Budget 2027 : 54 milliards d’efforts, zéro réforme de structure

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
Budget 2027 : 54 milliards d'efforts, zéro réforme de structure
Budget 2027 : 54 milliards d'efforts, zéro réforme de structure - © Economie Matin

Le gouvernement Lecornu a présenté ce jeudi son projet de budget 2027, avec un effort affiché de 54 milliards d'euros. Problème : à y regarder de près, cet "effort collectif" ressemble à une addition déguisée plutôt qu'à une cure d'amaigrissement de l'État. Pendant ce temps, l'Allemagne choisit la voie opposée et baisse ses impôts sur les entreprises.

5 %

Le déficit public visé par le budget 2027 — soit encore cinq points de PIB dans le rouge, malgré 54 milliards d'euros d'effort annoncé.

Le grand bluff des 54 milliards

Soyons clairs, d'emblée : quand le gouvernement annonce 54 milliards d'euros d'effort budgétaire, il faut décrypter ce que cela veut vraiment dire. Sur cette somme, une part significative repose sur des hausses d'impôts et de taxes, des gels de prestations, et des ponctions supplémentaires sur les entreprises. Ce n'est pas de la rigueur, c'est de la redistribution de la douleur. La dépense publique, elle, ne recule pas fondamentalement. Elle continue de croître, simplement moins vite qu'avant. En France, depuis des décennies, "faire des économies" signifie augmenter moins. C'est un tour de passe-passe comptable que tout chef d'entreprise finirait par vouloir tenter avec ses créanciers.

Force est de constater que l'objectif affiché — ramener le déficit à 5 % du PIB — est lui-même un aveu d'échec. Nous sommes en 2026, et la France vise encore un déficit à cinq points de PIB pour l'année suivante. L'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas affichent des comptes publics à l'équilibre ou presque. Nous, nous nous congratulons de passer de 6 % à 5 %. C'est comme se féliciter d'avoir perdu un kilo après avoir pris vingt kilos.

Entreprises : payez, et taisez-vous

Ce qui me révolte davantage encore, c'est la direction choisie pour financer cet effort. Pendant que le gouvernement français cherche de nouvelles taxes sur les entreprises — et que le patronat hurle à juste titre à "l'inacceptable" —, l'Allemagne annonce, elle, une baisse de sa fiscalité sur les sociétés pour regagner en compétitivité. Même dynamique aux Pays-Bas. Même logique en Suisse, dont la banque centrale maintient des taux à zéro en affichant une inflation au plancher. Pendant que nos voisins font le pari de la croissance par la compétitivité, nous faisons le pari du matraquage fiscal.

Je pense sincèrement qu'un dirigeant d'entreprise française qui lit les nouvelles ce matin doit se poser une question simple : pourquoi rester ? Pourquoi investir ici plutôt que de l'autre côté du Rhin, ou de déplacer ses effectifs dans un pays qui considère les entrepreneurs comme une chance plutôt que comme une variable d'ajustement budgétaire ? Cette question n'est pas rhétorique. Elle est existentielle pour notre tissu économique.

Le renoncement comme méthode de gouvernement

Et puis il y a ce détail révélateur, presque anecdotal, mais tellement symbolique : le gouvernement a renoncé en quelques heures à faire payer des frais d'inscription en BTS et en classes préparatoires aux étudiants non boursiers. Annoncée le matin, retirée le soir. Sous la pression de lycéens mobilisés. Je ne débats pas ici du fond de la mesure — mais de la méthode. Quand un gouvernement capitule en quelques heures sur une mesure budgétaire sous pression de la rue, quel signal envoie-t-il aux marchés, aux agences de notation, aux investisseurs étrangers ? Celui d'un État qui ne tient pas le cap.

La France est, comme l'écrit Le Monde, "en voie d'italianisation avancée". Je souscris à ce diagnostic. La différence avec l'Italie, c'est que nous avions encore une marge de manœuvre pour éviter ce destin. Elle rétrécit à vue d'œil. Le prochain gouvernement — quel qu'il soit, issu de quelle primaire que ce soit — devra choisir : réformer vraiment, ou continuer à gérer le déclin. Le temps des demi-mesures est révolu.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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