Crash en Inde : turbulence pour le ciel de Boeing

Le crash d’un Boeing 787 Dreamliner d’Air India, survenu le 12 juin dans le nord-ouest du pays, endeuille une nation entière, fragilise une compagnie en pleine expansion et secoue un secteur aérien national en forte croissance. Alors que les causes du drame restent inconnues, l’incident soulève des questions sur la sécurité des avions construits par Boeing et sur les conséquences qu’il pourrait avoir sur le développement fulgurant du transport aérien en Inde.

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By Rédacteur Published on 14 juillet 2025 9h30
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Crash en Inde : turbulence pour le ciel de Boeing - © Economie Matin
1,5%Le secteur de l'aviation en Inde pèse déjà 1,5 % du PIB national

Un accident dans un ciel en pleine ascension

Le vol 171 d’Air India, qui devait relier Ahmedabad à Londres-Gatwick, s’est écrasé peu après son décollage, avec 242 personnes à bord, le 12 juin 2025. L’avion impliqué, un Boeing 787 Dreamliner, faisait partie des 34 appareils de ce type exploités par la compagnie. Propriété du groupe Tata depuis 2022, Air India avait lancé un vaste plan de modernisation avec 570 avions neufs commandés en deux ans, dont de nombreux modèles long-courriers.

Ce drame survient alors que l’entreprise menait une transformation ambitieuse : Air India indiquait ainsi avoir lancé, en septembre 2024, « un programme de rénovation de 67 avions anciens pour 400 millions de dollars ». À raison de plus de 5 000 vols hebdomadaires desservant 92 destinations, la compagnie était l’un des symboles du décollage du marché du transport aérien indien.

Boeing sous pression, encore une fois

Si ce crash constitue une première pour le Boeing 787, il n’est pas isolé dans le contexte des difficultés rencontrées par le constructeur américain. Après les accidents tragiques de deux 737 MAX en 2018 et 2019, Boeing subit un nouveau revers.

« C’est l’avion vedette, le Dreamliner. Donc, si vraiment il s’avère qu’il y a un défaut de conception ou de fabrication, Boeing va le payer très cher », alerte Gérard Feldzer, consultant en aéronautique. En 2021, des problèmes de fuselage avaient déjà entraîné une suspension de la production du 787 pendant deux ans.

Les marchés n’ont pas tardé à réagir au drame : l’action Boeing a chuté de plus de 4 % à Wall Street après l’annonce du crash, et celle de GE Aerospace, fournisseur des moteurs, de plus de 2 %. Alors que l’analyse des boîtes noires est en cours, l’inquiétude monte parmi les compagnies aériennes qui misent encore massivement sur ce modèle. « Il faut savoir vite pourquoi [le crash a eu lieu], parce que s’il y a un défaut qu’on découvre quinze ans après la mise en ligne de cet avion, il faut prévenir toutes les compagnies », avertit Gérard Feldzer.

Un modèle de croissance mis à l’épreuve

Le drame met un coup d’arrêt brutal à l’enthousiasme autour du transport aérien en Inde. Avec près de 185 millions de passagers transportés en 2024 et une croissance attendue de plus de 6,5 % par an sur vingt ans — soit le double de la moyenne mondiale — l’Inde s’impose comme le troisième marché aérien mondial, derrière les États-Unis et la Chine. Le secteur pèse déjà 1,5 % du PIB national et emploie près de 8 millions de personnes. Pour accompagner cette dynamique, le pays a doublé son nombre d’aéroports depuis 2014, passant de 74 à 157, et vise les 400 en 2047.

Mais cette expansion rapide se heurte à des tensions : pénurie de pilotes, de mécaniciens, de contrôleurs aériens… et maintenant, une question pressante de sécurité. Alors que l’Inde rêvait de devenir un géant du transport aérien, l’accident du 787 pourrait marquer un point de bascule pour une industrie désormais sous haute surveillance.

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