Bugatti : le PDG poursuit lui-même le voleur de sa Chiron

Mate Rimac, président de Bugatti, s’est lancé dans une course-poursuite à travers trois pays après le vol de sa Chiron de trois millions d’euros. Grâce à la géolocalisation, le voleur a été intercepté en Autriche par une vingtaine de policiers.

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By Cédric Bonnefoy Published on 2 novembre 2026 11h05
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Bugatti : le PDG poursuit lui-même le voleur de sa Chiron - © Economie Matin

Quand le patron de Bugatti se lance lui-même à la poursuite de son bolide volé

Le mercredi 28 octobre 2026, Mate Rimac, président de Bugatti Automobiles, vit une scène digne d'un film d'action. Sur le campus flambant neuf de son entreprise Rimac, près de Zagreb en Croatie, un homme d'une trentaine d'années s'empare de sa Bugatti Chiron personnelle, un bolide de trois millions d'euros. Plutôt que d'attendre l'intervention des forces de l'ordre, le dirigeant croate, surnommé « l'Elon Musk croate », saute dans sa Porsche 911 et se lance dans une course-poursuite transfrontalière.

L'affaire révèle autant les failles d'une confiance excessive que la puissance des technologies embarquées dans les véhicules modernes. Entre nonchalance sécuritaire et traque high-tech, elle illustre les paradoxes d'une époque où un constructeur automobile de prestige mondial peut se faire dérober un véhicule avec une facilité déconcertante.

Un vol rendu possible par une négligence avouée

Les images de vidéosurveillance du campus Rimac montrent un homme vêtu d'un sweat à capuche, cigarette à la bouche, déambulant tranquillement sur le parking où sont alignés plusieurs bolides. Sans effraction ni violence, il ouvre la portière de la Bugatti Chiron et démarre le moteur. La raison de la facilité déconcertante du vol ? Les clés se trouvaient à l'intérieur du véhicule.

Dans un long message publié sur son compte Instagram, Mate Rimac assume une habitude pour le moins surprenante. « Je suis très décontracté, au point que je laisse toujours les clés de ma voiture à l'intérieur, y compris sur la Chiron, la Nevera et bien d'autres voitures », confesse le dirigeant. Selon lui, la Croatie jouit d'une réputation de pays sûr, et le campus n'est pas cloisonné comme d'autres sites industriels. La pratique permettait également aux ingénieurs et employés de déplacer les véhicules facilement lors des tests ou des opérations logistiques quotidiennes.

Pendant des années, aucun incident n'était venu troubler la confiance du patron. Jusqu'à ce mercredi d'octobre. Il faut attendre une heure entière avant que la disparition du véhicule ne soit remarquée. Dans une entreprise où les collaborateurs utilisent régulièrement les voitures du patron, l'absence de la Chiron aurait même pu passer totalement inaperçue. Un témoin, signalant un inconnu au volant, donne finalement l'alerte.

Géolocalisation et télémétrie, armes de la traque

Heureusement pour Mate Rimac, les voitures modernes, et particulièrement celles de son groupe, embarquent une technologie de pointe. La Chiron dérobée transmet en temps réel une multitude de données : géolocalisation GPS, niveau de carburant, vitesse instantanée, paramètres moteur. Autant d'informations qui transforment une simple plainte en opération de traque coordonnée.

Plutôt que de se contenter d'alerter la police, le dirigeant décide d'agir. Le voleur possède déjà une heure d'avance au moment du départ en chasse. Mais la télémétrie embarquée dans la Bugatti nivelle le terrain : l'équipe de Rimac suit le véhicule en direct et transmet les coordonnées aux forces de l'ordre.

La poursuite franchit les frontières. Après avoir traversé la Slovénie, le malfaiteur poursuit sa route vers l'Autriche, parcourant environ 170 kilomètres depuis le campus croate. Une distance qui, au volant d'un monstre de 1 500 chevaux capable d'atteindre 100 km/h en 2,4 secondes et dont la vitesse maximale est bridée électroniquement à 380 km/h, aurait pu être avalée en un temps record. Heureusement, le suspect n'exploite visiblement pas tout le potentiel de la machine.

Interpellation sans heurts dans une station-service autrichienne

La cavale s'achève en soirée dans une station-service autrichienne, où une vingtaine de policiers ont été mobilisés pour intercepter le véhicule. L'homme est arrêté sans incident majeur. La Bugatti, elle, s'en sort avec de légères rayures sur la lame du pare-chocs avant, un dommage finalement minime au regard de ce qui aurait pu se produire avec un tel engin entre des mains inexpérimentées.

Lors de son interrogatoire, le suspect fournit une explication pour le moins inattendue. D'après Mate Rimac, qui a souhaité rencontrer l'individu, « il a dit qu'il était venu à l'entreprise pour demander du travail ». Le dirigeant aurait même envisagé de raccompagner l'homme auprès de sa famille, proposition que les autorités n'ont pas retenue.

