Les femmes gagnent 15 % de moins que les hommes et disposent d’un patrimoine inférieur. L’éducation financière dès l’enfance est un levier puissant pour réduire ces inégalités. Familles et école doivent renforcer la transmission des compétences financières, en particulier auprès des jeunes filles.
La gestion financière doit devenir un pilier essentiel de l’éducation des jeunes filles

En France, les femmes gagnent encore en moyenne près de 15 % de moins que les hommes et disposent d'un patrimoine inférieur d'environ 20 %, selon l'Insee. Elles sont également moins nombreuses à investir sur les marchés financiers et détiennent en moyenne des encours d'épargne plus prudents. Ces écarts persistants soulignent l'urgence de renforcer l'éducation économique dès le plus jeune âge. Faire de la pédagogie financière un sujet assumé, au sein des familles comme à l'école, constitue à cet égard un levier puissant d'émancipation. En la matière, les travaux académiques sont clairs : les enfants exposés tôt à des échanges réguliers et structurés sur les questions budgétaires développent des compétences financières plus solides et durables à l'âge adulte.
Or dans cette transmission, le rôle maternel est déterminant. Selon la Banque de France, dans le cadre du programme EDUCFI, les mères restent aujourd'hui les principales référentes des enfants pour les dépenses du quotidien et la gestion concrète du budget familial. Une étude de l'OCDE publiée en 2023 souligne également que les comportements financiers des enfants sont fortement corrélés à ceux du parent le plus impliqué dans les arbitrages domestiques - rôle encore majoritairement assumé par les femmes. Pourtant, des freins culturels persistent. Selon la dernière édition du Retail Investor Beat d'eToro, 19 % des femmes investisseurs françaises ont commencé à investir il y a deux ans ou moins, contre 12 % des hommes. À l'inverse, seuls 34 % des femmes investissent depuis plus de dix ans, contre 42 % des hommes. Ce décalage illustre un accès plus tardif des femmes à l'investissement et à la constitution d'un patrimoine financier.
Ces inégalités prennent racine dès l'enfance. Ainsi, le baromètre de la Fédération bancaire française montre que les filles perçoivent en moyenne un argent de poche légèrement inférieur à celui des garçons et sont moins incitées à prendre des décisions financières autonomes. À cela s'ajoute une socialisation différenciée : plusieurs études européennes indiquent que les parents discutent plus fréquemment d'argent et d'investissement avec leurs fils qu'avec leurs filles. Ces écarts, en apparence mineurs, façonnent progressivement le rapport à l'argent, à la prise de risque et à la projection dans l'avenir à un âge où la parole et l'exemple des parents - en particulier de la mère - jouent un rôle structurant. Mais les politiques éducatives ont également leur rôle à jouer, complémentaire à celui du cercle familial.
Face à ces enjeux, la France a mis en place dès 2016 une stratégie nationale d'éducation économique, budgétaire et financière, pilotée par la Banque de France. Le programme EDUCFI vise à diffuser des connaissances essentielles sur le budget, les moyens de paiement, l'épargne et la prévention du surendettement. Il s'inscrit dans une dynamique internationale portée notamment par l'OCDE à travers la Global Money Week, qui mobilise chaque année des dizaines de pays et permettent de sensibiliser plusieurs centaines de milliers d'élèves. Malgré tout, l'éducation financière demeure encore trop souvent ponctuelle, inégalement déployée et insuffisamment intégrée dans un parcours éducatif continu. Dans un contexte marqué par la digitalisation des paiements, l'essor des plateformes d'investissement et l'allongement de la durée de vie, la compréhension des mécanismes financiers devient pourtant une condition essentielle d'indépendance financière.
Renforcer l'éducation financière - à l'école, au sein des familles et plus largement dans la société - est essentiel pour réduire les écarts de confiance et de connaissance entre les filles et les garçons. Car préparer les jeunes générations à une relation sereine et éclairée à l'argent, c'est renforcer la liberté économique de demain et consolider la cohésion sociale.
