Le gouvernement Lecornu a présenté ce jeudi son projet de budget 2027, avec un effort affiché de 54 milliards d'euros. Problème : à y regarder de près, cet "effort collectif" ressemble à une addition déguisée plutôt qu'à une cure d'amaigrissement de l'État. Pendant ce temps, l'Allemagne choisit la voie opposée et baisse ses impôts sur les entreprises.
5 %
Le déficit public visé par le budget 2027 — soit encore cinq points de PIB dans le rouge, malgré 54 milliards d'euros d'effort annoncé.
Le grand bluff des 54 milliards
Soyons clairs, d'emblée : quand le gouvernement annonce 54 milliards d'euros d'effort budgétaire, il faut décrypter ce que cela veut vraiment dire. Sur cette somme, une part significative repose sur des hausses d'impôts et de taxes, des gels de prestations, et des ponctions supplémentaires sur les entreprises. Ce n'est pas de la rigueur, c'est de la redistribution de la douleur. La dépense publique, elle, ne recule pas fondamentalement. Elle continue de croître, simplement moins vite qu'avant. En France, depuis des décennies, "faire des économies" signifie augmenter moins. C'est un tour de passe-passe comptable que tout chef d'entreprise finirait par vouloir tenter avec ses créanciers.
Force est de constater que l'objectif affiché — ramener le déficit à 5 % du PIB — est lui-même un aveu d'échec. Nous sommes en 2026, et la France vise encore un déficit à cinq points de PIB pour l'année suivante. L'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas affichent des comptes publics à l'équilibre ou presque. Nous, nous nous congratulons de passer de 6 % à 5 %. C'est comme se féliciter d'avoir perdu un kilo après avoir pris vingt kilos.
Entreprises : payez, et taisez-vous
Ce qui me révolte davantage encore, c'est la direction choisie pour financer cet effort. Pendant que le gouvernement français cherche de nouvelles taxes sur les entreprises — et que le patronat hurle à juste titre à "l'inacceptable" —, l'Allemagne annonce, elle, une baisse de sa fiscalité sur les sociétés pour regagner en compétitivité. Même dynamique aux Pays-Bas. Même logique en Suisse, dont la banque centrale maintient des taux à zéro en affichant une inflation au plancher. Pendant que nos voisins font le pari de la croissance par la compétitivité, nous faisons le pari du matraquage fiscal.
Je pense sincèrement qu'un dirigeant d'entreprise française qui lit les nouvelles ce matin doit se poser une question simple : pourquoi rester ? Pourquoi investir ici plutôt que de l'autre côté du Rhin, ou de déplacer ses effectifs dans un pays qui considère les entrepreneurs comme une chance plutôt que comme une variable d'ajustement budgétaire ? Cette question n'est pas rhétorique. Elle est existentielle pour notre tissu économique.
Le renoncement comme méthode de gouvernement
Et puis il y a ce détail révélateur, presque anecdotal, mais tellement symbolique : le gouvernement a renoncé en quelques heures à faire payer des frais d'inscription en BTS et en classes préparatoires aux étudiants non boursiers. Annoncée le matin, retirée le soir. Sous la pression de lycéens mobilisés. Je ne débats pas ici du fond de la mesure — mais de la méthode. Quand un gouvernement capitule en quelques heures sur une mesure budgétaire sous pression de la rue, quel signal envoie-t-il aux marchés, aux agences de notation, aux investisseurs étrangers ? Celui d'un État qui ne tient pas le cap.
La France est, comme l'écrit Le Monde, "en voie d'italianisation avancée". Je souscris à ce diagnostic. La différence avec l'Italie, c'est que nous avions encore une marge de manœuvre pour éviter ce destin. Elle rétrécit à vue d'œil. Le prochain gouvernement — quel qu'il soit, issu de quelle primaire que ce soit — devra choisir : réformer vraiment, ou continuer à gérer le déclin. Le temps des demi-mesures est révolu.

