France : la crise des soins s’intensifie depuis 2019

Depuis 2019, l’accès aux soins en France connaît une dégradation profonde et mesurable. Derrière ce basculement, un enchaînement de facteurs structurels et conjoncturels fragilise l’ensemble du système de santé. Le dernier baromètre Ipsos BVA pour la Fédération hospitalière de France montre une réalité désormais massive : délais allongés, renoncements croissants et tensions hospitalières s’entremêlent, révélant une crise durable des soins sur le territoire.

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By Rédaction Published on 22 mars 2026 13h44
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France : la crise des soins s’intensifie depuis 2019 - © Economie Matin
40 %« 40 % des Français qui renoncent aux soins le font pour des raisons financières.

Le 17 mars 2026, la Fédération hospitalière de France a publié la troisième édition de son baromètre sur l’accès aux soins, confirmant une dégradation continue depuis 2019. En quelques années, le système de soins s’est progressivement déséquilibré, affectant directement les patients, les territoires et les structures hospitalières.

Des délais d’accès aux soins devenus le principal obstacle à la santé

D’abord, l’allongement des délais constitue le facteur central de la dégradation des soins en France. En effet, selon le baromètre Ipsos BVA publié le 17 mars 2026, il faut désormais « près de deux semaines pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste, contre quatre jours en 2019 ». De plus, les spécialités sont encore plus touchées : quatre mois pour un dermatologue et trois mois pour un cardiologue, contre respectivement deux mois et un mois et demi en 2019, selon la Fédération hospitalière de France. Ainsi, le temps d’attente a parfois été multiplié par deux, voire trois, ce qui modifie profondément l’accès aux soins pour les patients.

Ensuite, cette hausse des délais agit directement sur le comportement des malades. En effet, le rapport indique que « dans plus de la moitié des cas, ce renoncement s’explique par l’allongement des délais d’attente ». Par conséquent, le système de santé se transforme silencieusement : les patients reportent leurs soins ou abandonnent leur parcours médical. Ce phénomène s’inscrit dans une dynamique structurelle, liée à la raréfaction des médecins, mais aussi à une organisation territoriale inégale, comme le souligne France Assos Santé.

Un renoncement massif qui fragilise la santé publique

Par ailleurs, la dégradation de l’accès aux soins se traduit par une explosion du renoncement. Selon la Fédération hospitalière de France, « 73 % des Français déclarent avoir déjà renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années ». Ce chiffre marque une hausse de 10 points par rapport à 2024, soit environ 7 millions de personnes supplémentaires concernées, selon Ipsos. Dès lors, le renoncement n’est plus marginal, mais devient un phénomène de masse qui touche toutes les catégories de la population.

De plus, les raisons financières restent un facteur déterminant. Ainsi, toujours selon Ipsos, ce sont « 40 % des Français qui renoncent aux soins le font pour des raisons financières ». En parallèle, les inégalités territoriales accentuent cette dégradation. Certaines régions affichent des taux encore plus élevés, comme 77 % en Île-de-France et 76 % en Nouvelle-Aquitaine, selon Banque des Territoires. De ce fait, l’accès aux soins dépend de plus en plus du lieu de vie, ce qui remet en cause l’égalité du système de santé français.

Un système de soins sous tension, avec des hôpitaux saturés

Enfin, la dégradation de l’accès aux soins se répercute directement sur l’hôpital public. En effet, faute d’alternative, les patients se tournent massivement vers les urgences. Selon le baromètre, « un Français sur deux s’est déjà rendu aux urgences sans être en situation d’urgence médicale ». Cette situation illustre une désorganisation globale du système de soins, où la médecine de ville ne parvient plus à absorber la demande.

En outre, cette pression accrue fragilise l’ensemble du système hospitalier. Comme l’indique le rapport Ipsos, « près d’un Français sur deux se sont déjà rendus dans un service d’urgence pour des raisons qui ne relevaient pas d'une urgence médicale ». Par conséquent, les urgences deviennent un point de saturation, absorbant des patients qui auraient dû être pris en charge en amont. Ce déséquilibre contribue à une dégradation de la qualité des soins et alimente un sentiment d’inquiétude généralisé.

La Fédération hospitalière de France alerte ainsi clairement sur la situation. Sa déléguée générale, Zaynab Riet, affirme : « Les Français attendent légitimement un sursaut politique : il y a urgence à agir pour la santé ! ». Cette déclaration souligne l’ampleur de la crise, qui dépasse désormais la seule question hospitalière pour toucher l’ensemble du parcours de soins.

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