Les banques américianes interdisent les marché sprédictifs à leurs employés

Les grandes banques américaines comme Goldman Sachs et Morgan Stanley ont interdit à leurs salariés de parier sur les marchés de prédiction touchant aux informations financières sensibles. Cette décision intervient alors que le volume de ces marchés a explosé de 5 à 24 milliards de dollars en sept mois, révélant un risque majeur de délits d’initié dans un secteur encore dépourvu de cadre réglementaire clair.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Last modified on 10 juillet 2026 9h23
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Censure de Barnier : vers une catastrophe boursière sans précédent ? - © Economie Matin
400%Le volume mensuel des marchés de prédiction américains a explosé de 400%

Entre avril 2025 et avril 2026, le volume mensuel des marchés de prédiction américains a explosé de 400%, passant de 5 à 24 milliards de dollars. Mais cette croissance spectaculaire cache une réalité troublante : les grandes banques se barricadent, craignant que leurs employés ne deviennent des prédateurs informationnels. Goldman Sachs et Morgan Stanley ont dégaîné des politiques restrictives pour protéger leur réputation et prévenir les délits d'initié, alors que la majorité des entreprises navigue encore sans boussole dans ce nouveau territoire économique.

Une croissance explosive qui inquiète Wall Street

De 5 à 24 milliards de dollars en sept mois : le boom des marchés de prédiction

Les marchés de prédiction, où les participants parient sur l'issue d'événements réels, connaissent une expansion fulgurante. Selon le Pew Research Center, le volume combiné de Kalshi et Polymarket est passé de moins de 5 milliards de dollars en septembre 2025 à 24 milliards en avril 2026. Cette multiplication par cinq en sept mois témoigne d'un appétit grandissant des investisseurs pour ces instruments financiers atypiques.

Les plateformes permettent de spéculer sur des résultats d'élections, des décisions de politique monétaire, des indicateurs macroéconomiques ou même des événements géopolitiques. Contrairement aux paris sportifs traditionnels, ces marchés touchent directement des informations sensibles auxquelles certains professionnels ont accès dans le cadre de leur travail. L'engouement s'explique par la promesse de rendements rapides et la perception d'une meilleure maîtrise de l'information que sur les marchés boursiers classiques.

Les banques face à un dilemme : innovation ou sécurité ?

Wall Street observe cette montée en puissance avec une inquiétude croissante. Les établissements financiers doivent arbitrer entre l'innovation, qui pourrait enrichir leur offre de produits, et la sécurité réglementaire. Le risque principal ? Que leurs salariés, disposant d'informations privilégiées sur les marchés financiers, les taux d'intérêt ou les fusions-acquisitions, exploitent ces données pour gagner des sommes considérables sur les plateformes de prédiction.

Karen Woody, professeure de droit à l'Université Washington and Lee, résume parfaitement le défi : « Toutes ces différentes questions sur lesquelles vous pouvez parier rendent vraiment difficile de jouer au chat et à la souris en termes d'identification des personnes qui utilisent les informations qu'elles ont obtenues de manière confidentielle. » Cette déclaration, relayée par CNBC, illustre la complexité du contrôle dans un écosystème où les sujets de paris se multiplient quotidiennement.

Les restrictions de Goldman Sachs et Morgan Stanley : une réaction défensive

Quels marchés sont interdits aux salariés ?

En juillet 2025, Goldman Sachs a émis un mémorandum interne interdisant à ses employés de trader sur les contrats d'événements liés à la banque elle-même, aux élections, aux marchés financiers, aux données macroéconomiques et à la géopolitique. Seuls les paris sur les sports et le divertissement restent autorisés. Morgan Stanley a intégré des règles similaires dans son code de conduite, tandis que Bank of America prépare une mise à jour de ses politiques pour clarifier les activités interdites.

Ces restrictions visent à protéger l'intégrité des marchés et la réputation des institutions. Un trader ayant connaissance d'une prochaine annonce de la Réserve fédérale ou d'une opération de fusion pourrait réaliser des gains considérables en pariant sur l'événement avant qu'il ne devienne public. Goldman Sachs a clairement tracé la ligne rouge : tout ce qui touche à l'information financière sensible est désormais hors-limites pour ses 45 000 employés.

