L’inflation reste contenue mais pourrait repartir à la hausse dans les prochains mois, alerte l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture en date. Même si la dynamique des prix s’est nettement calmée depuis le pic de 2023, l’évolution récente des marchés de l’énergie pourrait rebattre les cartes à court terme.
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Une inflation en net ralentissement, portée par les prix et l’énergie
Après avoir dépassé les 6% début 2023, l’inflation a fortement reculé en France pour s’établir à 0,9% sur un an en février 2026. Cette décrue s’inscrit dans une tendance amorcée dès 2024, avec un passage sous les 1% en février 2025. Depuis lors, la hausse des prix oscille entre 0,7% et 1,2%, confirmant une phase de stabilisation durable, observe l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture. En janvier 2026, l’inflation avait même chuté à 0,3% sur un an, un niveau inédit depuis plusieurs années. Dans le même temps, les prix à la consommation ont reculé de 0,3% sur un mois, notamment en raison des soldes sur les produits manufacturés.
Cette modération des prix s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, la dynamique salariale est restée plus contenue qu’ailleurs en Europe, limitant la hausse des prix des services. D’autre part, la baisse des tarifs réglementés de l’électricité en 2025 a fortement pesé sur l’indice global. Enfin, la concurrence dans les télécommunications a contribué à tirer les prix vers le bas. Résultat : la France affiche une inflation inférieure à celle de ses voisins européens. L’indice harmonisé (IPCH) atteint ainsi 1,1% en février 2026, un niveau modéré à l’échelle de la zone euro.
Inflation et pétrole : un rebond attendu sous l’effet de l’énergie
Toutefois, cette accalmie pourrait être temporaire. L’INSEE anticipe un rebond de l’inflation à 1,9% en juin 2026, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. En cause, bien sûr, la flambée des cours des hydrocarbures liée au conflit impliquant l’Iran. Dans ce contexte, le prix du baril est supposé se maintenir autour de 100 dollars, soit environ 86,2 euros. Cette hausse se transmet rapidement aux prix à la pompe, avec un effet direct sur l’indice des prix.
Concrètement, les prix de l’énergie, encore en baisse de 2,9% en février 2026, devraient bondir pour atteindre une hausse de 11,8% en juin. Les produits pétroliers sont particulièrement concernés, avec une progression attendue de 22,8% sur un an à cette échéance. Cette remontée s’explique aussi par un effet de base. En 2025, les prix de l’énergie avaient fortement baissé, notamment ceux de l’électricité. En 2026, cette baisse ne joue plus dans le calcul annuel, accentuant mécaniquement la hausse apparente.
Malgré cela, la transmission de ce choc énergétique au reste de l’économie resterait limitée à court terme. Les économistes de l'INSEE estiment que les autres composantes de l’inflation ne devraient pas être fortement contaminées, à l’exception de certains secteurs comme les transports.
Des prix alimentaires et manufacturés en recul, un facteur clé pour l’inflation
En parallèle, plusieurs postes de consommation continuent de freiner l’inflation. C’est notamment le cas de l’alimentation, dont la hausse devrait ralentir sensiblement dans les mois à venir. Après une progression de 2% en février 2026, les prix alimentaires devraient retomber à 1% en juin. Cette détente s’explique par la disparition progressive d’effets passés, comme la hausse de la taxe sur les boissons sucrées ou la flambée des prix du café et du cacao en 2025.
Les produits manufacturés contribuent également à contenir l’inflation. Leur prix devrait continuer de reculer, avec une baisse attendue de 0,6% sur un an en juin 2026. Ce mouvement est notamment lié à l’appréciation passée de l’euro, qui réduit le coût des importations. De plus, les effets liés au calendrier des soldes, qui avaient perturbé les indices en début d’année, devraient s’estomper progressivement. Les prix retrouveraient ainsi une trajectoire plus lisible et structurellement orientée à la baisse.
Au total, ces deux postes majeurs du panier de consommation jouent un rôle d’amortisseur face au choc énergétique, limitant l’ampleur du rebond inflationniste.
Une inflation sous-jacente stable malgré les tensions sur les prix
Au-delà des fluctuations liées à l’énergie, l’inflation sous-jacente offre une lecture plus structurelle de la dynamique des prix. Or, celle-ci reste particulièrement modérée en France. Excluant les éléments les plus volatils, comme l’énergie ou certains tarifs administrés, l’inflation sous-jacente s’établissait à 0,9% en février 2026. Elle devrait légèrement progresser pour atteindre 1,1% en juin 2026, estiment les économistes de l’INSEE.
Cette stabilité reflète des tensions limitées sur les coûts de production, notamment salariaux. Les négociations salariales n’ayant pas anticipé un retour de l’inflation, la hausse du coût du travail reste contenue, ce qui freine la progression des prix des services. Dans le détail, l’inflation des services devrait légèrement augmenter, passant de 1,6% en février à 1,9% en juin 2026. Cette hausse masque toutefois des évolutions contrastées. Les services de transport, par exemple, subissent directement la hausse de l’énergie, avec des prix attendus en hausse de 2,8%.
À l’inverse, certains segments comme les assurances ou la protection sociale ralentissent, contribuant à stabiliser l’ensemble. Les services de communication, eux, repartent à la hausse après une année 2025 marquée par une forte concurrence. Dans ce contexte, la France se distingue par une inflation plus contenue que ses partenaires européens. Une situation qui pourrait toutefois évoluer rapidement si le choc énergétique se prolonge ou s’intensifie.
