Handicap : la suppression du cumul AAH-ASS économise 90 millions d’euros

À partir du 1er janvier 2027, 15 000 personnes en situation de handicap perdront le droit de cumuler l’AAH et l’ASS, soit 600 euros mensuels en moins. L’économie budgétaire affichée de 90 millions d’euros masque un coût social et économique potentiellement supérieur : appauvrissement, dépenses sociales induites, perte de trimestres retraite.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 13 octobre 2026 11h58
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Handicap : la suppression du cumul AAH-ASS économise 90 millions d’euros - © Economie Matin

Le gouvernement prévoit d'économiser 90 millions d'euros en supprimant le cumul de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) avec l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Cette mesure, effective dès le 1er janvier 2027, affectera 15 000 personnes handicapées qui perdront 600 euros par mois, soit un tiers de leurs revenus. Cette décision soulève la question de son impact réel sur les finances publiques : s'agit-il d'une véritable économie ou d'un transfert de coûts vers d'autres dépenses budgétaires ?

Une économie budgétaire limitée

La suppression du cumul AAH-ASS est estimée à 108 millions d'euros d'économies annuelles, calculées sur la base de 15 000 bénéficiaires perdant 600 euros par mois. Toutefois, ces bénéficiaires, ayant cotisé au système par au moins cinq années de travail, verront leurs revenus passer de 1 641 euros à 1 041 euros, tombant ainsi sous le seuil de pauvreté fixé à 1 337 euros. Dans le contexte où la France consacre 32 % de son PIB aux dépenses sociales, cette économie représente seulement 0,7 % du budget de l'ASS et 0,02 % des dépenses de protection sociale. 

L'impact économique paradoxal

La réduction des revenus pour les plus précaires entraîne inévitablement de nouvelles dépenses. Avec seulement 1 041 euros mensuels, les bénéficiaires peineront à couvrir des dépenses essentielles comme le loyer, estimé en moyenne à 670 euros. Les aides au logement et les dispositifs d'urgence sociale devront compenser, augmentant ainsi les dépenses de l'État. De plus, la détérioration des conditions de vie pourrait accroître les coûts de santé, rendant l'économie initiale peu effective.

En outre, la perte de l'ASS signifie également la perte de validation de trimestres pour la retraite, entraînant une réduction potentielle de la pension de base d'au moins 11 %. Ce transfert de coûts vers les générations futures pourrait nécessiter davantage d'aides sociales pour ces retraités à l'avenir. Aucune étude d'impact à long terme n'a encore été fournie pour évaluer ce transfert.

Incohérences budgétaires et sociales

Alors que les retraites restent largement intouchables, des économies sont réalisées sur les allocations chômage et les aides au handicap, des domaines où les bénéficiaires ont peu de poids politique. Les niches fiscales, représentant 90 milliards d'euros par an, demeurent pourtant inchangées. Cette hiérarchie budgétaire soulève des questions sur les priorités de l'État, surtout lorsque l'accompagnement des personnes handicapées reste insuffisant. Le contraste entre les économies ciblées et les coûts des niches fiscales met en lumière une gestion budgétaire controversée.

Fiscalité française et répartition des efforts

Malgré un taux de prélèvements obligatoires élevé de 45,4 %, la répartition des efforts budgétaires en France interroge. La suppression de 600 euros mensuels pour 15 000 personnes handicapées contraste fortement avec l'ampleur des fraudes fiscales et sociales, estimées entre 80 et 100 milliards d'euros annuels. L'impact humain de cette mesure, sans communication officielle adéquate, amplifie le sentiment d'abandon chez les personnes concernées.

La suppression du cumul AAH-ASS révèle les contradictions d'une politique budgétaire qui économise 90 millions en accentuant la pauvreté. Les 15 000 bénéficiaires perdront 600 euros mensuels, soit 36 % de leurs revenus. L'impact sur leur future retraite aggravera leur précarité. Dans un contexte de dépenses sociales élevées et de prélèvements obligatoires considérables, cibler les allocations des plus vulnérables pour une économie marginale soulève des questions de cohérence et de justice. Le coût social et économique à long terme dépassera probablement les gains budgétaires immédiats, et le Parlement doit encore décider de la pérennisation de cette mesure votée en 2017.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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