Croquettes, pâtée et CO2 : quand Félix et Médor pèsent sur le climat

On savait que les SUV, l’avion et la viande rouge posaient problème. On ignorait en revanche que la gamelle du chien pouvait, elle aussi, laisser une trace carbone. Pourtant, la nourriture pour animaux de compagnie émet suffisamment de gaz à effet de serre pour rivaliser avec des pays entiers.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 8 janvier 2026 10h52
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budget-francais-croquettes-chien-passent-avant - © Economie Matin
2,9%la production d’aliments secs pour chiens et chats représenterait entre 1,1 % et 2,9 % des émissions agricoles mondiales de gaz à effet de serre.

Chiens et chats font partie de la famille. Ils dorment sur le canapé, mangent mieux que leurs maîtres et disposent parfois d’un régime « premium ». Problème : cette montée en gamme alimentaire a un coût environnemental bien réel. Depuis quelques années, les chercheurs se penchent sérieusement sur l’empreinte carbone de la nourriture pour animaux domestiques. Et les résultats donnent matière à réflexion, voire à un léger malaise au moment de remplir le caddie.

Alimentation pour animaux de compagnie : une contribution climatique loin d’être anecdotique

Contrairement à une idée reçue, la nourriture des animaux de compagnie n’est pas un détail négligeable dans le bilan climatique. À l’échelle mondiale, la production d’aliments secs pour chiens et chats représenterait entre 1,1 % et 2,9 % des émissions agricoles mondiales de gaz à effet de serre. Autrement dit, si les croquettes formaient un pays, il émettrait autant que certains États de taille moyenne.

Le Royaume-Uni fournit un exemple particulièrement parlant. Une étude universitaire relayée par The Guardian montre que la nourriture pour chiens représenterait environ 1 % des émissions totales de gaz à effet de serre du pays. Ce chiffre, calculé à partir de près de 1 000 aliments commerciaux, repose sur la composition réelle des produits vendus et sur l’empreinte carbone des ingrédients. Une part modeste en apparence, mais considérable à l’échelle d’un poste aussi peu discuté.

Emissions de CO2 : Toutes les croquettes ne se valent pas

Bonne nouvelle : tous les animaux ne polluent pas de la même manière. Mauvaise nouvelle : l’écart est parfois vertigineux. Les chercheurs ont observé des différences pouvant aller jusqu’à un facteur 65 entre les aliments les plus émetteurs et les formulations les plus sobres. Autant dire que le contenu de la gamelle compte bien plus que la taille du chien.

Le principal coupable est sans surprise la viande, et plus précisément la viande rouge. Les aliments riches en bœuf ou en agneau affichent les empreintes les plus élevées, en raison des émissions de méthane, de l’usage intensif des terres et des besoins alimentaires du bétail. À l’inverse, les croquettes sèches à faible teneur en protéines animales, ou utilisant davantage de protéines végétales, présentent un impact nettement inférieur.

Autre point souvent ignoré : la nourriture humide est généralement bien plus émettrice que les croquettes sèches. Riche en eau, souvent plus carnée, elle nécessite davantage de ressources par calorie réellement consommée. Résultat : un chien nourri exclusivement à la pâtée peut, sans le savoir, afficher une empreinte carbone digne d’un amateur de steak quotidien.

Sous-produits animaux : recyclage malin ou fausse bonne idée ?

L’industrie des produits alimentaires pour animaux aime rappeler que de nombreux aliments utilisent des sous-produits animaux, autrement dit des parties peu consommées par les humains. Sur le papier, l’argument est séduisant : recycler plutôt que gaspiller. Dans les faits, la réalité est plus nuancée.

Plusieurs études soulignent que la demande croissante pour des aliments « premium » pour animaux donne une valeur économique accrue à ces sous-produits. En clair, ce qui était autrefois un résidu devient un produit recherché, ce qui peut indirectement encourager une production accrue de viande. Les chercheurs débattent encore des méthodes de calcul, mais une chose est sûre : les sous-produits ne sont pas climatiquement neutres par défaut.

Des marges de manœuvre sans sacrifier la santé animale

Faut-il pour autant transformer tous les chiens en herbivores militants ? Les chercheurs et vétérinaires appellent au calme. Les données montrent surtout que les chiens n’ont pas besoin de régimes très riches en viande rouge pour être en bonne santé, à condition que les aliments soient correctement formulés. Les chats, carnivores stricts, nécessitent davantage de prudence, mais là aussi des optimisations sont possibles. Réduire la part de viande rouge, choisir des aliments à plus faible impact, éviter la suralimentation et limiter le gaspillage constituent déjà des leviers efficaces. Certaines études rappellent d’ailleurs que jusqu’à 90 % de l’empreinte carbone d’un chien provient de son alimentation.

Avec la hausse continue du nombre d’animaux de compagnie et la sophistication croissante de leur alimentation, l’impact climatique de la nourriture animale est appelé à augmenter. Longtemps absente des débats, cette question sort progressivement de l’ombre, parfois à contrecœur.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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