Alors que l’été 2026 a établi de nouveaux records de chaleur en France, les entreprises font face à une nouvelle réalité climatique dont l’intensité s’accroît. Si la décarbonation reste prioritaire, les organisations doivent désormais intégrer l’adaptation climatique à leur gestion des risques pour anticiper les impacts directs du réchauffement.
Adaptation climatique : sommes-nous prêts ?

Août 2026 fut le mois le plus chaud en France depuis le début des mesures, et ses conséquences sur les entreprises et l'économie, bien tangibles : chantiers interrompus, approvisionnements en eau sous pression, hôpitaux saturés, écoles fermées, transports en commun perturbés… La majorité des organisations ont dû agir dans l'urgence.
Bercy estime déjà le coût des canicules et de la sécheresse de l'été 2026 à environ 0,1 point de PIB, soit 3 milliards d'euros, pendant que la Ministre de la Transition écologique table sur 10 à 15 milliards.
C'est donc une nouvelle réalité climatique qui s'installe, dont les rapports scientifiques nous indiquent que l'intensité et la fréquence iront croissant. Nous faisons donc face à un risque majeur que nous peinons encore à appréhender, alors même que les sujets climatiques gagnent en maturité dans les entreprises. C'est ce décalage qu'il nous semble utile d'analyser.
En effet, depuis la COP21 et l'Accord de Paris, nombre d'entreprises se sont dotées de trajectoires de décarbonation, ont structuré leur reporting, ont investi dans des solutions de décarbonation. Depuis dix ans, la priorité de la transition écologique est bien de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les organisations qui y sont soumises comptent leurs émissions à la tonne près et remplissent leurs obligations réglementaires. Une exigence reste entière. Mais il faut rappeler qu'à l'échelle d'une entreprise, être décarbonée ne réduit en rien le risque climatique auquel on est exposé. L'atténuation, nécessaire et vertueuse, ne suffit pas.
Il est donc nécessaire de se doter d'un autre outil, un plan d'adaptation concret. Les entreprises disposent de matrices de gestion des risques robustes qui depuis bien longtemps leur permettent de mesurer puis de réduire leur vulnérabilité. Le changement climatique n'en fait pas toujours partie. Or la réalité nous impose désormais de regarder concrètement ce qu'il faut faire pour en réduire l'impact.
Notre hypothèse de travail est que le risque climatique diffère par nature des autres grands risques qui touchent les entreprises (risques cyber dopés à l'IA ou la fin de la pax americana et les risques géopolitiques associés). Nous avons donc constitué avec les chercheurs Aurélien Acquier et Jozef Cossey, un observatoire des politiques d'adaptation des entreprises et nous en publions les premiers enseignements : non pas un verdict, mais une première brique, que nous espérons voir complétée, discutée et corrigée par d'autres.
Quatre caractéristiques permettent de définir les risques liés au réchauffement climatique, qu'ils réunissent sous l'appellation PUSH. P pour Prédéterminés : une part du réchauffement à venir est déjà verrouillée par les émissions passées. U pour Uniques : chaque palier de réchauffement franchi constitue une configuration climatique inédite, sans précédent dans l'historique disponible. S pour Systémiques : une organisation peut être arrêtée par un aléa survenu à des milliers de kilomètres. H pour Hétérogènes, enfin : exposition et vulnérabilité varient d'un site, d'un secteur, d'un modèle à l'autre, interdisant toute réponse standard.
Face à ces caractéristiques particulières nous pensons qu'il est nécessaire de se doter d'une nouvelle manière d'appréhender les risques climatiques à laquelle nous souhaitons nous associer. Une école de management doit revoir ce qu'elle enseigne, pour former des dirigeants capables de décider dans l'incertitude plutôt que de l'éviter ; un acteur de la prévention des risques doit faire évoluer et enrichir ses expertises et ses méthodes qui deviennent, sous cet angle, encore plus essentielles.
Face à l'urgence nous pensons aussi que ce nécessaire travail de recherche doit se confronter au plus vite au réel. Il nous faut éviter la "paralysie de l'analyse" qui consisterait à vouloir tout mesurer, tout anticiper avant de passer à l'action.
S'adapter passera aussi par des actions pragmatiques, rapides à mettre en place pour protéger les femmes, les hommes et les biens de l'entreprise. Après l'été 2026 le mot d'ordre devrait simplement être de "faire mieux" collectivement avant l'été 2027 à la mesure de ce qui est compatible avec le développement de nos entreprises.