Successions : ce PDG américain réclame un impôt à 100% (et le paierait lui-même)

Aux États-Unis, Scott Kirby, le PDG d’United Airlines, réclame un impôt sur les successions proche de 100%. Une position radicale qui révèle un fossé avec la France : outre-Atlantique, seul 0,2% des héritages est imposé, contre plus de 10% en France. Deux modèles économiques opposés face à la transmission du patrimoine.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 20 octobre 2026 8h04
Successions : ce PDG américain réclame un impôt à 100% (et le paierait lui-même)
© United Airlines
100.000 eurosEn France, l'abattement sur les successions est de 100.000 euros.

Fiscalité des successions : une proposition audacieuse d'un PDG américain

Aux États-Unis, seulement 0,2% des héritages sont soumis à l'impôt, contre plus de 10% en France. Scott Kirby, le PDG d'United Airlines, a exprimé dans le New York Times son souhait de voir un impôt sur les successions atteindre près de 100%, soulignant le gouffre entre les systèmes fiscaux des deux pays. « Les inégalités de richesse sont devenues un danger pour notre société. Nous devrions avoir un impôt national sur la richesse et des droits de succession proches de 100% à un certain niveau. Je les paierais », a-t-il déclaré. Cette prise de position met en lumière à la fois les faiblesses du système fiscal américain et les différences transatlantiques en matière de transmission du patrimoine.

Scott Kirby, loin d'être un radical, a vu l'action d'United Airlines tripler sous sa direction depuis 2020. Il justifie les tarifs aériens élevés par les coûts importants de fonctionnement des avions, alors que les prix des billets ont augmenté de 22% en septembre 2026 par rapport à l'année précédente. Toutefois, ce père de sept enfants vivant à Dallas prône une redistribution massive des richesses. Selon lui, un impôt sur la richesse ne peut être efficace qu'à l'échelle fédérale pour éviter la mobilité des contribuables fortunés. En rejoignant des figures comme Warren Buffett, Bill Gates et George Soros, Scott Kirby se distingue en plaidant pour une fiscalité plus élevée, notamment sur les droits de succession.

Fiscalité successorale : un modèle radicalement différent aux États-Unis et en France

Le système américain impose la succession dans son ensemble plutôt que les héritiers individuellement. Avec une exemption de 15 millions de dollars par personne, soit 30 millions pour un couple marié, il est possible de transmettre un patrimoine conséquent sans payer d'impôt fédéral. Au-delà, le taux marginal maximal est de 40%, mais ce barème est rarement appliqué. Seul 0,2% des successions est concerné par cet impôt, en raison de l'exemption élevée. Le passage du One Big Beautiful Bill Act en 2026 a consolidé les réductions fiscales pour les hauts revenus, favorisant les grandes fortunes. Les ultra-riches utilisent des trusts, fondations familiales ou dons échelonnés pour optimiser leur transmission, un phénomène que Scott Kirby critique vivement.

En France, chaque héritier est imposé en fonction de sa part et de son lien avec le défunt. Pour les transmissions directes, l'abattement est de 100.000 euros par enfant et par parent, avec un barème progressif allant jusqu'à 45%. Les donations entre époux bénéficient d'un abattement de 80.724 euros. Les transmissions plus éloignées atteignent des taux jusqu'à 60%. Plus de 10% des successions sont imposées en France, générant plusieurs milliards d'euros pour financer les services publics. Ce modèle reflète une philosophie qui privilégie l'égalité des chances, en contraste avec la vision américaine qui valorise la transmission patrimoniale comme un symbole de réussite personnelle.

Aux États-Unis, une forte réticence à imposer « le succès »

L'idée d'un impôt successoral élevé heurte le mythe du self-made man, où taxer l'héritage est perçu comme une punition du succès. Cette idéologie est répandue dans les deux partis politiques américains, bien que les démocrates soient plus nuancés. La notion d'un « impôt sur la mort », popularisée par les conservateurs, renforce l'idée d'une spoliation injuste. Sans un État-providence comme en Europe, les Américains comptent souvent sur l'héritage pour financer éducation, retraite ou santé. Les États en concurrence fiscale comme la Floride et le Texas attirent les riches par leurs politiques fiscales favorables, rendant difficile l'adoption d'un impôt national sur la richesse. Le lobby des ultra-riches, soutenu par des think tanks, s'oppose fermement à toute augmentation de l'imposition successorale, influençant l'opinion publique et les décisions politiques.

Scott Kirby s'exprime dans un climat de méfiance croissante envers les élites économiques, alors que les inégalités de richesse atteignent des records aux États-Unis, les plus riches possédant plus de 30% du patrimoine national. Bien que Scott Kirby fasse partie d'un groupe restreint de dirigeants prônant une fiscalité redistributive, sa proposition d'un taux de succession proche de 100% reste marginale. En France, le débat s'oriente vers l'ajustement des abattements ou l'instauration d'un impôt universel sur les successions. Aux États-Unis, même une légère augmentation de l'imposition successorale suscite de vives réactions. La voix de Scott Kirby, bien qu'insolite, pourrait-elle influencer le débat au-delà des cercles de milliardaires philanthropes ? Le fossé transatlantique sur les successions persiste.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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