Le Leem, pilier historique de l’industrie du médicament en France, traverse une crise sans précédent. En quelques jours, plusieurs grands laboratoires ont claqué la porte du syndicat patronal, dénonçant un cadre devenu inadapté à leurs priorités industrielles, économiques et stratégiques.
Crise au Leem : l’industrie pharmaceutique française se fracture

Le 8 janvier 2026 marque une date charnière pour le Leem, principal syndicat du médicament en France. Ce jour-là, une série de laboratoires pharmaceutiques majeurs annoncent officiellement leur départ de l’organisation. La décision, mûrie depuis plusieurs mois selon les acteurs concernés, révèle des fractures profondes au sein de l’industrie pharmaceutique.
Leem et l’industrie pharmaceutique : un divorce assumé entre laboratoires et syndicat
La rupture entre le Leem et plusieurs laboratoires ne relève pas d’un simple désaccord conjoncturel. Au contraire, elle s’inscrit dans une remise en cause structurelle du rôle du syndicat. Historiquement, le Leem fédère près de 280 entreprises du médicament en France, représentant aussi bien de grands groupes que des acteurs de taille intermédiaire. Toutefois, selon plusieurs dirigeants, cette diversité est devenue un handicap. D’un côté, les grands laboratoires estiment que leurs priorités industrielles, notamment en matière d’innovation et de souveraineté sanitaire, sont diluées dans une gouvernance jugée trop consensuelle. De l’autre, le syndicat défend une ligne équilibrée, censée représenter l’ensemble de la filière.
Ainsi, des groupes comme Sanofi, Ipsen ou les Laboratoires Pierre Fabre ont décidé de quitter le Leem pour reprendre la main sur leur représentation patronale. Selon plusieurs Le Figaro, ces entreprises reprochent au syndicat de ne plus peser suffisamment dans le dialogue avec les pouvoirs publics. En toile de fond, la question du prix du médicament et des délais d’accès au marché français cristallise les tensions. D’après L’Usine Nouvelle, près de 40 % des médicaments autorisés au niveau européen ne sont pas disponibles en France, un chiffre régulièrement mis en avant par les industriels pour illustrer les blocages actuels.
Leem : quels laboratoires ont quitté le syndicat et pourquoi
Le mouvement ne se limite pas à un acteur isolé. En plus de Sanofi, plusieurs membres du G5 Santé, dont Ipsen, Guerbet, Théa, le LFB et Pierre Fabre, ont acté leur sortie du Leem. À ces groupes s’ajoutent d’autres laboratoires de taille intermédiaire, comme Mayoly ou Ethypharm, qui envisagent ou ont déjà formalisé leur départ. Au total, selon des informations relayées par l’Agence France-Presse, près d’une trentaine de laboratoires seraient concernés par cette vague de retraits.
Les raisons avancées convergent. Les dirigeants évoquent un besoin de plus grande agilité syndicale, afin de défendre plus fermement leurs positions face à l’État. Ils critiquent également la difficulté, au sein du Leem, de parler d’une seule voix sur des sujets clés comme la relocalisation de la production de médicaments ou l’attractivité du territoire français pour la recherche clinique. Dans ce contexte, la création d’un nouveau syndicat patronal, exclusivement centré sur les industriels producteurs et innovants, apparaît comme une alternative stratégique. Selon ActuLabo, ce futur syndicat est en cours de structuration et pourrait voir le jour dans les prochaines semaines.
Une recomposition du paysage syndical de l’industrie en France
Cette fracture pose une question centrale : que va devenir le Leem dans un paysage désormais fragmenté ? Le syndicat conserve encore une majorité d’adhérents, notamment parmi les petites et moyennes entreprises du médicament. Néanmoins, la perte de plusieurs poids lourds affaiblit mécaniquement son influence politique. Pour l’industrie pharmaceutique française, le risque est celui d’une représentation éclatée, susceptible de brouiller le dialogue avec les autorités sanitaires et économiques.
Les laboratoires dissidents veulent incarner une ligne plus offensive. Ils entendent peser sur les débats liés au financement de l’innovation, à la compétitivité industrielle et à la sécurité d’approvisionnement en médicaments. Selon BFM Business, ces groupes estiment que la France accuse un retard croissant face à d’autres pays européens en matière d’accueil des investissements pharmaceutiques.
