Les canicules de l’été 2026 alimente l’éco-anxiété. En 2024, 2,1 millions de Français se sont déclarés très fortement éco-anxieux selon l’Agence de transition écologique (Ademe).
Pourquoi la droite doit parler d’éco-anxiété

En 1990, ce terme d’éco-anxiété apparaît pour la première fois sous la plume de Lisa Leff dans un article du Washington Post, avant qu’en 1996, la médecin-chercheur Véronique Lapaige conceptualise la notion. L’éco-anxiété constituerait le nouveau syndrome d’une inquiétude, d’une angoisse montante face à l’ampleur des défis environnementaux. Cette préoccupation est nourrie par l’impuissance du politique en matière de transition écologique. Dès lors, comment échapper à la paralysie de l’angoisse pour en faire un ressort positif et constructif de conversion écologique ?
Une éco-anxiété alimentant le mal-être au travail
L’éco-anxiété peut être concrètement interrogée par le rapport au travail, notamment la question de l’alignement entre valeurs écologiques et un secteur économique participant au réchauffement climatique. Car contrairement aux idées reçues, l’éco-anxiété ne concerne pas seulement les diplômés de grandes écoles et s’étend à l’ensemble des salariés. Selon une étude d’Elabe et de l’Unédic de 2023, 44 % des actifs pourraient quitter une entreprise dont les pratiques seraient contraires à la transition écologique. Les réponses sont motivées par les craintes vis-à-vis du greenwashing. L’éco-anxiété vient alimenter les problématiques des employeurs dans le recrutement et la fidélisation de salariés dont le taux de rotation s’accroît à la suite de la « grande démission » post-Covid.
Dans un marché de l’emploi structurellement bousculé par l’installation de l’intelligence artificielle (IA) et l’absentéisme, l’éco-anxiété rejoint la perte de sens et la crainte de l’avenir. La hausse de l’absentéisme alerte l’État, pour le financement de la protection sociale, et les directeurs des ressources humaines (DRH) cherchant à éviter l’accroissement des arrêts maladie croissants pour les pathologies psychiques, désormais premières causes des arrêts maladie longs selon le dernier rapport annuel de l’Assurance maladie (+ 25 % en un an).
L’éco-anxiété au travail, symptomatique d’un déracinement
L’éco-anxiété au travail revitalise la thématique du mal-être face à son époque. Écologie responsable aborde le phénomène par l’enracinement, au centre de l’identité du think tank. Le déracinement, qu’il soit géographique, temporel, culturel, moral ou spirituel, est symptomatique d’un mal-être. D’où l’idée que l’enracinement est un « besoin de l’âme » selon Simone Weil. Avec un dérèglement climatique plus aigu, l’enracinement constitue une boussole éthique pour comprendre et éclairer les fragilités humaines soulevées par l’éco-anxiété dans le quotidien professionnel.
Pourtant, la droite française donne l’impression de manquer de doctrine, d’assise intellectuelle sur l’écologie et a fortiori sur l’éco-anxiété. Cela tranche avec les témoignages de membres d’Écologie responsable rencontrés lors du Tour de France des initiatives écologiques locales. L’idée est d’apporter une solution écologique qui n’est pas défavorable à la croissance économique, tout en conciliant innovation sociale et enracinement local. D’autant plus qu’à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question du travail sera centrale pour redéfinir le pacte intergénérationnel.
Le réenracinement du congé de solidarité écologique
En mai 2026, la candidate écologiste Marine Tondelier propose un congé climatique de 5 jours payés par an, permettant aux salariés de ne pas se rendre au travail lors d’événements climatiques extrêmes tout en étant indemnisés. Elle explique vouloir protéger surtout les personnes exposées à la chaleur qui ne peuvent pas télétravailler. La proposition de congé de solidarité écologique développée par Écologie responsable se veut plus large. Pour répondre aux enjeux de l’éco-anxiété au travail, notamment pour les jeunes générations, le think tank en défend la création depuis 2023.
À court terme, l’objectif est d’offrir aux salariés la possibilité de développer des compétences écologiques en continuité avec leur emploi. À moyen terme, le congé de solidarité écologique répondra aux mutations du rapport au travail des jeunes générations, notamment concernant la flexibilité temporelle dans la vie professionnelle. Il rendra par ailleurs plus attractifs les métiers à responsabilité de la transition écologique, parfois craints en raison d’un manque de sincérité par rapport à l’ampleur de la crise environnementale. Enfin, à long terme, le dispositif participera à l’adaptation du système économique au réchauffement climatique. Une étude de 2024 de l’Institut de recherche sur le marché du travail allemand souligne en effet que le verdissement de l’économie ne passera pas seulement par le remplacement d’emplois « bruns » par des emplois « verts », mais surtout par la transformation des emplois existants.
Une proposition réaliste et responsable pour l’avenir
D’une durée entre une et deux semaines, le dispositif serait cofinancé par l’employeur et l’État. Pour favoriser l’enracinement local et limiter l’empreinte carbone, il devrait être effectué prioritairement, voire uniquement, en France, en encourageant les missions dans les zones rurales pour favoriser l’enjeu de la cohésion territoriale et du réenracinement. S’agissant de l’identification des structures éligibles (ONG, associations, think tank), le Secrétariat général à la Planification écologique (SGPE) pourrait émettre a priori une liste à destination des entreprises, des acteurs retenus, après un examen des candidatures, tout en vérifiant a posteriori l’effectivité du travail réalisé dans l’organisme d’accueil.
Loin des débats polarisants sur la décroissance et la tentation de la désertion, le congé de solidarité écologique représente une solution concrète et responsable de progrès social. Il répond au sentiment de déracinement en proposant des expériences de réenracinement dans le réel des territoires. Les débats de l’élection présidentielle aborderont les limites du consentement des générations futures à souscrire à un système de protection sociale qu’elles financent sans espoir d’en profiter dans des proportions décentes en raison de la dégradation des finances publiques et des territoires qu’ils habitent. Le choix politique consiste à concilier financement du passé tout en préservant la possibilité d’un avenir. Le congé de solidarité écologique y participerait.