Les sanctions en cas de violation : du licenciement à la confiscation

Les violations répétées de la politique de Goldman Sachs peuvent entraîner une action disciplinaire incluant le licenciement et la confiscation des gains des transactions interdites. Cette approche musclée contraste avec celle de JPMorgan Chase, qui recommande simplement la prudence sans exiger de pré-approbation ni imposer d'interdiction explicite. La diversité des approches reflète l'absence de consensus sur la meilleure manière de gérer ce risque émergent.

Le cas de Michele Spagnuolo, ingénieur Google accusé en mai 2025 d'avoir réalisé 1,2 million de dollars de profits illicites sur Polymarket en utilisant des informations non publiques, a servi d'électrochoc. La CFTC et le Département de la Justice ont poursuivi cet employé, démontrant que les régulateurs prennent ces infractions au sérieux. Un soldat des forces spéciales américaines a également été épinglé pour avoir gagné 400 000 dollars en pariant sur la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro, information dont il disposait avant sa divulgation publique.

Le vide réglementaire : une menace économique persistante

Pourquoi la CFTC reste silencieuse sur les délits d'initié

La Commodity Futures Trading Commission dispose d'une « toile blanche » sur la manière de poursuivre les cas de délits d'initié sur les marchés de prédiction, selon les experts juridiques. Aucun précédent clair n'existe, ce qui laisse les entreprises dans l'incertitude quant aux attentes réglementaires. David Oliwenstein, associé chez Pillsbury, confirme recevoir « des questions constantes de clients, particulièrement parmi les entités réglementées, sur les attentes des régulateurs, les risques et les zones de responsabilité potentielle ».

Cette absence de cadre juridique explicite place les entreprises dans une position délicate. Elles doivent anticiper les standards futurs sans guidance officielle, au risque de se retrouver en infraction si la CFTC durcit soudainement sa doctrine. Le secteur financier, habitué à naviguer dans des environnements réglementaires complexes, prend les devants en adoptant des politiques restrictives préventives. Mais cette prudence n'est pas partagée par l'ensemble du monde économique.

L'effet domino : seulement 6% des entreprises ont adopté des politiques

Sur 50 entreprises contactées par CNBC, seules trois (6%) ont révélé disposer de politiques explicites sur les marchés de prédiction. Deux autres examinent activement la question, mais 72% n'ont tout simplement pas répondu aux demandes d'information. Ces chiffres révèlent un paysage fragmenté où la conformité dépend largement de l'initiative individuelle plutôt que de directives réglementaires uniformes.

Tiffany Magri, conseillère réglementaire chez Smarsh, une société de technologie de conformité, formule ainsi le problème : « La question n'est plus de savoir si les plateformes peuvent détecter les transactions suspectes. Il s'agit de savoir si les employeurs ont établi des attentes claires sur les moments où les employés doivent être interdits de participer à des marchés liés aux informations qu'ils rencontrent dans leur travail. » Cette observation souligne le transfert de responsabilité des plateformes vers les entreprises elles-mêmes.

Quel avenir pour l'économie des marchés de prédiction ?

Les gagnants et perdants de cette normalisation

Les restrictions bancaires pourraient paradoxalement renforcer la crédibilité des marchés de prédiction en réduisant les risques de manipulation. Kalshi et Polymarket ont déjà noué des partenariats avec StarCompliance, Chainalysis, Palantir et Solidus Labs pour surveiller les activités suspectes. Ces investissements dans l'intégrité du marché visent à rassurer les régulateurs et les investisseurs institutionnels.

Les perdants seront probablement les employés du secteur financier, privés d'une source potentielle de revenus complémentaires, et les plateformes qui verront une partie de leur liquidité s'évaporer. Les gagnants ? Les investisseurs particuliers qui opèrent sur un terrain de jeu plus équitable, les entreprises qui protègent leur réputation, et potentiellement les régulateurs qui verront moins de scandales éclater. L'économie de la spéculation se normalise, au prix d'une surveillance accrue et de restrictions ciblées.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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