Depuis août 2025, la Responsabilité Élargie du Producteur impose à tous les metteurs sur le marché français de batteries de financer leur fin de vie. Pourtant, un an après, Batribox constate qu’une partie des entreprises n’a toujours pas engagé ses démarches de conformité. Résultat : un déséquilibre financier qui pèse sur les acteurs réguliers et fragilise l’économie circulaire des batteries.
Batteries : le coût caché de la non-conformité des producteurs

Un an après la REP : des producteurs de batteries toujours en retard
L'écart de déclaration, une fragilité financière pour la filière
Le 18 août 2025 marque un tournant pour la filière batteries en France. La réglementation européenne étend désormais la REP à cinq catégories distinctes : batteries portables, moyens de transport légers, démarrage/éclairage/allumage, industrielles et véhicules électriques. Chaque fabricant, importateur ou distributeur introduisant des batteries sur le territoire français devient juridiquement responsable de leur fin de vie. Le principe du pollueur-payeur, inscrit dans le Code de l'environnement, impose une contribution financière proportionnelle aux volumes commercialisés. En 2025, les adhérents de Batribox ont déclaré 107.800 tonnes de batteries mises sur le marché, un chiffre qui devrait mécaniquement augmenter avec l'élargissement du périmètre réglementaire.
« Toute entreprise qui fabrique, importe ou introduit des batteries sur le marché français doit financer et organiser leur fin de vie, soit en adhérant à un éco-organisme agréé, soit en disposant d'un système individuel agréé », rappelle Emmanuel Toussaint-Dauvergne, le directeur général de l'éco-organisme Batribox. Or, quinze mois après l'entrée en vigueur, une partie des acteurs n'a toujours pas obtenu l'Identifiant Unique (IDU) obligatoire ni transmis ses déclarations de mise sur le marché. L'automobile électrique figure parmi les secteurs concernés, avec des batteries de véhicules désormais incluses dans le dispositif.
Qui paie vraiment ? Le mécanisme du pollueur-payeur sous pression
Le défaut de déclaration d'une entreprise ne supprime pas les coûts de collecte et de traitement. Quand certains producteurs échappent à leurs obligations, les contributions financières se répartissent automatiquement sur le collectif des adhérents réguliers. Résultat : les acteurs conformes subventionnent indirectement les défaillants. La logique du pollueur-payeur s'inverse alors partiellement, fragilisant l'équilibre économique des éco-organismes et créant une distorsion concurrentielle. Les entreprises qui respectent la loi supportent un surcoût tandis que leurs concurrents non-conformes bénéficient d'un avantage compétitif injustifié.
Répercussions en cascade : quand la non-conformité coûte cher
Les contributions des producteurs conformes augmentent
Le modèle économique des éco-organismes repose sur une mutualisation des coûts entre tous les metteurs sur le marché. Quand le dénominateur diminue, le numérateur reste constant : les infrastructures de collecte, les centres de tri, les usines de recyclage facturent leurs prestations indépendamment du nombre de contributeurs. Batribox se voit donc obligé d'augmenter les tarifs unitaires pour ses adhérents, soit puiser dans ses réserves financières, menaçant de ce fait sa capacité d'investissement à moyen terme. Les PME et TPE conformes, souvent moins armées juridiquement que les grands groupes, subissent proportionnellement davantage ces hausses tarifaires. Emmanuel Toussaint-Dauvergne insiste : « Notre rôle n'est pas seulement de rappeler les obligations mais de permettre à chaque producteur, quelle que soit sa taille ou son marché, de les comprendre et de les appliquer simplement ».
Une économie circulaire à géométrie variable
Au-delà du déséquilibre financier immédiat, la non-conformité compromet la récupération des matières stratégiques. Lithium, cobalt, nickel et cuivre contenus dans les batteries représentent des ressources critiques pour la souveraineté industrielle européenne. Quand des volumes échappent aux circuits de collecte, ces métaux partent en décharge, s'exportent vers des filières informelles ou terminent incinérés. La France compte désormais une vingtaine de filières REP couvrant équipements électriques, panneaux photovoltaïques, emballages ou textiles. Pour simplifier les démarches multi-REP, Batribox s'est associée à Ecologic et Soren au sein d'Eco-Op depuis septembre 2026, offrant un guichet unique aux entreprises concernées par plusieurs filières simultanément. La transition énergétique du secteur automobile amplifie l'enjeu : chaque véhicule électrique embarque plusieurs centaines de kilogrammes de batteries.
Batribox privilégie l'accompagnement : une stratégie gagnante ?
Face à la non-conformité persistante, Batribox choisit la pédagogie plutôt que la sanction. L'éco-organisme mise sur l'information, l'assistance administrative et la simplification des procédures. La plateforme Eco-Op centralise désormais les démarches pour trois filières distinctes, réduisant la charge administrative des entreprises. Reste à savoir si l'approche incitative suffira. Les pouvoirs publics disposent de leviers coercitifs : amendes administratives, interdiction de commercialisation, publication des manquements. Quinze mois après l'élargissement réglementaire, l'arbitrage entre accompagnement et répression déterminera la crédibilité du dispositif REP. Le financement du recyclage des batteries dépend directement de cet équilibre. Sans régularisation rapide, le surcoût pour les producteurs conformes risque de devenir structurel, transformant une obligation environnementale en handicap concurrentiel pour les acteurs vertueux.
