Depuis le mois de janvier 2025, le phénomène que l’on appelle « backlash » se matérialise de plus en plus clairement, c’est à dire le fameux retour en arrière pour les progrès concernant les droits des femmes. L’élection de Donald Trump marque un point de rupture dans cette avancée avec notamment les pressions exercées sur le monde économique et les entreprises.
Backlash : neutraliser les répliques qui plombent la mixité

Certains dirigeants, peu convaincus par l’intérêt de soutenir un processus de mixité pour l’ensemble de la ligne hiérarchique, se servent de manière opportuniste de cet argument pour réduire leurs actions. Avec l’audience de plus en plus importante que rencontrent certains mouvements, si ce n’est masculinistes, au moins conservateurs, beaucoup de collaborateurs, y compris féminins, manifestent leur scepticisme quant à la nécessité de continuer à œuvrer en faveur de la mixité. Ce retour en arrière se constate partout, de la machine à café aux réunions des comex de grands groupes et prend la forme de petites phrases insidieuses qui témoignent de cette résistance. Sourire poliment ou répondre ? Voici notre proposition en forme de mode d’emploi.
Affirmation n°1 « On est allé trop loin dans l’égalité, maintenant ce sont les hommes qui sont discriminés. »
Mécanisme : renversement victimaire, idée que l’égalité menacerait les privilèges masculins
Réponse : En 2023, les femmes représentaient plus de la moitié de la population française (52 %), près de la moitié de la population active (49 %), mais seulement 25 % des dirigeants d’entreprise (au sens de mandataire social). Ce dernier chiffre tombe même à 17 % pour les plus grandes structures (entreprises de taille intermédiaire, ETI et grandes entreprises, GE), contre 26 % pour les microentreprises (rapport Banque de France 2025). Il reste encore de la marge ! Les femmes gagnent encore en moyenne 22 % de moins que les hommes (Observatoire des inégalités).
Affirmation N°2 « Parler d’égalité de genre c’est être woke et importer des concepts de la culture américaine qui n’ont rien à voir avec notre culture. »
Mécanisme : rejet par disqualification culturelle, assimilation de l’égalité à une idéologie étrangère. Utilisation d’un mot valise « woke » pour brouiller les concepts et jouer le rôle d’un épouvantail
Réponse : L’idée de l’égalité est pourtant une idée très ancienne, portée notamment lors de la Révolution Française par Olympe de Gouges qui publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, affirmant l’égalité politique. Certains philosophes de l’antiquité (Platon, dans La République, IVe s. av. J.-C.) suggéraient que les femmes pouvaient recevoir la même éducation que les hommes et gouverner dans la “cité idéale”.
Affirmation N°3 « On ne peut plus rien dire, les féministes veulent censurer les hommes »
Mécanisme : La liberté d’expression serait atteinte. Caricature du féminisme en mouvement autoritaire.
Réponse : La liberté d’expression reste entière. Ce qui change, c’est la prise de conscience que certaines paroles ont un impact négatif au travail. L’objectif n’est pas de censurer mais de créer un climat respectueux pour tous. La sécurité psychologique favorise la performance et permet à chacun de déployer ses compétences.
Affirmation n°4 « L’important, c’est la compétence. Pourquoi faudrait-il recruter des femmes si elles ne sont pas les meilleures ? »
Mécanisme : Croyance en une méritocratie exempte de tout biais systémique et construit social. Non, nous n’avons pas tous les mêmes chances de réussite.
Réponse : On ne demande pas de choisir une femme “moins bonne”. On demande d’ouvrir le processus pour que, parmi les meilleurs, il y ait aussi des femmes visibles et considérées. Ainsi, le choix d’un candidat lors d’un recrutement est la conjonction de multiples facteurs conscients et inconscients. De plus, la compétence des femmes est souvent sous-évaluée à cause de biais inconscients. Une étude scientifique (méta analyse de 2023) souligne l'ampleur de la discrimination à l'embauche fondée sur le sexe. Dans les professions (relativement mieux rémunérées) dominées par les hommes, le fait d'être une femme est négatif. Les dispositifs d’égalité visent à s’assurer que la compétence réelle puisse être reconnue, indépendamment du genre.
Affirmation n°5 « Les femmes elles-mêmes ne veulent pas être stigmatisées par des quotas ni forcément atteindre des postes de direction »
Mécanisme : parler pour l’autre prétendant savoir mieux que lui ce qu’il veut. C’est une manifestation de ce que l’on pourrait appeler le sexisme bienveillant. « Nous vous protégeons pour que vous ne soyez pas l’objet de soupçons quant à la compétence ». Il s’agit encore une fois d’une essentialisation subtile insinuant que le pouvoir a un genre, le masculin.
Réponse : Les quotas sont certainement un mal nécessaire, laissez-nous, en tant que femmes, la chance de pouvoir montrer ce dont nous sommes capables. La théorie de l'homophilie souligne que les gens préfèrent travailler avec des personnes sociologiques similaires. Les hommes qui dominent les organes de gouvernance (conseil d'administration et comités exécutifs) ont inconsciemment tendance à recruter des personnes similaires, excluant ainsi les femmes. De plus, l’intériorisation des stéréotypes par les femmes les rendent moins susceptibles d'aspirer à des postes de direction.
Est-ce que ces réponses constituent la meilleure manière de faire face au backlash ? Elles ne sont probablement pas la seule façon de résister ni peut-être la meilleure mais elles permettent de prendre conscience des freins persistant à l’accession des femmes aux postes de direction. Je souhaite rappeler ici que l’important reste de s’informer, d’échanger et d’être vigilant quant à ces reculs pour qu’ils ne se transforment pas en un recul massif des droits des femmes.
