Réseaux sociaux : les parents peuvent-ils enfin souffler ?

L’Assemblée nationale a adopté, lundi 26 janvier, l’article central d’un texte visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Présentée comme une mesure de protection de la santé mentale des enfants et des adolescents, cette décision répond à une inquiétude largement partagée par les parents, confrontés à une exposition de plus en plus précoce et intense de leurs enfants aux plateformes numériques.

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By Aurélie Giraud Published on 27 janvier 2026 10h39
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Parents et enfants face aux réseaux sociaux : un enjeu devenu central dans le quotidien des familles françaises. - © Economie Matin
15 ANSÂge minimum retenu par le législateur français pour autoriser l’accès aux réseaux sociaux.

Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la vie des plus jeunes, bien avant l’adolescence. Smartphones dans les poches, notifications permanentes, contenus difficiles à contrôler : pour de nombreux parents, la question n’est plus de savoir s’il faut encadrer ces usages, mais comment le faire efficacement. Le vote intervenu à l’Assemblée nationale marque une rupture : pour la première fois, le législateur pose clairement un interdit, en considérant qu’avant 15 ans, l’exposition aux réseaux sociaux constitue un risque avéré pour le développement des enfants.

Réseaux sociaux : une réponse politique à une inquiétude parentale massive

Le texte adopté par les députés s’attaque frontalement à un sujet devenu central dans de nombreuses familles. L’Assemblée nationale a validé « l’article phare d’un texte interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans », après des débats nourris sur la responsabilité des plateformes et la protection des mineurs. L’objectif affiché est clair : limiter l’accès des enfants à des environnements numériques conçus pour capter l’attention et favoriser l’engagement, sans distinction d’âge.

Pour les parents, cette initiative répond à une réalité quotidienne. Troubles du sommeil, anxiété, dépendance aux écrans, pression sociale liée à l’image et à la comparaison permanente : les effets négatifs des réseaux sociaux chez les plus jeunes sont désormais largement documentés. Le Figaro évoque un texte qualifié de « pionnier », qui vise explicitement à protéger les mineurs face à des usages jugés de plus en plus préoccupants.

Les débats parlementaires ont mis en lumière un consensus rare sur le constat, même si les modalités pratiques restent discutées. L’interdiction concernerait les principales plateformes de réseaux sociaux, avec une obligation renforcée de vérification de l’âge des utilisateurs, sous peine de sanctions pour les opérateurs.

Pourquoi 15 ans ? Une ligne de protection, mais un compromis

Le choix de fixer l’âge minimum à 15 ans n’est pas anodin. Il correspond à un moment charnière du parcours scolaire — le passage du collège au lycée — et social, souvent associé à une plus grande autonomie. Toutefois, ce seuil n’a rien d’évident. L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été approuvée par les députés après de longs échanges sur la maturité réelle des adolescents face aux mécanismes numériques.

Le seuil de 15 ans, retenu par les députés, apparaît comme un compromis, alors que plusieurs spécialistes du développement adolescent estiment que les mécanismes cognitifs liés au contrôle des émotions et à la prise de décision continuent de se structurer bien au-delà, ce qui a conduit certains pays à prolonger l’interdiction jusqu’à 16 ans.

Cette distinction est essentielle pour les parents. Entre un enfant de 12 ou 13 ans et un adolescent de 15 ou 16 ans, les différences de maturité émotionnelle, de capacité de recul et de résistance à la pression sociale sont souvent considérables. C’est précisément cette période de fragilité que le législateur cherche à cibler, en considérant qu’avant 15 ans, l’exposition aux réseaux sociaux relève davantage du risque que de l’apprentissage.

Une application progressive dès la rentrée scolaire 2026

Si le texte est définitivement adopté après son passage au Sénat, l’interdiction entrerait progressivement en application à partir de la rentrée scolaire 2026. Selon Franceinfo, les plateformes seraient tenues de mettre en place des dispositifs efficaces de vérification de l’âge, afin d’empêcher la création ou l’utilisation de comptes par des mineurs de moins de 15 ans.

Pour les parents, l’enjeu est majeur. Jusqu’à présent, la régulation reposait largement sur la vigilance familiale et sur des outils de contrôle parental souvent contournables. La loi viendrait déplacer la responsabilité vers les plateformes elles-mêmes, en instaurant un cadre légal clair. Cela ne supprimera pas tous les usages numériques, mais cela pourrait réduire l’exposition précoce et soulager une partie de la charge qui pèse aujourd’hui sur les familles.

Dans les débats, plusieurs élus ont insisté sur le fait que cette interdiction ne se substitue pas à l’éducation numérique. Elle vise plutôt à créer un temps de latence, laissant aux enfants la possibilité de se construire hors de la pression constante des réseaux, et aux parents celle d’accompagner progressivement l’entrée dans ces usages.

Un débat qui dépasse les frontières françaises

La France n’est pas seule à s’interroger sur l’âge d’accès aux réseaux sociaux. D’autres pays ont engagé des démarches similaires, parfois plus strictes. L’exemple australien est régulièrement cité dans les discussions parlementaires : Canberra a fait le choix d’une interdiction avant 16 ans, estimant que ce seuil offrait une protection plus cohérente avec les connaissances actuelles sur le développement du cerveau adolescent.

Ces comparaisons internationales nourrissent le débat français, sans pour autant clore la discussion. Le texte adopté par l’Assemblée nationale marque une première étape, susceptible d’évoluer à la lumière des retours d’expérience et des avancées scientifiques. Pour de nombreux parents, il s’agit déjà d’un signal fort : celui d’une reconnaissance politique des difficultés rencontrées au quotidien face à l’omniprésence des réseaux sociaux.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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