Paiements : le Royaume-Uni veut s’éloigner de Visa et Mastercard

Le Royaume-Uni veut reprendre la main sur le paiement. Face à la domination écrasante de Visa et Mastercard, les grandes banques britanniques planchent sur un système national alternatif. Derrière ce projet, une crainte géopolitique, une question de souveraineté financière et, surtout, la volonté de sécuriser l’infrastructure de paiement d’un pays où la carte règne en maître. Un chantier stratégique qui rappelle la situation française et l’histoire de la Carte Bleue.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 17 février 2026 7h56
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10%Les paiements en espèces représentent désormais moins de 10 % des transactions au Royaume-Uni

Le 16 février 2026, à Londres, les principaux dirigeants bancaires du Royaume-Uni se sont réunis pour avancer sur un projet inédit : créer un système de paiement national capable de concurrencer Visa et Mastercard. Selon The Guardian, cette initiative vise à réduire une dépendance devenue critique, puisque « 95 % des transactions par carte au Royaume-Uni passent par Visa ou Mastercard », d’après un rapport du régulateur britannique. Autrement dit, l’essentiel du paiement par carte repose sur deux acteurs américains.

Un système de paiement souverain pour réduire la dépendance envers Visa et Mastercard

Ce projet, baptisé « DeliveryCo », doit être financé par les banques elles-mêmes, avec un soutien politique. Un dirigeant impliqué dans l’initiative a rappelé l’importance du projet, selon The Guardian : « Si Mastercard et Visa étaient désactivés, cela nous ramènerait aux années 1950… Bien sûr, nous avons besoin d’un système de paiement souverain. »

La crainte n’est pas théorique. Les sanctions internationales ont déjà conduit à la suspension de réseaux de paiement dans certains pays, notamment la Russie. Dès lors, le Royaume-Uni veut anticiper un scénario extrême où son infrastructure de paiement serait fragilisée par une augmentation des tensions avec les Etats-Unis.

La dépendance est d’autant plus sensible que les espèces ont quasiment disparu du quotidien britannique. Selon Reuters, les paiements en espèces représentent désormais moins de 10 % des transactions. Près des deux tiers des paiements électroniques passent par des cartes de débit ou de crédit. Ainsi, la résilience du système de paiement devient une question de sécurité économique nationale. Dans ce contexte, créer une alternative locale n’est plus seulement une option industrielle, mais un choix stratégique.

La Banque d’Angleterre pousse un paiement direct compte à compte

En parallèle, la Bank of England prépare le terrain réglementaire. Le 2 février 2026, Reuters révélait que l’institution allait lancer une consultation publique sur des alternatives aux cartes. L’objectif est clair : développer des solutions de paiement permettant des règlements directement depuis les comptes bancaires, sans passer systématiquement par Visa ou Mastercard. Sarah Breeden, vice-gouverneure de la banque centrale, a expliqué vouloir « faciliter les paiements en magasin ou en ligne directement depuis les comptes bancaires, en complément des réseaux de cartes ».

Cette orientation s’inscrit dans une logique de concurrence accrue. En effet, la banque centrale estime qu’un nouveau système de paiement pourrait réduire les coûts pour les commerçants, notamment les plus petits. De surcroît, elle considère qu’un écosystème moins concentré renforcerait la robustesse du marché. The Guardian rapporte ainsi que la Banque d’Angleterre voit dans cette évolution un moyen d’améliorer la « résilience » du paysage des paiements britanniques. En d’autres termes, il s’agit d’éviter qu’un incident technique, juridique ou géopolitique n’interrompe brutalement les flux de paiement.

Toutefois, bâtir un système de paiement national ne se fait pas en un jour. Selon The Guardian, l’objectif serait d’aboutir à un dispositif opérationnel autour de 2030. Cela implique des investissements lourds, une interopérabilité avec les banques et, surtout, une adoption massive par les consommateurs. Or, l’habitude de payer avec une carte Visa ou Mastercard est profondément ancrée au Royaume-Uni. Dès lors, le succès dépendra autant de la technologie que de la confiance du public.

Paiement souverain : la France était en avance avec Carte Bleue

Si le Royaume-Uni avance vers un système de paiement souverain, la France dispose déjà d’un précédent historique avec la Carte Bleue. Longtemps, la Carte Bleue a constitué un réseau national structurant, avant d’être progressivement adossée à Visa pour l’international. Ainsi, le modèle français combine un socle domestique et une interconnexion mondiale. En comparaison, le Royaume-Uni ne dispose pas d’un équivalent purement national de grande ampleur. C’est précisément ce vide que le projet DeliveryCo entend combler.

Concrètement, un système de paiement britannique indépendant pourrait modifier l’équilibre économique. D’une part, les banques réduiraient leur exposition aux commissions fixées par Visa et Mastercard. D’autre part, elles récupéreraient une partie de la gouvernance technologique. Cependant, un tel changement suppose une masse critique. Or, avec 95 % des transactions par carte actuellement traitées par les deux géants américains, la bascule serait progressive.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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