Quand la sécurité des batteries électriques devient un critère imposé par l’État, la logique industrielle bascule. En Chine, une nouvelle norme redessine les contours d’un marché stratégique. Certains fabricants, comme CATL, s’y conforment déjà.
Batteries électriques : la Chine ne veut plus qu’elles explosent, CATL s’exécute

Le 28 mars 2025, les autorités chinoises ont officiellement publié la norme GB 38031-2025, intitulée « Exigences de sécurité pour les batteries d’alimentation des véhicules électriques ». Ce texte législatif, dont l’entrée en vigueur est fixée au 1ᵉʳ juillet 2026, impose des critères de sécurité sans précédent : aucune batterie ne devra prendre feu ni exploser, même en cas de défaillance interne grave. L’emballement thermique, point critique des systèmes lithium-ion, est désormais considéré comme un scénario à neutraliser totalement, et non plus à atténuer.
Les batteries devront faire la preuve de leur résistance via des tests rigoureux. Parmi eux : un impact mécanique par le dessous destiné à éprouver leur robustesse, une surcharge après 300 cycles de recharge rapide suivie d’un court-circuit externe simulé. Si, à l’issue de ces tests, la batterie produit une flamme, une explosion ou une chaleur non maîtrisée, elle sera disqualifiée pour la vente en Chine. Contrairement aux réglementations antérieures, qui acceptaient l’émission d’une alerte avant un potentiel incident, cette nouvelle norme exige l’absence pure et simple de tout phénomène thermique incontrôlé.
Ce durcissement marque un tournant réglementaire. Il positionne la Chine non plus comme suiveuse des normes européennes ou nord-américaines, mais comme prescriptrice de standards internationaux dans un domaine stratégique. En fixant une ligne rouge claire, l’État chinois place la barre au niveau de ses ambitions : faire du véhicule électrique un secteur irréprochable en matière de sécurité.
CATL anticipe la norme et fait certifier sa batterie Qilin
Quelques jours après la publication de la norme, le fabricant chinois Contemporary Amperex Technology Limited (CATL) a annoncé que sa batterie Qilin est la première au monde à répondre à l’intégralité des critères imposés. Le 29 avril 2025, l’entreprise a reçu une certification officielle délivrée par le China Automotive Technology and Research Center (CATARC), organisme indépendant également responsable des protocoles de crash-tests C-NCAP.
Le modèle Qilin, lancé en 2022, repose sur la technologie Cell-to-Pack (CTP) de troisième génération. Cette approche supprime les modules intermédiaires, intégrant les cellules directement dans le pack, ce qui augmente l'efficacité d’utilisation du volume à 72 %. À cela s’ajoute une densité énergétique annoncée à 255 Wh/kg, ce qui permet d’atteindre, selon CATL, une autonomie de 1 000 kilomètres (cycle CLTC) pour les véhicules qui l’adoptent.
Mais c’est surtout son comportement thermique qui est au cœur de l’innovation. La batterie Qilin intègre une structure multicouche avec un croisillon interne, une plaque de refroidissement liquide et un coussin thermique. Le système de refroidissement a été entièrement redéveloppé pour maximiser la dissipation. Selon les informations techniques publiées, cette architecture permettrait de quadrupler la surface de transfert thermique. Résultat : la batterie maintient une température stable même en situation de surcharge ou de court-circuit simulé. Elle a résisté à tous les tests définis dans la norme GB 38031-2025 sans émission de flamme ni surchauffe dangereuse.
La recharge est elle aussi optimisée. CATL affirme que la batterie peut passer de 10 % à 80 % en seulement 10 minutes. Une performance qui s’appuie sur une capacité de charge à 5C, avec des perspectives de montée à 6C pour les générations futures.
Des implications industrielles majeures pour l’Europe et les autres marchés
En anticipant l’entrée en vigueur d’une norme aussi stricte, CATL prend une longueur d’avance sur ses concurrents mondiaux. L’entreprise équipe déjà plus de 18 millions de véhicules électriques à travers le monde, et son portefeuille de clients inclut des marques telles que Zeekr, Volvo, Lotus, AvatR, Mercedes et Stellantis. Plusieurs de ces constructeurs européens devraient bénéficier directement des avancées technologiques réalisées pour répondre aux exigences chinoises.
Au-delà de la seule conformité technique, l’enjeu est stratégique. La Chine, premier marché mondial du véhicule électrique, impose désormais une norme de sécurité susceptible de devenir une référence mondiale. De facto, les fournisseurs qui réussiront à s’y adapter pourraient dominer l’approvisionnement mondial, notamment si l’Union européenne ou les États-Unis choisissent d’intégrer ces exigences dans leurs propres règlements.
Il faut aussi noter que, bien que les incendies de voitures électriques soient statistiquement moins nombreux que ceux touchant les véhicules thermiques, leur impact médiatique est disproportionné. La visibilité d’un incendie de Tesla ou de tout autre modèle alimenté par batterie a des répercussions immédiates sur l’opinion publique. Réduire ce risque à zéro devient donc un argument marketing, mais aussi un facteur de confiance pour le développement du marché.
Enfin, dans un contexte géopolitique où la souveraineté industrielle et la maîtrise technologique sont devenues des priorités stratégiques, le fait qu’un acteur chinois parvienne à imposer ses propres normes, validées par des tests et institutions locales, illustre une inversion des rapports de force. Le standard GB 38031-2025, aujourd’hui chinois, pourrait bien devenir demain une exigence mondiale.
