Alors que le pouvoir d’achat reste une préoccupation centrale, une enquête révèle un paradoxe frappant : la grande majorité des salariés ne savent pas comment obtenir une augmentation. Faute de critères clairs et de discussions salariales, la progression de salaire reste souvent opaque dans les entreprises.
Augmentation : 3 Français sur 4 ne savent même pas comment l’obtenir

Le 10 mars 2026, une enquête nationale menée auprès de 2 402 actifs en France met en lumière une situation étonnante : la question de l’augmentation reste largement entourée de flou dans les entreprises. Résultat, de nombreux salariés ignorent ce qu’ils doivent faire pour progresser financièrement dans leur emploi.
Cette étude montre notamment que l’augmentation ne repose pas toujours sur des règles clairement exprimées. Les discussions salariales restent rares, les critères d’évolution peu explicités, et beaucoup de salariés hésitent encore à aborder le sujet avec leur manager.
Augmentation et emploi : une progression salariale souvent opaque
Premier constat frappant : la majorité des salariés ne savent pas vraiment comment obtenir une augmentation. Selon l’enquête menée auprès de 2 402 actifs, seuls 7 % des salariés déclarent que les critères d’augmentation leur ont été très clairement expliqués, tandis que 53 % n’ont reçu aucune indication sur la marche à suivre. Autrement dit, plus d’un salarié sur deux avance sans repères précis pour améliorer sa rémunération.
Dans ce contexte, la progression salariale devient difficile à anticiper. Seuls 24 % des salariés disent avoir déjà reçu un feedback reliant explicitement performance et rémunération, tandis que 67 % affirment ne jamais avoir eu ce type d’explication. L’augmentation apparaît alors comme une décision difficile à prévoir, prise sans véritable discussion structurée.
Le phénomène s’inscrit aussi dans une tendance plus large du marché du travail. Les politiques salariales évoluent vers davantage d’individualisation, avec des arbitrages plus ciblés et des budgets limités. En France, les entreprises prévoient ainsi un budget médian d’augmentations de 3,1 % en 2026, selon une étude de WTW publiée en janvier 2026.
Pourquoi demander une augmentation reste difficile
Le second enseignement de l’étude concerne le comportement des salariés eux-mêmes. 77 % des Français n’ont jamais demandé à leur supérieur ce qu’ils devaient faire pour obtenir une augmentation. Dans le détail, 28 % disent ne pas oser poser la question, tandis que 49 % affirment ne jamais y avoir pensé.
Cette hésitation s’explique en partie par la culture du travail en France, où la question de l’argent reste sensible. 69 % des salariés estiment que l’argent demeure un sujet tabou dans les feedback professionnels, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder une augmentation ou une prime.
Le manque de discussions régulières aggrave encore ce phénomène. 69 % des salariés déclarent ne pas recevoir de feedback suffisamment concret pour progresser, ce qui limite leur capacité à comprendre les attentes de leur entreprise. Dans certains cas, les décisions salariales arrivent même sans avertissement préalable.
Ainsi, 63 % des salariés disent avoir déjà pensé qu’ils allaient être augmentés avant d’apprendre finalement un refus au moment de la décision. Cette situation crée de la frustration et peut détériorer la relation de confiance entre salariés et management.
Demander une augmentation : un problème de feedback au travail
Pour de nombreux spécialistes du management, ce manque de dialogue constitue un véritable frein à la motivation. Comme l’explique Raphaël Maisonnier, conférencier et dirigeant de Fasterclass, « quand le feedback est flou ou absent, c’est un gâchis de performance et d’engagement. Beaucoup d’actifs avancent comme dans un jeu sans règles : pas de critères clairs, pas de cap, et une rémunération qui tombe sans logique de progression ».
Sans repères précis, les salariés ne savent pas sur quels objectifs se concentrer pour améliorer leur rémunération. Ils peuvent alors multiplier les efforts sans comprendre ce qui sera réellement valorisé lors de l’évaluation annuelle.
Ce manque de visibilité nourrit aussi un sentiment d’injustice. Lorsque les critères d’augmentation ne sont pas clairement expliqués, les décisions salariales peuvent sembler arbitraires. Ce sentiment est régulièrement pointé dans les analyses sur le fonctionnement du marché du travail.
Augmentation et négociation salariale : vers plus de transparence ?
Face à ces difficultés, les salariés demandent davantage de règles claires. 61 % des actifs souhaitent que les critères d’augmentation soient écrits et explicitement partagés avec les équipes. Beaucoup réclament également des points d’étape réguliers avec leur manager et des exemples concrets de progression attendue.
Ces attentes rejoignent les évolutions du droit du travail en Europe. La directive européenne sur la transparence salariale prévoit notamment de renforcer l’accès à l’information sur les niveaux de rémunération et les critères d’évolution. Les salariés pourraient ainsi disposer de données comparatives pour préparer une négociation salariale.
En France, le gouvernement travaille justement à la transposition de cette directive. Un projet de loi a été présenté début mars 2026 et une réunion de concertation avec syndicats et organisations patronales doit se tenir le 19 mars 2026, selon les informations publiées par Le Monde. Le texte vise à renforcer l’information des salariés sur les rémunérations et à améliorer la transparence dans les entreprises.
Pour certains observateurs, cette évolution pourrait transformer les discussions salariales. Les salariés disposeraient de davantage d’informations pour préparer une demande d’augmentation et comprendre les règles du jeu.
