Les canicules à répétition plombent la croissance française. Mais derrière le phénomène météorologique, c'est surtout l'incapacité chronique de l'État à préparer et adapter l'économie qui saute aux yeux. D'autres pays font face aux mêmes températures. Eux ne s'effondrent pas.
58,2 %
Part des dépenses publiques dans le PIB français — le niveau le plus élevé de l'Union européenne, loin devant l'Allemagne (45 %) ou le Danemark (51 %).
---
La météo ne suffit pas à tout expliquer
Chaque été, c'est le même rituel. Les températures grimpent, la productivité chute, et les économistes sortent leurs calculatrices pour chiffrer le coût de la chaleur. Les Échos l'ont confirmé cette semaine : les canicules à répétition mettent la croissance française sous pression. Soit. Mais on peut se demander pourquoi la France est systématiquement plus exposée que ses voisins à ce type de choc.
La réponse est simple, et elle n'a rien de climatique. La France est une économie rigide. Rigide dans son marché du travail, rigide dans ses normes de construction, rigide dans sa capacité d'adaptation. Pendant que l'Espagne ou le Portugal, eux aussi frappés par des vagues de chaleur intenses, ont massivement investi dans la flexibilité de l'organisation du travail et l'adaptation du bâti, la France a continué d'empiler des couches réglementaires. Résultat : quand un aléa survient — qu'il soit sanitaire, géopolitique ou météorologique — l'économie française encaisse plus durement que les autres.
Ce n'est pas une fatalité. C'est un choix politique assumé depuis des décennies : celui de protéger plutôt que d'adapter, de subventionner plutôt que de réformer.
L'État dépense, mais il n'anticipe pas
Voilà ce qui est proprement stupéfiant : la France dépense 58,2 % de son PIB en dépenses publiques, soit près de 1 600 milliards d'euros par an. C'est l'équivalent du PIB des Pays-Bas et de la Belgique réunis. Et pourtant, les bâtiments publics ne sont pas adaptés à la chaleur. Les transports en commun s'arrêtent ou ralentissent. Les hôpitaux saturent.
On peut construire des Maisons France Services à Pont-l'Abbé — et l'actualité nous rappelle cette semaine que les travaux viennent de commencer — mais si l'argent public est dépensé sans évaluation systématique de son impact, on peut multiplier les guichets sans jamais résoudre un seul problème structurel.
La question n'est pas de savoir si l'État doit agir face aux canicules. Bien sûr qu'il le doit. La question est : pourquoi, à force de tout dépenser, on n'a plus les moyens d'investir sur ce qui compte vraiment ? La Suède consacre proportionnellement moins à ses dépenses courantes et plus à ses infrastructures d'avenir. La différence se voit. Cet été encore.
Compétitivité : le vrai coût de l'immobilisme
Force est de constater que chaque choc — Covid, inflation, canicule — révèle le même défaut de fabrication. Une économie surchargée de normes, de prélèvements, de structures administratives redondantes ne peut pas pivoter vite. Elle subit.
Pendant ce temps, les entreprises mondiales réalisent pour 2 900 milliards de dollars de fusions-acquisitions au premier semestre 2026, selon PitchBook. Le monde bouge à vitesse accélérée. Les capitaux cherchent des territoires agiles, prévisibles, compétitifs. Pas des territoires où une vague de chaleur paralyse la croissance faute d'anticipation.
Il est temps de poser la question sans détour : à quoi servent 58,2 % du PIB engloutis dans la dépense publique si l'économie française reste aussi vulnérable au moindre aléa ? Le courage politique, ce n'est pas d'attendre le prochain été pour le découvrir.
