Prix des médicaments : pourquoi le modèle français à bas coût arrive à un tournant

Remises multipliées par huit, tension budgétaire et pressions américaines : Rexecode estime que la France doit repenser le financement des médicaments et son modèle de régulation.

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By Published on 27 octobre 2026 12h20
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Prix des médicaments : pourquoi le modèle français à bas coût arrive à un tournant - © Economie Matin

La France a longtemps contenu les prix des médicaments sans sacrifier leur diffusion. Mais cet équilibre pourrait coûter de plus en plus cher à préserver. Dans une étude publiée le 27 octobre 2026, Rexecode juge que la pression américaine sur les prix, les fragilités industrielles et les contraintes de l'Assurance maladie obligent à repenser le financement des traitements.

Huit milliards d'euros de remises obtenues auprès des laboratoires en 2024, contre un milliard neuf ans plus tôt. Derrière ce chiffre spectaculaire se dessine une transformation silencieuse de la régulation pharmaceutique française. Les prix affichés ne sont plus ceux effectivement supportés après négociation, tandis que les économies deviennent toujours plus difficiles à concilier avec l'accès aux innovations. C'est l'avertissement d'Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode, dans le document Prix du médicament : des avancées positives, un aggiornamento nécessaire, présenté dans la collection des documents de travail de l'institut.

La régulation française a longtemps fait ses preuves

Le bilan historique est loin d'être négligeable. Entre 2011 et 2021, les dépenses consacrées aux produits de santé ont progressé de 12 %, contre 27 % pour l'ensemble des dépenses de santé. La part des médicaments dans l'objectif national de dépenses d'assurance maladie est passée de 15 % à 11 %. Dans le même temps, les besoins d'une population vieillissante ont été pris en charge et le reste à charge des ménages est demeuré limité.

Le rapport d'activité 2024 du Comité économique des produits de santé (CEPS) éclaire la mécanique : 856 millions d'euros d'économies liées aux baisses de prix, auxquelles s'ajoutent près de 8 milliards d'euros de remises conventionnelles sur les produits. Les ventes de médicaments remboursables atteignent 37,2 milliards d'euros avant remises, soit de l'ordre de 29 milliards après remises selon l'estimation de Rexecode. Ce dernier montant n'est pas assimilable à la seule dépense de l'Assurance maladie, mais il montre l'ampleur de l'écart entre prix public et prix négocié.

Cette politique reposait, selon l'étude, sur deux avantages venus de l'extérieur : des consommateurs américains payant beaucoup plus cher les médicaments innovants, et une production mondialisée permettant de réduire le coût des molécules anciennes. Ces deux piliers se fragilisent.

Le choc américain change le rapport de force

Les États-Unis représentent 46 % des ventes mondiales de médicaments en 2024, contre 3 % pour la France. Pour les médicaments de marque, les prix américains étaient encore 3,1 fois plus élevés que ceux observés dans un groupe de 33 pays de l'OCDE en 2022, après remises. Cet écart a longtemps contribué à financer la recherche internationale.

La politique américaine dite de la « nation la plus favorisée » cherche désormais à rapprocher les prix payés outre-Atlantique de ceux pratiqués ailleurs. Rexecode relève 27 accords conclus avec les industriels. Deux accords rendus publics, avec Pfizer et Lilly, prévoient notamment des mécanismes par lesquels une partie des revenus supplémentaires obtenus hors des États-Unis peut bénéficier à l'État américain. Rien ne permet toutefois d'affirmer que ces clauses figurent dans tous les contrats.

Le dispositif réglementaire GLOBE annoncé à Washington est, lui, d'une portée plus limitée que les premières ambitions affichées. Le risque pour la France vient surtout de la combinaison des négociations commerciales, des références de prix internationales et de la stratégie de lancement des laboratoires. Un prix français trop bas pourrait désormais conduire certains fabricants à exiger davantage ou à différer l'arrivée d'un traitement. Le rapport décrit une pression probable à la hausse, sans chiffrer précisément la facture future pour les comptes sociaux.

Budget 2027 : des économies toujours exigées

La contradiction apparaît dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Le document de Rexecode souligne que l'ONDAM y est limité à une progression de 2 %, alors que la croissance tendancielle des dépenses serait de 3,4 %. Le projet prévoit également une contribution sectorielle supplémentaire censée rapporter 1,7 milliard d'euros en 2027. Ces dispositions, débattues à l'automne 2026, doivent être distinguées d'une loi définitivement adoptée.

Dans le même temps, le nouvel accord-cadre conclu le 28 septembre 2026 entend mieux prendre en compte l'innovation, l'approvisionnement et l'implantation industrielle. Aux yeux de Rexecode, demander au seul prix de garantir l'accès, de maîtriser les dépenses et d'attirer les usines revient à lui assigner trop d'objectifs contradictoires.

Les médicaments anciens révèlent une autre fragilité

La pression tarifaire présente aussi un coût potentiel sur les produits matures, notamment les génériques. Les ruptures signalées à l'Agence nationale de sécurité du médicament sont passées de 345 en 2014 à 1 076 en 2024. Selon les données reprises par l'étude, 83,5 % des produits en rupture en 2023 avaient un prix fabricant inférieur à 5 euros. À force de comprimer les marges, le marché peut se concentrer sur quelques fournisseurs et perdre ses capacités de secours.

Le phénomène n'est toutefois pas irréversible : les ruptures ont reculé de 34 % entre 2024 et 2025. Il montre surtout que le prix minimum ne constitue pas, à lui seul, une politique d'approvisionnement. Pour certains produits critiques, une rémunération liée à la continuité de la fourniture peut devenir plus pertinente.

Trois pistes, et une question : qui paiera ?

Rexecode avance trois leviers. Le premier consiste à maintenir des prix faciaux comparables à ceux des grands pays européens, tout en négociant des remises confidentielles ; une stratégie fragile si le secret des prix nets disparaît. Le deuxième vise à augmenter la contribution des ménages et des organismes complémentaires. Le troisième appelle à attirer davantage d'essais cliniques, de recherche et de production afin que l'économie française récupère une partie des dépenses sous forme d'investissements, d'emplois et d'exportations.

La deuxième proposition constitue un choix politique majeur. En 2024, les ménages finançaient directement 7,8 % de l'ensemble des soins et biens médicaux, mais 12,6 % des médicaments en ville, selon la Drees. Augmenter cette part soulève la question du renoncement aux soins et des écarts de couverture entre assurés. Quant au soutien industriel, un rapport de l'IGF et de l'IGAS invite à le traiter avec des outils spécifiques plutôt qu'à le faire reposer uniquement sur les prix.

Le constat central de Rexecode n'est donc pas que la France aurait eu tort de négocier ses médicaments : cette stratégie a produit des économies réelles. Il est que les conditions internationales qui en assuraient la viabilité changent. Désormais, éviter l'augmentation de la facture ne suffira plus à définir une politique. Il faudra arbitrer entre budget public, contribution des assurés, accès aux traitements et souveraineté industrielle — et assumer ouvertement le coût de ces choix.

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La Fédération des centres de gestion agréés (FCGA) regroupe près de 300 000 petites entreprises (TPE) et 103 Centres de Gestion Agréés (CGA). 50 % des TPE imposées au BIC sont adhérentes à un CGA.

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