraites, de la fiscalité et du marché du travail, comme le rapporte Yahoo Finance, mais ces mesures semblent insuffisantes pour renverser la tendance. L'enjeu va au-delà de la compétitivité, il s'agit de préserver le contrat social face à une désindustrialisation rampante.
Les propositions de Nikolas Stihl seront au cœur des négociations collectives d'octobre 2026 dans l'industrie métallurgique et électrotechnique, secteurs clés de l'économie allemande. Ces pourparlers seront déterminants pour évaluer l'acceptation par les partenaires sociaux de sacrifices immédiats pour préserver l'emploi et le modèle social à long terme. La position des syndicats allemands, influents et attachés aux acquis sociaux, sera cruciale pour la faisabilité de telles réformes. Ce débat est observé avec attention par d'autres économies européennes qui pourraient suivre l'exemple de l'Allemagne si elle opte pour une stratégie d'ajustement par le volume de travail plutôt que par l'innovation ou l'investissement.