Le projet Bromo, fusion entre Airbus, Thales et Leonardo, cristallise les tensions au sein de la Commission européenne. Ursula von der Leyen affiche son soutien à cette consolidation aérospatiale pour répondre au déficit commercial de 1 milliard d’euros par jour avec la Chine, tandis que la commissaire à la Concurrence s’y oppose. Entre emploi, compétitivité et souveraineté technologique, l’avenir économique du secteur spatial européen se joue maintenant.
Projet Bromo : une fusion aérospatiale controversée à Bruxelles

Face à un déficit commercial quotidien d'un milliard d'euros avec la Chine, l'Europe doit réagir rapidement. Le projet Bromo, fusion entre Airbus, Thales et Leonardo, représente cette urgence économique, mais il divise la Commission européenne. Lors de son discours sur l'état de l'Union le 16 septembre 2026 à Strasbourg, Ursula von der Leyen a exprimé son soutien à cette fusion. Cependant, cette position s'oppose à celle de la commissaire européenne à la Concurrence, qui est contre cette consolidation.
Consolidation économique urgente
Le secteur aérospatial européen souffre de sa fragmentation, chaque entreprise développant ses propres technologies. Cette dispersion entraîne des doublons et des coûts de recherche élevés, rendant le secteur moins compétitif face aux géants américains et chinois. Le projet Bromo vise à créer un champion européen en mutualisant les investissements en recherche, estimés à plusieurs milliards d'euros par an. Cette fusion permettrait des économies d'échelle significatives dans la production de satellites de télécommunication et d'observation, des marchés en forte croissance. Ensemble, les trois groupes emploient près de 200 000 personnes en Europe dans les secteurs spatial et de défense.
Déficit commercial et souveraineté européenne
La présidente de la Commission européenne a souligné l'ampleur du déficit commercial avec la Chine, qui atteint un milliard d'euros par jour. Cette dépendance technologique concerne notamment les composants électroniques et certains équipements spatiaux. Von der Leyen a souligné la nécessité de renforcer les capacités stratégiques européennes, mettant en avant la vulnérabilité révélée par la guerre en Ukraine. Le projet Bromo s'inscrit dans cet objectif en réduisant la dépendance aux importations asiatiques et en développant une chaîne de valeur spatiale intégrée en Europe.
Emploi et compétitivité : enjeux clés
La fusion suscite des inquiétudes chez les syndicats, qui craignent des suppressions de postes dues aux doublons administratifs et techniques. Par le passé, les grandes fusions aérospatiales ont souvent entraîné des restructurations difficiles. Cependant, les partisans du projet Bromo estiment que sans consolidation, Airbus, Thales et Leonardo risquent de perdre des parts de marché face à SpaceX et aux nouveaux concurrents chinois et indiens, ce qui menacerait davantage d'emplois à moyen terme. Airbus a récemment dû céder des actifs américains pour combler des pertes de 989 millions d'euros, illustrant la pression financière sur le secteur. La fusion pourrait mutualiser les coûts de développement de nouvelles technologies, comme la propulsion électrique, estimés à 5 milliards d'euros sur dix ans.
Souveraineté contre régulation de la concurrence
En soutenant le projet Bromo, Ursula von der Leyen prend un risque politique en favorisant les champions continentaux au détriment des règles de concurrence strictes. Ce soutien s'inscrit dans sa volonté de promouvoir la souveraineté technologique. Elle a proposé la création d'un Conseil européen de sécurité pour coordonner les investissements stratégiques. Les actions d'Airbus, Thales et Leonardo ont respectivement augmenté de 2,3%, 1,8% et 2,1% après son discours. En revanche, la commissaire à la Concurrence a rappelé les risques de quasi-monopole, soulignant l'importance d'une concurrence saine pour protéger consommateurs et PME. Les précédents, comme le blocage de la fusion Alstom-Siemens, illustrent les défis à surmonter. Les trois géants pourraient devoir céder certains actifs, réduisant ainsi les synergies attendues.
Les conséquences de la fusion sur les prix, l'emploi et l'innovation sont également débattues. Les prix des satellites commerciaux pourraient augmenter de 15 à 20% par manque de concurrence. Les projections d'emploi varient entre 8 000 suppressions et 12 000 créations sur cinq ans. L'innovation pourrait bénéficier d'investissements massifs, mais l'absence de concurrence européenne pourrait ralentir le rythme. Le modèle américain, avec plusieurs acteurs en compétition, a prouvé son efficacité.
Si le projet Bromo aboutit, les actionnaires des trois groupes pourraient voir une augmentation de leur valorisation boursière de 25 milliards d'euros. Les sous-traitants de premier rang maintiendraient leur position, mais les PME spécialisées pourraient être absorbées. La décision finale de la Commission européenne est attendue pour le premier trimestre 2027, alors que le débat entre souveraineté et concurrence continue de diviser Bruxelles.