Faut-il encore se précipiter sur les antibiotiques à la moindre toux de bébé ? Si certains professionnels en appellent à la vigilance, de récentes données bousculent les réflexes médicaux bien ancrés. Donner des antibiotiques aux enfants pourrait favoriser l’émergence de certaines maladies, comme l’asthme.
Asthme chez l’enfant : les antibiotiques pointés du doigt

Le 16 avril 2025, une étude d’ampleur parue dans le Journal of Infectious Diseases alerte sur un lien potentiel entre la prise précoce d’antibiotiques et l’apparition de l’asthme chez l’enfant. En analysant les données médicales de plus d’un million de jeunes patients au Royaume-Uni, les chercheurs de l’Université Rutgers apportent un éclairage nouveau et inquiétant sur des prescriptions souvent perçues comme anodines. Alors que la prévalence des maladies chroniques infantiles explose, les résultats de cette recherche relancent une question cruciale : nos enfants sont-ils trop exposés à ces médicaments ?
Quand les antibiotiques influencent l’asthme chez l’enfant
Les chercheurs ont passé au crible les données de santé de plus d’un million d’enfants de la naissance à l’âge de deux ans. L’objectif : évaluer les effets des traitements antibiotiques sur leur état de santé à moyen et long terme. Les résultats sont sans appel. D’après l’article publié par Gizmodo le 16 avril 2025, « les enfants ayant reçu des antibiotiques avant l’âge de deux ans étaient nettement plus susceptibles de recevoir un diagnostic d’asthme et d’allergies plus tard. ». En d’autres termes, les enfants exposés tôt et souvent à ces traitements présentent un risque statistiquement accru de développer de l’asthme.
Mais l’étude va plus loin. Un effet dose-réponse a été mis en évidence : plus la quantité d’antibiotiques administrée est élevée, plus le risque s’accentue. Cette corrélation a été observée même en comparant les enfants à leurs propres frères et sœurs, exposés à des environnements similaires. Cela renforce l’hypothèse d’un lien de causalité potentiel.
Des conséquences immunitaires durables liées au microbiote
Le mécanisme suspecté derrière cette association repose sur la perturbation du microbiote intestinal. Ce réseau complexe de bactéries bénéfiques, encore en formation chez les très jeunes enfants, peut être fortement déséquilibré par des traitements antibiotiques à large spectre. Ces médicaments éliminent les agents pathogènes, mais peuvent aussi s'attaquer aux bactéries nécessaires au développement du microbiote. Pris trop tôt, et en trop grande quantité, ils peuvent donc déséquilibrer la flore intestinale, ce qui favorise des dérèglements immunitaires. Une conséquence d'autant plus dommageable que ces dérèglements sont durables.
Ce déséquilibre, encore mal compris dans toutes ses implications, pourrait être le déclencheur de réponses inflammatoires inappropriées, notamment celles liées à l’asthme ou aux allergies alimentaires. C’est un effet domino biologique, subtil mais potentiellement lourd de conséquences.
Faut-il jeter les antibiotiques avec l’eau du bain ?
Évidemment, il ne s’agit pas d’interdire les antibiotiques, encore moins de culpabiliser les parents. « Les antibiotiques sont des médicaments importants et parfois vitaux, mais toutes les infections chez les jeunes enfants ne nécessitent pas d’être traitées avec des antibiotiques », rappelle Daniel Horton, pédiatre et épidémiologiste à Rutgers.
Autrement dit, ces médicaments demeurent indispensables dans de nombreuses situations. Mais l’enjeu est ailleurs : apprendre à mieux distinguer les infections virales – qui ne nécessitent aucun antibiotique – des infections bactériennes avérées. En France, comme ailleurs, trop d’ordonnances sont encore rédigées « par précaution », sans justification microbiologique claire.
Des effets limités à certaines maladies
Les résultats de cette étude ne pointent cependant pas une augmentation généralisée des pathologies infantiles. Aucun lien n’a été retrouvé entre la prise d’antibiotiques et d’autres maladies comme le diabète de type 1, la maladie cœliaque ou les troubles du spectre autistique. Toutefois, une association possible mais non significative a été relevée avec certains cas de déficience intellectuelle, ce qui justifie des recherches complémentaires.
Pour les parents, cette étude ne doit pas être synonyme d’angoisse. Elle invite à s’interroger, pas à s’alarmer. En cas d’infection, il est fondamental de dialoguer avec son pédiatre. Faut-il vraiment cet antibiotique ? Est-ce une infection bactérienne ? Existe-t-il une alternative ? Ces questions, souvent éludées dans l’urgence du cabinet médical, pourraient pourtant faire toute la différence.
Pour les enfants encore peu exposés aux antibiotiques, la prudence est de mise : limiter les prescriptions superflues, privilégier les traitements ciblés, surveiller l’évolution des symptômes, et surtout éviter les automédications intempestives. C’est aussi une invitation pour les autorités de santé à renforcer les campagnes de sensibilisation sur l’usage raisonné des antibiotiques dès la petite enfance.