Visiblement peu rancunier, Mate Rimac n'a pas souhaité porter plainte personnellement. Toutefois, compte tenu de la valeur du véhicule, avoisinant les trois millions d'euros au catalogue, les poursuites judiciaires se poursuivront d'office. L'hypothèse d'un vol organisé semble écartée, tant le déroulement des faits révèle une opportunité saisie sur un coup de tête plutôt qu'une opération planifiée.

Un fleuron de l'ingénierie automobile au cœur de l'affaire

La Bugatti Chiron n'est pas une automobile ordinaire. Fleuron de l'ingénierie française rachetée par le groupe Rimac, elle incarne le summum de la performance automobile. Son moteur W16 de huit litres, équipé de quatre turbocompresseurs, développe une puissance phénoménale de 1 500 chevaux. Le bolide accélère de 0 à 100 km/h en 2,4 secondes, atteint une vitesse maximale bridée électroniquement à 380 km/h et affiche un prix catalogue avoisinant les trois millions d'euros. Sa production limitée la réserve à une clientèle ultra-fortunée.

Mieux vaut donc un pilote chevronné derrière le volant, ce qui n'était manifestement pas le cas du voleur occasionnel. Le risque d'accident grave était bien réel, tant pour le conducteur que pour les autres usagers de la route. La chance a souri aux protagonistes de l'histoire, qui aurait pu connaître un dénouement bien plus tragique.

Les enseignements d'une mésaventure rocambolesque

Au-delà de l'anecdote, l'affaire soulève plusieurs questions. D'abord, celle de la sécurité dans les entreprises automobiles de prestige. Comment un campus abritant des véhicules d'une telle valeur peut-il rester aussi accessible ? La confiance affichée par Mate Rimac dans la sécurité croate trouve ici ses limites. Même dans un pays réputé sûr, la tentation peut être trop forte face à des millions d'euros laissés sans protection.

L'incident met en lumière le rôle croissant de la technologie embarquée dans la récupération des véhicules volés. Sans la géolocalisation et la télémétrie, la Chiron aurait pu disparaître définitivement ou être retrouvée bien plus tard, potentiellement accidentée ou démontée. Les constructeurs automobiles investissent massivement dans ces systèmes de traçabilité, qui constituent désormais un argument de vente face aux risques de vol. Dans le secteur du luxe, Porsche mise tout sur les voitures de sport de luxe, une stratégie qui implique également de renforcer la protection des véhicules haut de gamme.

Mate Rimac a tiré les enseignements de l'expérience. Il a annoncé une résolution ferme : ne plus laisser les clés à l'intérieur de ses véhicules à l'avenir. Une décision de bon sens qui arrive après des années de pratique insouciante. Le libre-service chez le patron est terminé, même pour les employés les plus fidèles.

Une alliance stratégique entre tradition française et innovation croate

La mésaventure intervient dans un contexte particulier pour Bugatti. La marque française emblématique, longtemps propriété du groupe Volkswagen, est passée en 2021 sous le contrôle majoritaire du groupe croate Rimac. Mate Rimac, jeune entrepreneur de 38 ans, a bâti en quelques années un empire dans le domaine des véhicules électriques haute performance et des technologies de propulsion.

Son entreprise, Rimac Automobili, produit notamment la Nevera, hypercar électrique développant 1 914 chevaux. En prenant les rênes de Bugatti, Mate Rimac a fusionné le savoir-faire historique français en matière de moteurs thermiques exceptionnels avec l'expertise croate dans l'électrification. Une alliance stratégique qui vise à préparer l'avenir de la marque au blason bleu, confrontée comme toutes les autres aux défis de la transition énergétique. Dans le secteur automobile de luxe, Antoine Arnault investit dans la marque de supercars Delage, signe de l'attractivité persistante du segment.

Le campus de Rimac près de Zagreb, inauguré récemment, symbolise l'ambition du groupe. Moderne, ouvert, il accueille des centaines d'ingénieurs travaillant sur les technologies de demain. Mais comme vient de le démontrer la course-poursuite insolite, même les

Avec l'histoire rocambolesque, Mate Rimac rejoint le club très fermé des dirigeants automobiles ayant vécu des aventures sortant de l'ordinaire. Peu peuvent se vanter d'avoir personnellement chassé le voleur de leur propre voiture à travers trois pays. Une anecdote qui alimentera longtemps les conversations dans les salons automobiles, tout en rappelant qu'aucune technologie ne remplace les précautions élémentaires. La Bugatti Chiron, réparée et de retour dans son garage, dort désormais avec ses clés bien à l'abri. Quant au suspect, il a découvert à ses dépens qu'une candidature spontanée peut parfois très mal tourner.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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