Patrimoine : les Français vont transmettre 6.200 milliards d’euros en quinze ans

Le patrimoine français s’apprête à connaître une période de transmission exceptionnelle. D’ici 2040, plusieurs milliers de milliards d’euros pourraient passer d’une génération à l’autre, portés par le vieillissement des baby boomers et par l’accumulation d’actifs réalisée depuis plusieurs décennies.

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By Aurélie Giraud Published on 23 septembre 2026 12h27
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Les générations du baby-boom vont transmettre une partie de leurs actifs. - © Economie Matin
6.200 MILLIARDS €Montant estimé du patrimoine susceptible d’être transmis en France entre 2025 et 2040.

Le patrimoine transmis entre générations devrait prendre une ampleur exceptionnelle dans les quinze prochaines années. Selon le Conseil supérieur du notariat (CSN), le montant susceptible de passer d’une génération à l’autre pourrait atteindre environ 6.200 milliards d’euros entre 2025 et 2040, en intégrant les successions, les donations et certains mécanismes de transmission patrimoniale.

Patrimoine : les baby boomers au cœur d’une transmission historique

La France entre dans une nouvelle phase de circulation des richesses. Après avoir accumulé une partie importante du patrimoine national grâce notamment à la hausse de l’immobilier et au développement de l’épargne financière, les baby boomers vont progressivement transmettre une partie de leurs actifs aux générations suivantes.

Selon le Conseil supérieur du notariat, cette « grande transmission » devrait concerner environ 6.200 milliards d’euros sur la période 2025-2040. Le montant inclut les successions, mais aussi les donations réalisées du vivant des détenteurs de patrimoine.  Conseil supérieur du notariat

Le CSN souligne toutefois que cette estimation ne correspond pas à une somme qui serait intégralement versée aux héritiers ou soumise à taxation. Il s’agit d’un potentiel de patrimoine transférable, calculé à partir de plusieurs sources statistiques.

« Le patrimoine potentiellement transmis ne doit pas être confondu avec le patrimoine effectivement taxable au moment du décès », précise le Conseil supérieur du notariat dans son analyse consacrée à cette période de transmission.  Conseil supérieur du notariat

Cette distinction est importante alors que les mécanismes de transmission sont multiples. Une partie des familles choisit d’anticiper le passage du patrimoine grâce aux donations, notamment pour aider les jeunes générations à financer un logement ou un projet professionnel.

Transmission : les héritages continuent de peser dans les écarts de patrimoine

La future vague de transmission intervient dans une France où l’héritage joue déjà un rôle majeur dans la constitution des patrimoines. Les dernières données de l’Insee montrent que les transferts familiaux concernent une part importante des ménages.

Selon l’enquête Histoire de vie et Patrimoine publiée par l’Insee en 2026, 41% des ménages avaient déjà reçu un héritage sous forme de biens ou d’argent au début de l’année 2024. Dans le même temps, 20% déclaraient avoir déjà bénéficié d’une donation. 

Ces transmissions ont un effet direct sur les niveaux de patrimoine. L’Insee indique que les ménages ayant déjà hérité disposent d’un patrimoine brut moyen de 515.400 euros, contre 374.900 euros pour l’ensemble des ménages. Pour les ménages ayant reçu une donation, ce montant atteint 698.300 euros en moyenne.  

Ces chiffres illustrent le poids croissant de l’héritage dans les trajectoires patrimoniales. Alors que l’accès à la propriété ou la capacité d’épargne peuvent varier fortement selon les générations, la réception d’un bien immobilier ou d’un capital financier peut modifier durablement la situation économique d’un ménage.

« Les transmissions intergénérationnelles constituent un élément structurant de la formation des patrimoines », rappelle l’Insee dans ses travaux consacrés aux liens entre héritage, donation et accumulation patrimoniale. 

Un impact fiscal limité pour l’État malgré les montants annoncés

Les 6.200 milliards d’euros annoncés pourraient donner l’impression d’une importante source de recettes supplémentaires pour les finances publiques. Pourtant, la réalité fiscale est plus nuancée.

Les droits de succession et de donation ne s’appliquent pas à l’ensemble des sommes transmises. Les abattements, les exonérations et les règles liées au lien familial réduisent la part effectivement imposée.

Le Conseil supérieur du notariat rappelle ainsi que plus de 60% des successions traitées par les notaires ne donnent pas lieu au paiement de droits au décès. 

L’organisation précise également que les droits de mutation représentent une part limitée des recettes fiscales françaises. La hausse attendue du nombre de transmissions ne devrait donc pas mécaniquement se traduire par une augmentation proportionnelle des recettes publiques.

« Favoriser les transmissions anticipées permet de renforcer la solidarité familiale et de soutenir l’activité économique », estime le Conseil supérieur du notariat dans ses recommandations sur l’évolution des règles de transmission.  

Autre facteur susceptible de réduire les montants effectivement transmis : le vieillissement de la population. Une partie du patrimoine détenu par les personnes âgées peut être mobilisée pour financer les dépenses liées à la dépendance ou aux besoins de fin de vie.

Une nouvelle répartition du patrimoine français en perspective

Au-delà de la valeur financière, cette grande transmission pourrait modifier la répartition des actifs entre générations. Les bénéficiaires devront arbitrer entre conservation des biens reçus, vente, investissement ou consommation.

L’immobilier devrait occuper une place centrale dans cette période. Une part importante du patrimoine des ménages français étant constituée de logements, leur transmission pourrait avoir des conséquences sur le marché immobilier et sur les stratégies patrimoniales des nouveaux propriétaires.

La période qui s’ouvre ne correspond donc pas seulement à un changement de détenteurs d’actifs. Elle pourrait aussi influencer les comportements économiques des ménages pendant plusieurs années, en modifiant les capacités d’investissement, d’épargne et de consommation des générations héritières.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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