SpaceX officialise son introduction en Bourse avec son dossier SEC rendu public mercredi 20 mai, visant une levée record de 80 milliards de dollars. Malgré un chiffre d’affaires de 18,7 milliards en 2025, l’entreprise d’Elon Musk affiche des pertes de 4,9 milliards, principalement dues à l’intégration de xAI.
SpaceX vise une IPO record de 80 milliards malgré des pertes massives

SpaceX s'apprête à révolutionner les marchés financiers avec l'IPO du siècle
SpaceX, la société spatiale emblématique d'Elon Musk, a franchi mercredi 20 mai une étape historique en déposant officiellement son dossier d'introduction en Bourse auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC). Cette démarche confirme l'une des IPO les plus attendues de la décennie, susceptible de pulvériser tous les records inscrits sur les marchés financiers. Toutefois, la société n'a pas encore dévoilé le montant précis que son fondateur entend lever.
L'ampleur de l'opération dépasse tout précédent : SpaceX pourrait mobiliser jusqu'à 80 milliards de dollars, éclipsant sans peine le record de Saudi Aramco, qui avait collecté 25,6 milliards de dollars en 2019. Une valorisation astronomique qui traduit l'appétit insatiable des investisseurs pour les technologies spatiales et l'intelligence artificielle.
Des résultats financiers contrastés révèlent une entreprise en pleine mutation
Les documents déposés mercredi dressent le portrait d'une entreprise aux multiples visages. En 2025, SpaceX a généré un chiffre d'affaires de 18,7 milliards de dollars, soit une progression de 33% par rapport à l'exercice précédent. Mais cette croissance spectaculaire s'accompagne d'une perte nette de 4,9 milliards de dollars, tranchant nettement avec le bénéfice de 791 millions enregistré en 2024.
Cette dégradation s'explique avant tout par l'acquisition de xAI en février dernier, la startup d'intelligence artificielle portée par Elon Musk. L'opération a profondément reconfiguré l'architecture économique de SpaceX, qui compte désormais quatre pôles distincts : le lancement spatial traditionnel, avec 4,1 milliards de revenus ; Starlink, le service d'accès à Internet par satellites, qui en génère 11,4 milliards ; la division intelligence artificielle via xAI, à hauteur de 3,2 milliards ; et enfin le réseau social X, anciennement Twitter.
Starlink propulse la croissance tandis que l'IA génère des pertes massives
L'analyse par segment révèle des trajectoires profondément divergentes au sein du conglomérat. Starlink demeure sans conteste le joyau de l'ensemble, affichant une croissance de près de 50% en 2025 et confirmant la pertinence stratégique du déploiement massif de satellites en orbite basse. Cette constellation, désormais la plus vaste de l'histoire, tire ses revenus d'abonnements Internet en plein essor à l'échelle mondiale.
À l'opposé, la division intelligence artificielle grève lourdement les comptes, avec des pertes d'exploitation dépassant les 6 milliards de dollars. Ces investissements colossaux visent à combler le retard accumulé face aux leaders du secteur — OpenAI, Anthropic — dans une course technologique où chaque trimestre peut faire basculer les équilibres. À ce sujet, on se souviendra qu'Elon Musk a récemment été débouté dans son procès contre OpenAI, un feuilleton judiciaire qui illustre la rivalité acharnée que se livrent les poids lourds de l'IA.
« L'idée, c'est de croire en l'avenir et de penser qu'il sera meilleur que le passé », écrit Elon Musk dans les documents officiels, avant d'ajouter : « Je ne peux rien imaginer de plus excitant que d'aller dans l'espace et d'être parmi les étoiles ».
Une structure capitalistique préservant le contrôle d'Elon Musk
L'architecture actionnariale de SpaceX après l'IPO présente une singularité remarquable. En dépit de la dilution inhérente à toute introduction en Bourse, Elon Musk conservera 79% des droits de vote grâce à un système d'actions à droits multiples — une structure duale déjà éprouvée par Google ou Meta, qui permet au fondateur de garder la main sur les grandes orientations stratégiques.
Concrètement, Musk détiendra la quasi-totalité des actions de classe B, chacune conférant dix fois plus de droits de vote que les titres ordinaires de classe A proposés au public. Cette configuration lui garantit une influence déterminante sur les décisions majeures, jusqu'à l'élection du conseil d'administration.
Ce dispositif lui permettra de conserver environ 42% du capital, contre 51% actuellement, sans jamais céder le contrôle opérationnel. Sa participation, valorisée à plus de 635 milliards de dollars sur la base de l'évaluation actuelle, pourrait atteindre des sommets encore inédits.
Des ambitions spatiales et terrestres aux horizons vertigineux
Au-delà des enjeux financiers immédiats, cette IPO s'inscrit dans une vision futuriste d'une ampleur rarissime. SpaceX évalue son marché total adressable à 28.500 milliards de dollars — un montant comparable au PIB américain. Cette projection repose très largement sur les services d'intelligence artificielle, qui représentent à eux seuls 26 500 milliards sur les 28 500 annoncés. Pour mémoire, des opérations comme l'IPO à 95 milliards de Cerebras, spécialiste des puces dédiées à l'IA, illustrent à quel point les marchés restent avides de valeurs technologiques de rupture.
Les plans de rémunération d'Elon Musk illustrent quant à eux l'ambition démesurée qui sous-tend l'ensemble : deux programmes pourraient accroître sa fortune de plus de 130 milliards de dollars, conditionnés notamment à l'établissement d'une colonie martienne d'au moins un million d'habitants. Une condition aussi audacieuse qu'emblématique de la portée révolutionnaire des objectifs fixés.
« SpaceX propose des services de calcul IA à grande échelle », précisait Musk sur X mercredi, avant de détailler : « À terme, notamment avec les centres de données orbitaux, nous prévoyons de servir l'IA à une échelle extrême ». Cette stratégie de centres de données spatiaux représente une innovation majeure dans l'industrie technologique mondiale.
Un calendrier d'introduction accéléré pour juin 2026
Le calendrier retenu s'annonce particulièrement serré. SpaceX prévoit d'entamer sa tournée de présentation aux investisseurs autour du 4 juin 2026, pour une cotation effective vers le 12 juin sur le Nasdaq, sous le symbole SPCX. Goldman Sachs pilote ce consortium d'introduction aux côtés de Morgan Stanley, Bank of America, Citigroup et JPMorgan.
Cette rapidité d'exécution traduit l'urgence stratégique perçue par l'équipe dirigeante. Dans un environnement technologique en recomposition permanente, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle, chaque mois gagné compte pour sécuriser les financements indispensables aux investissements massifs à venir.
L'analyste Dan Ives, de Wedbush, qualifie cette introduction de « tournant majeur pour le secteur spatial et technologique », soulignant l'effet d'entraînement attendu sur l'ensemble de l'écosystème. Pour les salariés et anciens collaborateurs détenteurs d'actions, cette cotation représente une fenêtre de liquidité exceptionnelle, après plus de deux décennies d'expansion dans le capital privé.
Cette IPO historique consacre l'entrée définitive de l'espace dans l'ère de la finance grand public, ouvrant potentiellement la voie à une démocratisation des investissements dans les technologies spatiales. Il reste désormais à savoir si les marchés partageront l'optimisme débordant d'Elon Musk quant à l'avenir interplanétaire de l'humanité.
