Agrandir la famille devient, pour une majorité de parents en France, une équation financière impossible. À en croire le dernier sondage OpinionWay pour l’ « Observatoire des familles » de l’Unaf, 67% déclarent ne pas disposer de l’argent nécessaire pour avoir un enfant supplémentaire. Derrière ce chiffre se dessine une pression beaucoup plus large : logement, garde, alimentation, loisirs, épargne sacrifiée et parfois activité professionnelle réorganisée.
Avoir un enfant de plus : le manque d’argent freine deux parents sur trois

En milieu rural, 7 parents sur 10 déclarent ne pas avoir suffisamment d'argent pour un enfant supplémentaire
Deux parents sur trois en France (67% très exactement) disent ne pas avoir assez d’argent pour envisager un enfant supplémentaire, peut-on lire dans le dernier sondage OpinionWay pour l’Union nationale des associations familiales (UNAF). Elle grimpe à 78% dans les familles monoparentales et à 75% chez les foyers classés dans la catégorie de niveau de vie faible. Même parmi les ménages au niveau de vie élevé, 45 % répondent ne pas disposer du budget nécessaire.
L’écart est aussi marqué selon le sexe et le territoire. Toujours d'après cet « Observatoire des familles », le manque de moyens est cité par 73% des femmes contre 59% des hommes. Il concerne 71% des habitants des zones rurales, contre 58% dans l’agglomération parisienne. Autrement dit, la question d’un enfant supplémentaire ne se limite pas aux ménages situés tout en bas de l’échelle des revenus.
Cette difficulté à envisager une nouvelle naissance s’inscrit dans une fragilisation plus générale. Au total, 63% des familles se décrivent comme financièrement en difficulté ou obligées de surveiller étroitement leurs dépenses : 27% qualifient leur situation de difficile, et 36% disent que leur budget est « juste ». Dans le rapport OpinionWay, la situation difficile concerne 41% des familles monoparentales et 32% des familles comptant au moins trois enfants au foyer. Elle est également déclarée par 32% des femmes, contre 21% des hommes.
Des budgets sous tension pour un parent sur deux
La pression ne concerne pas seulement un hypothétique enfant supplémentaire. Plus d’un parent sur deux, soit 53%, affirme ne pas pouvoir préparer financièrement l’avenir de ses enfants en 2026. Ils étaient 43% en 2024, soit une hausse de 10 points selon cette même série d’enquêtes. Parallèlement, 33% déclarent ne pas avoir les moyens de faire plaisir à leurs enfants, contre 26% en 2024, tandis que 13% disent ne pas pouvoir répondre à leurs besoins essentiels.
Dans le même temps, 77% des parents qualifient d’élevées les dépenses liées à leurs enfants par rapport à leur niveau de vie. Ce sentiment atteint 85% dans les foyers comptant trois enfants ou plus. L’étude souligne en revanche que cette perception reste élevée dans toutes les catégories de niveau de vie : le poids financier d’un enfant est donc loin d’être décrit comme un problème réservé aux ménages les plus modestes.
Tous les postes ne pèsent pas de la même manière. Les loisirs et l’habillement nécessitent un effort budgétaire important pour 71% des parents. L’alimentation suit à 68%, le logement à 65%, les équipements de la maison destinés aux enfants à 63% et la santé à 60%. Pourtant, c’est le logement qui fait le plus souvent basculer cet effort dans la difficulté : 27% des parents disent que le loyer ou le remboursement immobilier les met en difficulté, contre 22% pour les loisirs, 20% pour l’habillement, 18% pour l’équipement, 16% pour l’alimentation et 14% pour la santé.
Parents : le coût de l’enfant pousse à réduire, revendre et travailler plus
Pour tenir, les parents arbitrent d’abord leurs achats. Ils sont 74% à rechercher promotions, remises, coupons et autres bons plans. La seconde main est utilisée par 57% des répondants. Plus préoccupant, 37% déclarent renoncer à des achats qu’ils considèrent pourtant utiles et 37% acheter des produits de moins bonne qualité que souhaité, notamment pour l’alimentation ou l’habillement.
Les familles transforment également leur patrimoine quotidien en marge de manœuvre. Toujours d'après ce sondage, la revente de vêtements, jouets ou autres objets inutilisés concerne 46% des parents. Puiser dans son épargne est cité par 42%, tandis que 24% ont recours au découvert bancaire et 17% à un ou plusieurs crédits. La solidarité familiale intervient pour 12% des répondants. Ces solutions ne sont donc pas exceptionnelles : elles deviennent, pour une partie des ménages, des instruments ordinaires de gestion du budget.
L’autre levier consiste à essayer de gagner davantage. Au total, 52% des parents ont adopté au moins une stratégie professionnelle destinée à accroître les revenus disponibles pour leurs enfants. Les heures supplémentaires concernent 32% des répondants, le passage ou le retour à un emploi à temps plein 31%, la prise de responsabilités ou une promotion 23%, et une activité supplémentaire en parallèle de l’emploi principal 19%.
La garde des enfants provoque un mouvement inverse : travailler davantage pour gagner plus, mais parfois travailler moins pour payer moins. Au total, 77% des parents disent avoir utilisé au moins une stratégie afin de réduire les frais de garde. Ils sont 60% à avoir réduit leur temps personnel, 48% à avoir aménagé leur vie professionnelle, 29% à avoir organisé une garde avec des proches et 28% à avoir arrêté ou réduit leur activité professionnelle. Sur ce dernier point, la proportion atteint 34% chez les femmes contre 20% chez les hommes ; elle s’élève aussi à 34% parmi les parents au niveau de vie faible, contre 18% parmi ceux au niveau de vie élevé.
L’UNAF pointe des aides publiques jugées insuffisantes par les parents
Cette tension budgétaire nourrit des attentes fortes envers les pouvoirs publics. Toujours d'après cet « Observatoire des familles» , 78% des parents considèrent que les impôts et les aides publiques ne prennent pas suffisamment en compte la charge financière liée aux enfants. Les démarches nécessaires pour obtenir des prestations sociales sont jugées trop lourdes par 70% des répondants.
Les services destinés aux enfants sont également en cause. Les tarifs des crèches, cantines et centres de loisirs ne sont pas considérés comme abordables par 56% des parents. Cette proportion atteint 61% chez les femmes et 61% dans les villes comptant entre 2.000 et moins de 20.000 habitants. Par ailleurs, 61% des répondants contestent l’idée que les politiques publiques incitent suffisamment les employeurs à respecter l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.
Pour autant, les réponses ne décrivent pas des parents souhaitant se désengager financièrement de leurs enfants. Au contraire, 92% disent que dépenser de l’argent pour eux leur fait plaisir. Ils sont 91% à faire passer les dépenses liées aux enfants avant leurs dépenses personnelles et 85% à déclarer avoir moins envie de dépenser uniquement pour eux depuis qu’ils sont devenus parents. La contrainte financière apparaît donc au moment même où les dépenses familiales restent largement prioritaires.
