Négociations commerciales : entre gouvernement et distributeurs, la guerre est déclarée

Un nouvel épisode de crise s’est ouvert ce lundi 16 février 2026 dans les négociations commerciales qui rythment chaque année les relations entre grande distribution et fournisseurs : la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a fait savoir qu’elle allait boycotter les prochaines réunions du comité de suivi des négociations commerciales, une instance centrale de ce cycle de discussions, après une montée des tensions avec la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 17 février 2026 8h14
Négociations commerciales : entre gouvernement et distributeurs, la guerre est déclarée
@shutter - © Economie Matin
33.537.615 eurosLa centrale d’achat européenne Eurelec s'est vu infliger une amende de 33.537.615 euros.

Négociations commerciales : une rupture du dialogue sur fond d’accusations

Selon un courrier de la FCD adressé à Annie Genevard, les distributeurs jugent que les dernières déclarations de la ministre « rompent avec la méthode de travail fondée sur la confiance et le respect mutuel ». Ils estiment que ses propos dans la presse ont été « réducteurs et caricaturaux » et ne permettent plus « un échange respectueux et impartial », conditions qu’ils jugent désormais « non réunies ».

Dans ce courrier, la FCD – qui regroupe notamment les principales enseignes comme Leclerc, Carrefour, Intermarché, U et Auchan – annonce qu’elle ne participera plus aux prochains comités de suivi des négociations commerciales, y compris à celui prévu ce 17 février 2026 à Bercy en présence de la ministre. Pour les distributeurs, ce boycott est une réponse directe aux attaques politiques portées récemment à leur encontre par la ministre Annie Genevard, laquelle a accusé la grande distribution d’exercer un « chantage mortifère » sur les industriels de l’agroalimentaire pour obtenir des baisses de tarifs lors des discussions.

Pour Annie Genevard, la grande distribution ne joue pas le jeu

La décision de la FCD intervient alors que les négociations commerciales, traditionnellement conduites entre le 1ᵉʳ décembre et le 1ᵉʳ mars, entrent dans leur phase finale. Ces discussions encadrent chaque année les relations entre grandes surfaces et fournisseurs pour déterminer les prix d’achat des produits non issus des marques propres, et par ricochet les prix en rayon.

Selon la FCD, les critiques adressées par Annie Genevard à l’encontre des distributeurs fragilisent le climat de négociation et ne reflètent pas les efforts consentis jusqu’ici dans le cadre d’une charte de bonne conduite signée fin novembre 2025 par les acteurs de la filière.

De son côté, la ministre critique ouvertement certaines pratiques des grandes enseignes. Dans un entretien au Parisien, elle avait affirmé que « les exigences de la grande distribution, en termes de tarifs, sont incompatibles avec les demandes des industriels » et que certaines enseignes « menacent de déréférencer certaines marques faute d’accord », un comportement qu’elle a qualifié de chantage destructeur pour l’ensemble de la filière.

Un contexte de tensions croissantes

Ce boycott survient dans un contexte où les relations entre distributeurs et industriels sont particulièrement tendues chaque année, souvent avec des accusations réciproques de pression excessive ou de pratiques non équilibrées. Les négociations commerciales sont au cœur de ces tensions, opposant d’un côté la grande distribution à la recherche de prix attractifs pour les consommateurs et de l’autre les industriels, qui réclament une couverture des coûts de production et une marge suffisante pour investir.

Par ailleurs, des sanctions récentes alimentent le débat : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a infligé une amende de plus de 33 millions d’euros à la centrale d’achat européenne d’E.Leclerc, Eurelec, pour non-respect de la date limite de signature de contrats dans le cadre des négociations commerciales de 2025.

L’ensemble de ces éléments montre qu’au-delà du boycott, les négociations commerciales se déroulent aujourd’hui dans un climat extrêmement tendu et fragilisé, avec des acteurs de la grande distribution et des industriels qui peinent à trouver un terrain d’entente. Si ces tensions persistent, elles pourraient avoir des conséquences sur la fixation des conditions commerciales pour les mois à venir, et potentiellement sur les prix aux consommateurs au sortir de ce cycle de négociations commerciales 2025-2026.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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