Banques : pourquoi les prêts à la défense explosent depuis la guerre en Ukraine

Les banques françaises ont profondément modifié leur approche du financement de la défense. Depuis la guerre en Ukraine, les prêts accordés aux entreprises du secteur se sont accélérés, atteignant des montants inédits. Derrière ces chiffres, un enjeu stratégique, industriel et économique majeur.

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By Adélaïde Motte Published on 27 janvier 2026 11h15
Banques Pourquoi Les Prets A La Defense Explosent Depuis La Guerre En Ukraine
Banques : pourquoi les prêts à la défense explosent depuis la guerre en Ukraine - © Economie Matin

Le tournant est net et daté. Depuis 2022, et plus encore en 2024 et 2025, les banques françaises ont intensifié leurs prêts aux entreprises de défense, dans un contexte international profondément bouleversé par la guerre en Ukraine. Cette évolution marque une rupture avec des années de prudence financière et de contraintes extra-financières pesant sur le secteur.

Un changement d’échelle depuis la guerre en Ukraine

Les banques françaises n’ont pas toujours assumé un rôle central dans le financement de la défense. Pendant longtemps, le secteur souffrait d’une image sensible, parfois assimilée à tort à des activités incompatibles avec certains critères environnementaux ou de gouvernance. Toutefois, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le regard a changé. Progressivement, mais sûrement, les établissements bancaires ont revu leurs grilles d’analyse et leurs priorités de financement.

Selon la Fédération bancaire française, les six principales banques françaises soutiennent désormais la base industrielle et technologique de défense à hauteur d’environ 37 milliards d’euros. Ce chiffre agrège prêts directs, lignes de crédit et financements structurés, accordés aussi bien aux grands groupes qu’aux sous-traitants. Cette montée en puissance traduit une prise de conscience : la défense n’est plus seulement un sujet régalien, mais un pilier économique et industriel.

Ce mouvement s’est accéléré dans un contexte de tensions géopolitiques durables. La guerre en Ukraine a mis en lumière les fragilités européennes en matière de stocks, de capacités industrielles et de souveraineté technologique. Dès lors, les banques ont été incitées à jouer un rôle actif, en accompagnant l’effort de production, de modernisation et d’innovation des entreprises du secteur.

Pourquoi les banques prêtent davantage aux entreprises de défense

Ce changement d’attitude des banques ne relève pas d’un simple effet d’opportunité. Il s’inscrit dans une logique économique structurée. D’une part, la visibilité des carnets de commandes des industriels de défense s’est fortement améliorée. Les budgets militaires augmentent en Europe, les commandes s’étalent sur plusieurs années, et les flux financiers deviennent plus prévisibles.

D’autre part, les autorités publiques ont clarifié leur position. La Fédération bancaire française rappelle que les établissements européens « réaffirment leur engagement à financer le secteur de la défense, notamment en soutenant le développement de la base industrielle et technologique de défense, pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Union ». Cette reconnaissance officielle a levé une partie des freins internes aux banques, notamment sur le plan de la conformité et de la réputation.

Concrètement, les prêts servent à financer l’augmentation des capacités de production, la modernisation des chaînes industrielles, la sécurisation des approvisionnements et le recrutement. Ils permettent aussi d’absorber les délais parfois longs entre les investissements initiaux et les paiements publics. Pour les banques, ces prêts reposent sur des contreparties solides, souvent adossées à des contrats étatiques de long terme.

Des prêts structurants pour l’économie et l’industrie françaises

L’implication des banques françaises se traduit par des opérations très concrètes. La Banque européenne d’investissement a ainsi accordé un prêt de 300 millions d’euros au groupe BPCE, destiné à améliorer l’accès au financement des PME françaises actives dans la défense, la cybersécurité et les technologies de résilience. Selon la Banque européenne d’investissement, cette enveloppe vise à soutenir l’innovation et la montée en puissance industrielle des acteurs les plus exposés aux besoins actuels.

Parallèlement, BPCE a marqué les esprits en émettant une obligation dédiée au secteur de la défense de 750 millions d’euros, la première de ce type en Europe. L’opération a suscité une demande supérieure à 2,8 milliards d’euros, illustrant l’intérêt croissant des investisseurs pour ce segment stratégique. Selon le groupe BPCE, cette émission « atteste de l’intérêt des investisseurs pour ce segment stratégique et soutient directement la capacité industrielle européenne ».

Ces financements ont un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. Ils irriguent un tissu dense de PME, souvent implantées en régions, et soutiennent des milliers d’emplois qualifiés. Pour les banques, il s’agit aussi de s’inscrire dans une logique de long terme, en accompagnant des entreprises dont l’activité est désormais considérée comme essentielle à la souveraineté nationale et européenne.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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