Les frais de port Amazon imposés sur les livres ont déjà coûté plus de 100 millions d’euros aux Français, selon le directeur général d’Amazon France. Deux ans après l’entrée en vigueur de la loi Darcos, le consommateur découvre ce que ce changement tarifaire implique réellement pour son budget lecture.
Amazon dénonce une “taxe sur la lecture” à 100 millions d’euros

Depuis octobre 2023, les frais obligatoires appliqués aux livraisons de livres ont changé la manière d’acheter en ligne. Le surcoût s’impose désormais dans le panier des lecteurs, tandis qu’Amazon chiffre son impact à plus de 100 millions d’euros. Le débat ressurgit : qui paie réellement cette mesure, et comment en limiter l’effet au quotidien ?
Frais de port Amazon : pourquoi cette règle pèse sur votre panier
Les frais de port Amazon appliqués depuis octobre 2023 découlent de la loi Darcos, qui impose un minimum de 3 € pour toute commande de livres neufs inférieure à 35 €. Cette obligation s’applique à toutes les plateformes, quelle que soit leur taille, leur modèle logistique ou l’existence d’un abonnement premium. Elle répond à une logique simple : empêcher les livraisons à 0,01 €, qui avaient longtemps favorisé les sites de e-commerce au détriment des librairies installées.
Pour les lecteurs, le résultat est tangible. Le livre acheté seul — un roman de poche, un manuel scolaire, un essai — grimpe mécaniquement de 3 €. Là où un client pouvait commander au fil de ses envies, il doit désormais regrouper ses achats ou accepter une hausse immédiate du prix final.
Dans la tribune publiée par Amazon, son directeur général Frédéric Duval parle d’une « taxe sur la lecture » qui touche directement les acheteurs. Il écrit que « cette mesure laisse une addition salée aux Français, qui ont déjà déboursé plus de 100 millions d’euros en frais de port obligatoires ». Pour un foyer habitué à acheter régulièrement en ligne, la facture annuelle peut dépasser sans difficulté plusieurs dizaines d’euros.
La réglementation transforme ainsi l’acte d’achat en ligne : il devient plus réfléchi, moins spontané, et davantage guidé par l’optimisation du panier.
Ce que dit Amazon : un coût élevé pour les ménages, un bénéfice limité pour les libraires
Amazon avance deux arguments majeurs. D’abord, la charge financière supportée par les ménages. L’entreprise précise que « cent millions d’euros, cela représente 12 millions de livres de poche, et 3% du chiffre d’affaires annuel de l’édition ». La formule est destinée à frapper les esprits : ces frais auraient pu se traduire par une hausse du nombre de livres lus ou achetés, selon elle.
Ensuite, le groupe estime que la loi ne produit pas les résultats attendus sur le terrain. « Les ventes de livres continuent de baisser fortement en France, y compris en librairie », écrit Frédéric Duval. Autrement dit : la mesure n’aurait pas permis de ramener du trafic vers les libraires, alors qu’elle avait été présentée comme un moyen de leur redonner de la compétitivité.
Cette analyse s’appuie sur des données internes croisées avec des données sectorielles. Amazon insiste : l’augmentation du coût de la lecture pour les consommateurs n’a pas généré de contrepartie positive visible pour la filière.
Du côté des libraires, les positions publiques sont plus nuancées : certains voient dans la loi un rééquilibrage structurel indispensable, d’autres reconnaissent que l’effet sur les ventes n’est pas encore perceptible. Le débat reste ouvert, mais pour le lecteur, il ne s’agit ni de choix politique ni de stratégie commerciale : c’est une ligne supplémentaire sur le ticket.
Comment le consommateur peut réduire — ou contourner — l’impact des frais obligatoires
Pour l’acheteur, le principal enjeu est désormais de trouver comment limiter ce surcoût. Trois leviers existent.
Le premier consiste à dépasser les 35 € de commande pour faire retomber les frais à 0,01 €. Cette stratégie incite à regrouper plusieurs achats ou à synchroniser les achats du foyer.
Le deuxième repose sur le choix du mode de livraison. Amazon met en avant ses casiers et points de retrait installés dans des commerces vendant des livres. Selon l’entreprise, cette configuration lui permet d’appliquer des frais réduits, voire nuls. Mais cette interprétation de la loi a été contestée par le Médiateur du Livre, qui y voit une tentative de contourner l’esprit du texte.
Le troisième levier est le recours aux librairies physiques, où le retrait en magasin reste gratuit. Pour un lecteur vivant en milieu urbain, cette alternative peut être immédiate et sans surcoût. Pour d’autres, elle nécessite un déplacement plus long ou des horaires compatibles.
La transformation majeure se situe ici : acheter un livre en ligne n’est plus une évidence tarifaire. Le consommateur doit désormais arbitrer entre simplicité, délai, prix et soutien au commerce local.
Comprendre l’impact de la loi Darcos
- 3 € minimum sur toute commande de livres neufs sous 35 €.
- Selon Amazon, plus de 100 millions d’euros ont été payés par les lecteurs en deux ans.
- L’entreprise affirme que les ventes continuent de baisser en librairie.
- Des solutions de retrait existent, mais leur cadre légal est contesté.
- Le regroupement d’achats reste le moyen le plus efficace pour réduire la facture.
